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11/12/2018 17h:19 CET | Actualisé 11/12/2018 20h:46 CET

La France face à sa crise sociale

C’était bien un tournant social qui a été pris avec cet appel à décréter “l’état d’urgence économique et social”

PASCAL GUYOT via Getty Images

Des mots forts, empreints de gravité mais aussi d’humilité. Après dix jours de silence, et quatre semaines de manifestations, Emmanuel Macron a pris la parole pour répondre à la colère des “Gilets jaunes”. Dans son allocution télévisée d’une dizaine de minutes, longuement préparée et alimentée par les entretiens menés, au court de la semaine, avec les patrons, syndicats ouvriers, élus et représentants politiques. C’était bien un tournant social qui a été pris avec cet appel à décréter “l’état d’urgence économique et social”. Hier, Macron a tenté de répondre aux questions les plus brûlantes, tout en se donnant le temps de la manoeuvre.

Pas de miettes”, avaient prévenu certains Français. Les mesures annoncées apportent du grain à moudre aux plus modestes d’entre eux. Du très concret avec cette revalorisation de 100 euros du Smic, la défiscalisation des heures supplémentaires, l’abandon de la CSG pour les retraités ayant une pension de moins de 2000 euros. Les entreprises qui le peuvent sont également appelées à verser une prime exempte de charge et défiscalisée. En revanche, Emmanuel Macron se refuse à revenir sur la suppression de l’ISF. L’intervention de Macron sonne aussi le glas de cette présidence jupitérienne. Le président Macron/Jupiter descend enfin de son Capitole et lance un appel à la réconciliation sociale. Pour relever ce défi, il veut s’appuyer sur les territoires et les élus du terrain.

Bien évidemment, l’égalité fiscale recherchée recouvre une dimension politique, sociale et juridique. C’est du moins ce qui résulte des article 1, 6 et 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que le principe d’égalité fiscale est d’abord entendu comme l’égalité des contribuables devant l’impôt et que la “contribution commune doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. On pourrait donc croire que tous les citoyens sont égaux devant l’impôt comme devant la loi. Néanmoins, la réalité semble plus complexe que cela!

Voilà près de dix ans que la question sociale en France tend à se réduire à la seule problématique des quartiers dits sensibles et de l’intégration des jeunes issus de l’immigration. Cette vision caricaturale est finalement assez confortable puisqu’elle souligne acontrario une société intégratrice pour l’immense majorité des Français avec, à la marge, des territoires et des populations exclus mais minoritaires. Cette approche qui décrit une société figée entre deux extrêmes ne dit cependant rien des nouvelles dynamiques sociales à l’œuvre sur l’ensemble des territoires, ni du processus de précarisation des classes moyennes.

Ainsi, le fait saillant de cette dernière décennie, la première décennie post-crise structurelle, n’est pas tant la paupérisation de quelques cités que la concentration des couches supérieures dans l’ensemble des villes-centres des grandes métropoles. Dans ce contexte, seules les couches populaires immigrées maintiennent leur présence dans les quartiers de logements sociaux et/ou dans les derniers secteurs centraux anciens encore marqués par les logements insalubres ou inconfortables. Ces quartiers qualifiés comme “sensibles” par le ministère de l’Intérieur constituent alors, de fait, des enclaves populaires au centre de métropoles largement embourgeoisées. Pour l’essentiel, il s’agit d’un choix contraint. Le renchérissement des prix du foncier dans les centres, la spécialisation du logement social dans l’accueil des plus précaires et la dégradation des conditions de vie dans de nombreux quartiers, notamment de la proche banlieue, laissaient peu de choix à ces salariés dont les revenus sont d’autant plus modestes qu’ils sont les premières victimes du chômage de masse et de la précarisation.

C’est pourquoi, et au-delà des annonces, le gouvernement d’Edouard Philippe sera obligé d’élargir le débat socio-politique pour rebâtir un nouveau projet collectif. Fiscalité, écologie, immigration, université doivent donc être abordées.

Dans un pays hautement inflammable, parcouru par des courants contradictoires, face à la montée de la droite populiste et du racisme, l’erreur de Matignon, comme de l’Elysée, été de ne pas prendre en compte la demande des opprimées. Car au-delà de la question des prix des carburants, c’est bien une colère longtemps cachée, celle des laissés-pour-compte, qui s’exprime aujourd’hui, dans les rues de la France.

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