MAROC
18/09/2019 15h:04 CET

La HACA sanctionne Chada TV suite au "discours explicitement violent" d'Adil El Miloudi

La diffusion de l’émission “Kotbi Tonight” sera suspendue pour une durée de 3 semaines.

Huffpost MG
Adil El Miloudi

AUDIOVISUEL - La sanction est tombée. Les propos du chanteur populaire Adil Miloudi lors de son passage sur la chaîne Chada TV, le 3 juillet dernier, dans le cadre de l’émission “Kotbi Tonight” avait scandalisé grand nombre d’internautes et d’auditeurs. Et pour cause, le chanteur y a déclaré, entre autres, que “celui qui ne tabasse pas sa femme n’est pas un homme”. Des propos misogynes ayant fait l’objet d’une auto-saisine de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), en sanctionnant la chaîne TV et blâmant l’animateur de l’émission.

Ainsi, le gendarme de l’audiovisuel a décidé de suspendre la diffusion de l’émission “Kotbi Tonight” sur Chada TV pour une durée de 3 semaines. Le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) (qui relève de la HACA) a également décidé, lors de sa réunion du 17 septembre, d’ordonner à l’opérateur de diffuser et de donner lecture sur son antenne du communiqué relatif à la sanction, à l’heure habituelle de diffusion l’émission en question.

“La décision du CSCA, qui sera également publiée au Bulletin Officiel, a relevé un ensemble de manquements aux dispositions légales et réglementaires applicables à la communication audiovisuelle, en particulier celles relatives à la lutte contre la violence à l’égard de la femme, à l’obligation de maîtrise d’antenne et à la responsabilité éditoriale de l’opérateur”, souligne la HACA dans un communiqué.

Le Conseil supérieur a ainsi considéré que les propos tenus par le chanteur Adil Miloudi, invité de l’émission, notamment “Celui qui ne tabasse pas sa femme n’est pas un homme”, “Tout homme marié doit prendre soin de sa femme, qu’il la frappe ou qu’il la tue, ça le concerne”, constituent “une apologie de la violence à l’égard de la femme”. Ce conseil qualifie ainsi ces propos d’“incitation expresse à cette violence, présentée de manière positive comme un attribut de la virilité et une manifestation de l’affection, voire même un comportement recommandable pour la consolidation des liens conjugaux”.

Ces propos portent également atteinte à la dignité de la femme, la déshumanisent, en en faisant un “objet de propriété” et un être soumis que l’homme peut traiter à sa guise, poursuit la HACA.

Par ailleurs, le Conseil supérieur a estimé que la phrase (المرأة دائما معدية على الراجل دائما مبهدلاه), “la femme s’en prend toujours à l’homme, elle le rabaisse toujours”, est une stigmatisation de la femme. Elle consacre un stéréotype portant atteinte à la valeur humaine de la femme et à son rôle social, estime l’instance.

Le conseil n’a pas manqué de soulever que l’animateur de l’émission, Imad Kotbi, n’a pas réagi de manière ferme et résolue face “au discours explicitement violent” de l’invité, notant qu’au contraire, il “a adopté un ton badin et plaisantin et laissé toute latitude à l’invité de répéter ses assertions appelant à la violence à l’égard des femmes”. Ce qui représente un manquement à l’obligation de maîtrise d’antenne qui est l’un des principaux éléments constitutifs de la responsabilité éditoriale de l’opérateur, rappelle la même source.

La HACA a déclaré avoir reçu plusieurs plaintes à ce sujet provenant de personnes physiques et d’associations actives dans le domaine de la défense des droits de la femme.

Pour rappel, Chada TV a obtenu, depuis le 14 juin 2019, l’accord du CSCA pour l’octroi d’une licence de diffusion. Une décision suivie, le 2 juillet dernier, de la signature par l’opérateur du cahier des charges qui contient un ensemble d’engagements, dont ceux relatifs à la responsabilité éditoriale de l’opérateur, à la promotion de la culture de l’égalité entre l’homme et la femme et à la lutte contre la discrimination et les stéréotypes attentatoires à la dignité de la femme.

Rappelons que Adil El Miloudi n’en est pas à sa première bourde. Le chanteur est connu pour ses propos sexistes et parfois menaçants. En juillet 2015, il avait menacé le réalisateur Nabil Ayouch et l’actrice Loubna Abidar après la sortie du film “Much Loved” à travers sa chanson “Kifach houma mahadrouch” (“Pourquoi ils n’ont pas parlé?”). “Toi, Loubna Abidar, tu es aujourd’hui en danger. Tout le monde a su ce que tu as fait, tu n’en récolteras que du malheur”, chantait El Miloudi, et de reprendre: “Nabil Ayouch va être arrêté et on verra zine li fih”.

En mars 2018, El Miloudi avait choqué la toile en diffusant un live sur Facebook où il défendait le chanteur Saad Lamjarred, mis en examen à l’époque pour viol pour la seconde fois en deux ans.