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25/04/2019 12h:18 CET | Actualisé 25/04/2019 12h:18 CET

La France ou les musulmans de France: qui a failli?

"On ne peut pas reprocher à un pays laïc de ne pas avoir assez bien contrôlé la religion musulmane. C’est à la communauté des musulmans de faire ce travail".

Philippe Wojazer / Reuters
Un stand de vêtements pour femmes lors de la 34e réunion annuelle des musulmans français, événement organisé par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) au Bourget, entre le 14 et le 17 avril 2017.

SOCIÉTÉ - Pendant des années au Maroc, j’ai rêvé de la France des lumières en lisant les grands auteurs, en m’imaginant voir la Tour Eiffel et le Louvre, en me voyant déambuler dans les rues dans n’importe quelle tenue et fumant une cigarette sans être importunée par un “psst, psst, zin” ou un barbu quelconque me faisant les gros yeux ou la morale. Lyautey était le personnage historique le plus aimé pour tous les grands travaux et la modernité qu’on lui attribuait.

Bon, j’ai vu la France, j’ai goûté à sa liberté. J’ai vu ses merveilles. J’ai aussi constaté que tout n’était pas si rose et que le bonbon pouvait avoir un petit goût acidulé avec son lot de misère et d’injustice. Bref, j’ai vu que la France avait des spécificités mais que comme dans tous les pays du monde, il y a du bon et il y a du mauvais.

Donc, je suis rentrée au Maroc en me disant que je pourrais apporter ma petite pierre au pays de mes ancêtres en défendant quelques idées modernes dont le Maroc aurait bien besoin et qui pourraient faire avancer les Marocains et surtout les Marocaines.

Je sens bien un désir d’émancipation venant bien sûr des classes aisées et de celles qui ont eu la chance de faire des études, mais pas seulement. Si on prend le temps de s’intéresser et de discuter avec la cohorte des femmes de ménage, nounous, ouvrières des usines ou du monde agricole, on sent bien qu’un mieux est attendu même si elles ne savent pas toujours lequel et comment. Même dans les bidonvilles où l’on vit à 10 dans 15 mètres carrés recouverts par un toit de tôle, on a la télévision et les images des séries turques ou américaines font leur petit bonhomme de chemin.

Mais face à cela, on a le retour de la “tradition”, des “vraies valeurs”, d’un islam que je ne connaissais pas dans ma jeunesse et que l’on me fait apparaître comme nouveau alors qu’il souhaite me projeter quelques siècles en arrière.

Et la France dans tout cela me direz-vous?

Eh bien cette dernière a poussé le royaume à s’ouvrir au monde et les Qataris, les Saoudiens et les Turcs se sont précipités comme les Américains et les Chinois mais avec un petit plus: leur vision de la religion qu’ils se devaient de nous apprendre à grand renfort de financements officiels ou occultes. Merci du cadeau!

Et cette chère vieille France sur laquelle nous comptions nous a lâchés. En effet, lorsqu’elle a fait appel à nous à partir des années soixante pour l’aider à reconstruire le pays, nous lui avons envoyé nos enfants. Ils ont travaillé. Ils ont importé en toute légalité, grâce au regroupement familial, leur famille. Ils ont fait lit et se sont reproduits. Magnifique pour le Maroc qui était encore considéré comme un pays émergent n’ayant pas les ressources pour éduquer, former et fournir du travail à toute sa population. Et nous en sommes à la cinquième ou sixième génération de Marocains résidents à l’étranger. Ces derniers, nostalgiques de leur pays d’origine ont, été après été, migré en masse pour les vacances au bled apportant des devises essentielles à l’économie. Par contre, ils ne nous ont pas apporté que cela. Les premières années, ils sont venus avec des produits introuvables au Maroc, avec de l’électroménager hors d’âge bon pour la casse en Europe mais faisant l’admiration des voisins ici. Ils ont pris des matériaux de construction hors de prix ici pour construire leur petite guitoune pour la retraite. Puis ils ont ramené des voitures de 15 ans avec un nombre impressionnant de kilomètres mais que le génie du bricolage marocain a permis de faire rouler pendant des années...

Maintenant que le Maroc est un pays économiquement moderne, plus besoin de ramener tout cela. On trouve de tout ici. Pas toujours de la même qualité, mais on trouve.

