MAROC
21/02/2019 11h:38 CET

La France va reconnaître l'antisionisme "comme une forme moderne d'antisémitisme"

Une décision saluée par Benjamin Netanyahu qui a exprimé son "estime".

HuffPost France

POLITIQUE - Lors du traditionnel dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) à Paris ce mercredi 20 février, le président Emmanuel Macron a annoncé que la France allait reconnaître l’antisionisme comme “une des formes modernes de l’antisémitisme” dans ses textes de référence sans modifier le code pénal, indique l’AFP. 

“La France, qui l’a endossée en décembre avec ses partenaires européens, mettra en oeuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah” (qui intègre l’antisionisme, NDLR), a déclaré le chef d’Etat français, ajoutant que “l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme”.

“Il ne s’agit pas de modifier le Code pénal, ou d’empêcher ceux qui veulent critiquer la politique israélienne, a garanti le président. Il s’agit de préciser et de raffermir les pratiques des forces de l’ordre, les magistrats et les enseignants” qui luttent contre “la haine du juif la plus primaire”.

Quelques jours après l’agression antisémite de l’essayiste Alain Finkielkraut et la découverte d’un cimetière juif profané en Alsace, Emmanuel Macron déplore “une résurgence de l’antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde guerre mondiale”. Il annonce avoir fait part de cette décision un peu plus tôt au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, poursuit la même source. “Le président Macron a informé le Premier ministre qu’il allait adopter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), qui a fixé que l’antisionisme est une forme d’antisémitisme”, a par ailleurs affirmé un communiqué du bureau de Benjamin Netanyahu. Ce dernier a exprimé son “estime” pour cette décision, selon le communiqué.

Deux notions qui divisent

L’antisémitisme est le nom donné à la discrimination et à l’hostilité à l’encontre des Juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou racial, un phénomène qui s’est manifesté tout au long de l’Histoire, et plus particulièrement à la fin du XIXe siècle. Définir l’antisionisme s’avère toutefois plus compliqué car la définition varie en fonction des sensibilités politiques de chacun. De manière général, il s’agit d’être en opposition avec la politique de l’État israélien et avec la colonisation des territoires palestiniens. 

Pour Dominique Vidal, journaliste controversé et historien, auteur du livre “Antisionisme= antisémitisme? Réponse à Emmanuel Macron”, il n’y a pas de point commun entre l’antisémitisme et l’antisionisme: “L’antisémitisme comme la haine des Arabes, la haine des Noirs ou la haine des Roms est un délit poursuivi et sanctionné par tout un arsenal dans le droit français. L’antisionisme est une opinion à laquelle chacun est libre d’adhérer ou non”, déclare-t-il à Ouest-France. “Être antisioniste ne veut pas dire qu’une personne est hostile à l’existence d’Israël et encore moins qu’elle est hostile aux juifs”.

Il estime que punir l’antisionisme peut se révéler comme ” très dangereux car c’est un doigt dans un engrenage totalitaire”. Toujours à Ouest-France, il souligne que la France possède un arsenal de lois pour punir les insultes antisémites, à savoir la loi de 1881, la loi de 1972, la loi Gayssot de 1990. “Punir l’antisionisme, ce serait revenir à un délit d’opinion, ce serait interdire une idée, une manière de voir l’histoire des juifs et du Proche-Orient. Est-ce que ces députés veulent la réintroduction de la censure légale en France ? ”, questionne-t-il. 

Mais selon Aliza Bin-Noun, l’ambassadrice d’Israël en France, les deux termes sont liés et l’antisémitisme aurait changé de forme : “On ne peut pas séparer l’antisémitisme que nous connaissons depuis longtemps et l’antisionisme qui en est la forme réinventé e”, a-t-elle déclaré au micro de franceinfo, mardi 19 février. D’après elle, il n’est plus possible d’être antisioniste sans être antisémite.

Cette reconnaissance, par la France, de l’antisionisme comme une forme de haine à l’encontre des Juifs, fait partie d’une série de mesures promises par le gouvernement. “La honte doit changer de camp”, a martelé le chef de l’État lors du diner du Crif, ajoutant, ému: “Nous sommes chez nous. Nous tous”. Cette déclaration entendait répondre au slogan “On est chez nous”, largement scandé dans divers rassemblements d’extrême droite depuis plusieurs années, rappelle l’AFP. 

Des rassemblements contre l’antisémitisme se sont tenus mardi dans de nombreuses villes à travers la France, notamment place de la République à Paris où des milliers de personnes ont dénoncé les récents actes antisémites.