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02/04/2018 14h:54 CET | Actualisé 02/04/2018 14h:54 CET

La guerre des routes continue

"C'est une révolte silencieuse sans chefs, ni idéologie. Elle unit riches et pauvres, citadins et ruraux dans une course effrénée aux incivilités."

anass bachar via Getty Images

Les trois derniers mois ont été particulièrement meurtriers sur les routes marocaines. Le carnage que je dénonçais dans mon article publié en janvier dernier se poursuit, voire s’amplifie. Drame de Tanger (passage à niveau ONCF), autoroute Marrakech-Agadir (automobilistes brulés vifs), Chtouka Ait Baha (travailleurs ruraux)… Il faut une sacrée dose de déni pour fermer les yeux sur le carnage qui ensanglante le Maroc et dont les causes principales sont l’irresponsabilité et l’incivisme des usagers de la route (piétons, cyclistes et automobilistes).

Ce ne sont pas les voitures qui tuent, ni la mauvaise météo, ni l’infrastructure ni encore moins la malchance. Les accidents se produisent parce qu’une très grande partie des Marocains refusent en bloc le code de la route. C’est une désobéissance civile massive dont les conséquences politiques sont sous-estimées. C’est une révolte silencieuse sans chefs, ni idéologie. Elle unit riches et pauvres, citadins et ruraux dans une course effrénée aux incivilités. Aucune démocratie ne peut résister à un tel défi aux règles de base du vivre-ensemble et du respect d’autrui.

À court-terme, le problème n’est pas prêt d’être réglé. D’une part, l’Etat laisse faire car il n’a pas envie de se mettre à dos la société. Il ne veut surtout pas d’un autre cas Mohcine Fikri, quitte à ne pas appliquer la loi. De l’autre, la famille marocaine est contaminée par un individualisme primaire où le respect d’autrui est le dernier de ses soucis. Ce qui se passe au volant est le reflet d’une mauvaise éducation, une prérogative des parents avant tout. Il est difficile de l’admettre mais l’évidence saute aux yeux. Il suffit de passer cinq minutes devant une sortie d’école pour se rendre compte du chaos créé par les propres parents d’élèves à l’heure de récupérer leur progéniture.

Que faire? Je propose deux mesures simples et qui ne coûtent pas grand-chose. La première: créer une plateforme digitale consacrée à la sécurité routière (Facebook est certainement le média numéro 1 au Maroc). Y seraient répertoriés tous les accidents de la route dépassant une certaine gravité. Pompiers, forces de l’ordre de l’ordre et usagers de la route fourniraient les informations au jour le jour et en temps réel. L’objectif est de concrétiser par des photos et des récits de victimes l’horreur de nos routes. La deuxième: inclure dans les programmes scolaires (surtout au collège et au lycée) des visites aux urgences des CHU et des hôpitaux marocains. Mettre les élèves au contact des professionnels de santé et des secouristes pour connaître réellement l’ampleur et la nature des dégâts causés par l’imprudence au volant.

Ces deux mesures, simples et faciles à implémenter, pourraient sauver quelques vies. Le langage de l’émotion peut certainement arracher des résultats concrets que les campagnes de prévention officielles ont le plus grand mal à obtenir.

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