Et qu’est-ce qu’ils nous ramènent maintenant?

Des convertis voulant vivre sur une terre d’islam en tenue afghane, petite barbe sans moustache, ayant appris le Coran en phonétique avec Google Translate et candidats en puissance d’un djihad mondialisé.

Ils nous ont renvoyé des enfants qui se considèrent comme des citoyens de seconde zone, se disant victimes d’“islamophobie” et de discrimination à l’embauche. Souvent des échecs scolaires poussés au communautarisme, ce qui a fait le lit de tous les prêcheurs en mal de brebis. Mal ou pas formés, ils leur ont inculqué une vision de l’islam que l’on croyait réservée à quelques wahhabites perdus dans les déserts de sable et de pétrole. Et lorsque l’on a eu besoin d’eux pour des raisons électorales ou que l’on s’est senti coupable de cette France à deux vitesses, on leur a alloué des subventions pour gagner la paix sociale et endiguer les trafics de drogue au lieu de leur trouver du travail. On leur a construit des mosquées sans contrôler ceux qui officiaient et ce qu’ils disaient. D’année en année, ils nous ont renvoyé des filles de plus en plus “niqabées” alors que le Maroc ne connaissait pas cela. Ils nous ont envoyé des gens qui voulaient nous expliquer ce qu’était le vrai “islam” selon ce qu’ils ont lu sur Facebook.

Alors oui, on pourrait croire que la France a failli! Nous lui avons envoyé dans les années soixante des travailleurs durs à la tâche, faisant tout pour s’intégrer, reconnaissants d’avoir un toit et l’eau courante, et ils nous renvoient ça pour nous remercier!

Seulement voilà, ce type de discours victimisant le pauvre binational qui n’a pas eu toutes ses chances et qui tombe dans la délinquance ou le spirituel bas de gamme n’est plus acceptable aujourd’hui. Ces cohortes vivent en Europe en crachant sur leur pays de vie en exigeant de pouvoir porter le voile en tout lieu, des repas et des horaires aménagés au motif de leur religion et au mépris des habitudes, coutumes et traditions locales. Cette meute veut imposer ses idées qui n’ont aucune valeur sans aucun débat puisqu’ils détiennent la “vérité” et seraient d’ailleurs bien incapables de nous expliquer sur quoi ils se basent comme toutes les sectes.

Car, faut-il le rappeler, le fameux djihad évoqué à tort et à travers est avant tout destiné à soi-même. Se battre pour devenir meilleur, pas pour tuer des mécréants. Le premier mot du texte est bien l’injonction “lis”, ce qui ne veut pas dire répéter bêtement ce que l’on ne comprend pas.

On ne peut pas reprocher à un pays laïc de ne pas avoir assez bien contrôlé la religion musulmane. C’est à la communauté des musulmans de faire ce travail et ce n’est pas en défilant dans les rues après chaque attentat en disant que ce n’est pas ça, la vraie religion, que cela s’arrangera. Il faut admettre que nous, humains, avons de la compassion pour toutes les victimes pendant que ces gens-là se gaussent sur les réseaux sociaux lorsqu’une église brûle à Paris ou que l’on meurt à l’office au Sri Lanka car pour eux, c’est une juste vengeance.

Cette dérive sectaire et haïssable fait bien partie aujourd’hui de la religion. Elle est reconnue par certains États et en prêche libre à travers le monde. Seuls des musulmans pourront imposer une certaine idée de l’islam. Et avec l’ampleur que cela prend, ne rien dire aujourd’hui c’est cautionner. Ne rien faire, ne pas débattre, c’est laisser le champ libre à ces idées délétères qui vont pourrir cette pauvre oumma. Alors que nous sommes à l’approche du ramadan, combien de malades vont jeûner ou refuser de boire, mettant en péril leur vie avec ces visions et ces croyances ne provenant d’aucun texte sérieux? Combien de morts? Combien d’attentats avant de comprendre qu’ils nous ont déclaré la guerre et qu’ils est de notre devoir de combattre par la plume et la parole pour ne jamais avoir à en arriver aux armes avec ces gens-là, pour défendre notre liberté de conscience et nos libertés tout court?

#Safibaraka