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17/03/2018 14h:39 CET | Actualisé 17/03/2018 14h:39 CET

La jeunesse iranienne, un défi pour les mollahs

Le régime iranien sera-t-il capable de survivre à la colère des jeunes qui constituent la majorité de la société iranienne?

Morteza Nikoubazl / Reuters

En prenant quelques distances avec les évènements qui ont ébranlé le pays en début d’année, le régime iranien semble incapable de revenir à une paix sociale et l’agitation se poursuit en Iran. Les autorités sont incapables de trouver des remèdes aux causes des révoltes. “La caractéristique principale de ces protestations était leur dimension étendue. Ils se sont propagés en une nuit ou deux à cent villes, avec des affrontements dans 42 villes (...) Les protestations ont même touché des villes et villages que peut-être beaucoup n’avait même pas entendus leur nom. Car l’accumulation du mécontentement s’était accrue et avait pris une dimension généralisée ; il éclatait partout où il pouvait (…) Environ 900 membres des forces de l’ordre ont été tabassés et blessés”.

 

Ce sont des propos du ministre iranien de l’Intérieur, M. Rahmani-Fazli, le 11 mars, qui faisait le point sur les récentes révoltes qui ont ébranlé le régime iranien. Il a ajouté que le “mécontentement” est à un tel point qu’ “une étincelle suffit pour embraser” la société.

En soulignant le rôle de la jeunesse iranienne, le ministre iranien a déclaré que “après 39 ans... nous sommes confrontés à une génération qui, dans le cadre du système et des valeurs religieuses, a des préférences, des croyances, des convictions, des relations, des exigences, des revendications et des besoins différents. Les ignorer conduirait à l’accumulation du mécontentement, et les frustrations s’exprimeront top ou tard”. (Quotidien officiel ‘Iran’, le 11 mars 2018).

 

“Nous n’avions pas connu un tel phénomène dans le passé, a-t-il ajouté. Les manifestations se sont propagées très rapidement, même aux petites villes, et la violence dans ces manifestations était plus virulente que d’habitude. Ces protestations ont transcendé tous les courants politiques du pays [ndlr : conservateurs et soi-disant modérés ont été rejetés ensemble] La plupart des personnes arrêtées n’avaient pas de casier judiciaire et 85 % d’entre elles avaient moins de 35 ans. À cet égard, il faut noter que 70% du pays a moins de 40 ans”.

L’ampleur de ce soulèvement est telle que le régime a fait face à une crise même en son propre sein, et les effets de cette crise peuvent être aperçus au cœur du pouvoir et chez les Gardiens de la révolution (pasdaran).

 

Mohammad Ali Jafari, commandant en chef des pasdaran, a déclaré le 11 mars dans un aveu sans précédent que « la situation interne des pasdaran est une des préoccupation pour les dirigeants. Il faut dorénavant une spiritualité et un moral djihadistes plus profonds ».

Dans de telles circonstances, la célébration de la fête du feu, Charshanbeh-Suri, et l’appel lancé par l’opposition iranienne à l’intérieur du pays par la voix des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) pour la transformer en un « soulèvement contre la dictature religieuse », est devenus véritablement un cauchemar pour la république islamique d’Iran. Depuis plusieurs jours avant la fête, les forces de sécurité étaient en état d’alerte maximale.

 

Les commandants des Gardiens de la révolution (pasdaran), et le pouvoir judiciaire à leur tour ont également eu recours à l’intimidation et les menaces dans leurs efforts pour empêcher les jeunes cherchant à transformer le Fête du Feu en une manifestation d’hostilité au régime.

Le 20 mars, début du printemps, marque le Nouvel An iranien, Norouz.  Le dernier mardi avant le Nouvel An, les Iraniens célèbrent depuis des millénaires la Fête du feu et coïncidait cette année avec le mardi 13 mars.

Khamenei avait émis ces dernières années des fatwas selon lesquelles la Charshanbeh-Suri n’a aucun “fondement religieux” et “fait beaucoup de mal” et “il convient de l’éviter” (agence de presse officielle IRNA, 14 mars 2009).

En réalité le régime craint cette célébration antique parce que sous le régime des mollahs c’est devenue une opportunité, surtout pour la jeunesse, d’exprimer son opposition au régime iranien.

Le 10 mars, Mohammad Jafar Montazeri, Procureur général de la république islamique, a déclaré : “Nous ne pouvons pas combattre ces anciennes et vieilles traditions. Mais la question la plus importante est que le Charshanbeh-Suri fait partie du projet (des ennemis du régime) visant à mettre la République islamique d’Iran à genoux”.

Il y a eu une avalanche d’activités suite à l’appel de l’opposition sur les médias sociaux et dans le cyberespace pour transformer la fête du feu en une expression de rejet de la dictature. Le hashtag “dictateur en feu” en persan, a été largement utilisé avec des photos et des clips des activités anti-régime.

 

Au cours de la nuit de la fête du feu, selon des rapports publiés sur les réseaux sociaux, les portraits du Guide suprême Ali Khamenei ont été mis à feu dans nombreux villes et plusieurs centres de la milice répressive du Bassij ont été incendiés. Des accrochages et escarmouches entre les jeunes manifestants et les forces de sécurité ont été largement relayé avec les slogans de ”à bas la dictature”.

 

Le régime iranien sera-t-il capable de survivre à la colère des jeunes qui constituent la majorité de la société iranienne? Ce qui est sûr, pourtant, c’est qu’ils sont déterminés à continuer à réclamer le changement démocratique dans leur antique pays.

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