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11/04/2018 17h:44 CET | Actualisé 11/04/2018 17h:44 CET

La guerre des autoroutes

"Sans sécurité, il n’y a pas de démocratie, il n’y a même plus de civilisation."

simazoran via Getty Images

SOCIÉTÉ - La mort d’une mère de famille sur l’autoroute Fès-Rabat, victime d’un jet de pierre depuis un pont, est un épisode de plus dans la guerre des routes marocaines. Cet assassinat gratuit et abject aurait pu être évité aisément si des mesures de simple bon sens avaient été prises.

Nous acceptons de rouler dans des autoroutes aux rabais: pas de borne d’appel d’urgence, pas de service d’ambulance, pas ou presque pas de caméras de surveillance, rareté des patrouilleurs (on peut faire 150 km sans en croiser un seul), présence quotidienne de troupeaux de chèvres et de moutons, autostoppeurs, etc. Tout cela est accepté par les Marocains, ils payent le péage et ne demandent qu’à parvenir sain et sauf à destination. Mais, il n’est plus tolérable de se faire caillasser par des voyous en embuscade en lisière des bretelles d’accès ou sur des ponts. Il suffit de grillager les points hauts (ponts, passerelles piétonnes) et de placer des caméras de sécurité aux endroits les plus sensibles.

Quant aux forces de l’ordre, elles ont l’effectif adéquat pour se déployer aux endroits les plus problématiques le long de nos autoroutes. Forces Auxiliaires et Groupes d’Intervention Rapide (les ex-CMI) ont les hommes et les femmes, les matériels et les véhicules (chevaux, jeep etc.) nécessaires pour mener à bien cette mission essentielle.

Sur le fond, il faut s’interroger sur ce qui pousse des jeunes à tuer leur prochain en jetant des pavés sur des voitures qui roulent à haute vitesse. Est-ce pour commettre des vols? Est-ce pour s’amuser et voir l’effet que cela fait de casser des pare-brises? En tout cas, il est sûr que la réponse est à chercher du côté de l’éducation, une prérogative essentielle des parents. La famille marocaine est fragilisée et la violence des jeunes en est un des nombreux reflets. Les idiots qui jettent des pierres sont certainement du même genre que les exaltés qui cassent des stades ou terrorisent des quartiers entiers dans des batailles rangées au sabre.

Dans le cas des agressions commis sur les autoroutes, il faut noter que ces criminels ont toujours besoin de traverser des terrains agricoles pour pénétrer dans le domaine autoroutier et s’en extraire avant l’arrivée des secours. Connaissant la campagne marocaine, fortement peuplée, il y a fort à parier qu’ils ont été vus et reconnus plus d’une fois par les habitants. Sommes-nous sûrs que les riverains ont alerté la gendarmerie à chaque fois? Que se passe-t-il dans une société quand l’agriculteur a peur de contacter les autorités pour signaler des mouvements suspects?

Sans sécurité, il n’y a pas de démocratie, il n’y a même plus de civilisation.