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06/07/2018 11h:59 CET | Actualisé 06/07/2018 11h:59 CET

La grande transhumance

En cette période de grandes vacances, chassés-croisés des Marocains d'ici et d'ailleurs.

ABDELHAK SENNA via Getty Images

En cette période de grandes vacances, le Maroc s’apprête à recevoir un flot migratoire intense. Je ne parle pas des Lions de l’Atlas, que nous sommes heureux de revoir et de féliciter pour leurs belles prestations, bien qu’ils nous reviennent trop tôt. Non, j’évoque ici les Marocains résidents à l’étranger, plus communément appelés MRE. Ces derniers sont prêts à quitter la Hollande, la Belgique, l’Italie, la France principalement, mais il en vient de partout. Que ce soit dans le dernier gros 4X4 acheté à la va-vite pour venir frimer au pays, ou dans une fourgonnette bourrée à ras bord de marchandises glanée de-ci, de-là, dans l’espoir de les vendre pour se payer les vacances ou de les offrir comme cadeau du cousin éloigné qui a eu la chance de “brûler” vers l’Europe ou encore de les inclure dans les kasbah tout en aggloméré, construites année après année dans l’espoir d’en profiter lors de leur retour définitif au pays pour leur retraite. Tous sont prêts à se lancer sur les routes en roulant non-stop, sans temps de repos, pour arriver le plus vite possible au bled. La route migratoire passe essentiellement par l’Espagne qui se verra gratifier de tonnes de déchets jetés la plupart du temps n’importe où, malgré les quelques poubelles présentes sur les aires d’autoroute. Une prière vite fait sur le parking après avoir fait ses ablutions dans les toilettes de la station précèderont une sieste collective sur les quelques carrés d’herbe qui n’auront pas été ravagés. Ces ambassadeurs marocains feront encore monter d’un cran les malédictions espagnoles mais qu’importe, puisqu’ils rentrent pour nous apporter toutes ces belles devises dont l’économie et les familles qui n’ont pas eu la chance d’aller chercher fortune à l’étranger ont tant besoin et qu’importe les conditions, la faim justifiant les moyens. 

Ces MRE se préparent à “s’éclater” pour leurs vacances après toute une année de dur labeur, pas toujours dans des métiers gratifiant, à vivre dans des quartiers réservés dirons-nous pour ne pas évoquer le terme de ghetto, à vivre le racisme et l’islamophobie au jour le jour. Alors ils vont pouvoir respirer ici. Ne pas être vus comme une minorité visible. Vivre et tenter d’imposer leur vision de l’islam dans un pays qu’ils pensent conquis à leurs appréciations de la religion. Se permettre tout ce qu’ils ne peuvent faire tout au long de l’année. Se prendre pour les rois du pétrole sous prétexte de leurs poches pleines d’euros. Trouver une épouse docile soi-disant non polluée par les idées occidentales ou bien profiter un maximum de cette espérance de mariage et de vie hors du Maroc pour séduire de nombreuses candidates à un ailleurs. Je vois déjà les allers-retours en voiture, fenêtres ouvertes et musique à fond jusqu’à tard le soir sur les corniches ou dans les rues où il faut se montrer J’entends au loin les salles des fêtes qui ne désemplissent pas soir après soir, pour fêter ces mariages tant attendus.

Et face à cette grande migration, j’en vois une autre partant du Maroc vers les plages d’Ibiza ou d’ailleurs, ou vers les hôtels et les résidences de luxes d’Agadir ou de Marina Smir. J’observe tous ces Marocains d’ici, faisant partie des CSP plus, s’éloigner pour ne pas se mêler à cette foule venue d’ailleurs, les considérant à peine comme des compatriotes. Ils les voient comme nécessaires à l’économie du pays mais prient pour que septembre arrive rapidement afin qu’ils rentrent “chez eux”. Il est étonnant de voir que les MRE qui vivent dans des pays occidentaux que l’on tente d’imiter par la façon de vivre et de consommer soient considérés comme des arriérés dans leur propre pays, mais bon, leurs parents qui sont partis voilà 1, 2 ou 3 générations faisaient souvent partis des gens les plus pauvres et les moins éduqués et ont tenté de préserver la culture qu’ils connaissaient sans voir les évolutions du Maroc, d’où ce décalage.

Les seuls qui soient en phase de ce côté comme de l’autre sont ceux qui ont adopté un Islam radical ayant les mêmes idées, la même fraternité, les mêmes objectifs. C’est assez drôle de voir que le seul groupe miscible soit celui que l’on voudrait voir émigrer de façon définitive.

Tout ceci pour constater que le peuple marocain n’est pas un et universel. Il est multi facial. Entre les Marocains d’ici et d’ailleurs, les différentes classes sociales, les différentes régions et tribus, les différents degrés de religiosité, les arabes, les amazighs et les autres. Par contre, nous avons presque tous des aspirations communes, un Maroc meilleur, plus juste, plus développé, plus égalitaire, plus moderne et la plus belle preuve de cette fierté nationale se découvre lorsque tout un peuple est fier de son équipe de football quand elle joue à égalité avec les plus grandes nations. Pourrions-nous utiliser cette belle parabole pour réveiller notre classe politique et l’inciter à jouer un beau jeu dont tout le monde pourra être fier ?