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24/11/2018 15h:03 CET | Actualisé 24/11/2018 15h:03 CET

"La French Connection", une culture urbaine du vélo

Mehdi-Nacer Khodja

Lors d’une fin d’après-midi automnale à la douceur méditerranéenne, nous avons rencontré “La French Connection” à la Friche Belle de Mai de Marseille pour parler Vélo, et plus précisément vélo à pignon fixe sans freins ni dérailleur. Il ne s’agit pas de rencontrer les gangsters marseillais qui au 20ème siècle inondaient l’Amérique d’héroïne, mais un groupe de passionnés de la cité phocéenne qui souhaitent y exporter une culture hexagonale du “fix’”.

En effet, ce groupe d’amateur de deux roues à pignon fixe prépare actuellement un documentaire pour concourir au Bicycle Film Festival en 2019. Il s’agit d’un festival de films indépendants qui diffuse des documentaires liés à la culture du cyclisme urbain dans des villes du monde entier. Il a été fondé en 2001 à New York. C’est un événement majeur du monde du vélo puisque des “bikers” du monde entier viennent représenter leur ville avec plus ou moins d’originalité.

Ce mode de déplacement urbain est en effet typiquement urbain et a connu son essor dans les années 90 lorsque les coursiers New-yorkais ont commencé à le démocratiser. D’abord pour des raisons économique compte tenu de la simplicité d’entretien de l’engin, et pour le style car la solidarité du cycliste avec la roue permet des fantaisies stylisées. C’est justement ce genre de prouesse que “La French Connection” et les autres groupes mettent en avant dans leurs vidéos.

A vélo, on ne freine pas, on “skid” - comprendre dérapage contrôlé par appui du corps sur le guidon. Sur la machine, on recherche la vitesse avec agilité afin de se faufiler dans la circulation. A écouter les amateurs, le style est presque aussi important que la performance sportive, et il suffit de regarder les vidéos des Mash ou Macraframa de San Francisco pour s’en rendre compte.

 

Mehdi Nacer-Khodja

 

C’est ainsi une vraie culture de la rue qui se dégage de ce mouvement des grandes métropoles mondiales. Pepito, ex-coursier à vélo et fondateur de la “French Connection” vient du monde du skate et est passionné par ce deux roues. Il nous décrit les amateurs de pignons fixes comme des sportifs modernes avec un code vestimentaire propre – le “crew” lance d’ailleurs ces jours-ci sa ligne de vêtements - qui jouent avec les règles des grandes villes (dans le respect bien sûr, sauf de la circulation parfois ...), et qui vivent par et pour leur engin. Celui-ci est souvent customisé avec des stickers, et on n’hésite pas à mettre de la couleur sur les roues ou le guidon.

La “French Connection” est née à Marseille en 2018 et s’est diffusée au niveau national (Paris, Toulouse, Montpellier ...) grâce à la solidarité entre “riders” de “fix’”. Elle a pour vocation de faire vivre ce sport issu de la “street” et de participer à des évènements comme des critériums notamment.

Pepito nous raconte que lorsqu’il arrive dans une ville, il est généreusement accueilli par ses hôtes qui partagent avec lui cette passion pour ce mode de déplacement à vélo. La capitale de la Provence n’est pas en reste et son activité est dynamique dans le monde du vélo urbain avec le groupe “Massilia Bastards” qui organise des “rides” urbains chaque semaine.

Le graal des amateurs de vélos à pignon fixe est le “Monster Track”. Un concours organisé dit “Alleycat” ou “jeu de piste” à New York City, et qui avait initialement pour but d’élire le meilleur coursier de la Big Apple. La manifestation rassemble dorénavant chaque année des amateurs venus du monde entier. Les cyclistes français y sont régulièrement représentés, mais ici on attend encore le marseillais qui aura conquis le titre outre Atlantique, peut-être sera-t-il de la “French Connection” …