TUNISIE
30/10/2018 13h:18 CET

La France, aussi, fait face à une pénurie de médicaments

La situation est alarmante. L’an dernier, pas moins de 530 médicaments manquants ont été signalés.

Ivan-balvan via Getty Images

Alors que la Tunisie a connu, les derniers mois, une pénurie de médicaments, la France semble à son tour touchée par ce phénomène.

Dans les colonnes du Parisien, ce lundi 29 octobre, le président de l’association France Parkinson alerte la population sur la pénurie en Sinemet, un médicament essentiel dans le traitement contre la maladie cérébrale. Ce n’est pas le seul. D’autres produits indispensables pour la santé sont aussi en rupture de stock.

Des antibiotiques, un vaccin, des traitements contre le cancer ou l’hypertension. Sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, on trouve une liste colossale de médicaments en difficulté d’approvisionnement ou impossibles à trouver. Un phénomène qui touche aussi bien les hôpitaux que les pharmacies de ville.

La situation est alarmante. L’an dernier, pas moins de 530 médicaments manquants ont été signalés. C’est ce qui a poussé le Sénat, dans un document publié le 2 octobre dernier, à lister 30 propositions pour venir à bout de cette pénurie, la première d’une telle ampleur dans l’histoire de la France. Ils souhaitent empêcher qu’une situation pareille se produise à l’avenir.

Des médicaments à “prix bas”

Comme le souligne le quotidien économique Les Échos, le rapport des sénateurs propose notamment d’expérimenter des “exonérations fiscales ciblées pour les entreprises qui s’engageraient à implanter en France des sites de production de matière active ou de médicaments jugés essentiels pour la sécurité sanitaire”.

 

Pourquoi une telle proposition? Parce qu’en France, les marges qu’elles réalisent sont souvent trop faibles. En effet, comme le soulève ce reportage de France 3, les prix pratiqués dans l’Hexagone sont bas rapport à d’autres pays européens. Quand le quota minimum de médicaments est livré, les industriels sont plus facilement tentés de vendre leurs produits à l’étranger.

Interrogé par la chaîne de télévision, le président du Syndicat des pharmaciens de la Marne, Pierre Kreit, ajoute: “Lorsqu’ils commercialisent un produit, les laboratoires pharmaceutiques ont tout intérêt à le vendre dans un pays ou le médicament est cher, comme l’Allemagne, le Danemark ou la Suède. En France ou au Portugal, le médicament n’est pas cher, donc les laboratoires pharmaceutiques fixent des quotas en fonction de la consommation de l’année passée.”

Des soucis de production

C’est l’un des facteurs susceptibles d’expliquer la pénurie que connaît actuellement la France. Mais ce n’est pas le seul. D’après une chronique de Marc Lomazzi sur France Inter, les molécules qui permettent de construire un médicament sont produites par un nombre très restreint d’usines. Si l’usine en question connaît une panne, c’est toute la production qui est impactée.

C’est exactement ce qui se passe actuellement avec le Simenet. Le laboratoire Merck, en charge de la production du médicament, fait actuellement des travaux pour remettre son usine américaine aux normes. Pendant ce temps, la production est interrompue.

Parmi les difficultés d’approvisionnement, on trouve aussi les retards de fabrication, la perte de savoir faire, mais encore des capacités de productions insuffisantes ou des difficultés d’approvisionnement en matière première. Mais comme pour ces raisons, ou la précédente, les entreprises sont censées mettre en place des plans de gestion pour éviter les ruptures de stock. Ce qui n’a pas été le cas du laboratoire Merck.

Un problème de monopole

Autre problème, la question du monopole. Quand un laboratoire est le seul à fabriquer un produit, il affiche le prix qu’il souhaite. En temps de pénuries, certains n’ont pas peur de monter les prix pour se faire des bénéfices.

Comme le révèle Franceinfo, le BCNU, un médicament prescrit pour traiter certaines tumeurs cérébrales, coûtait 34 euros les 100 mg, en 2013. L’année suivante, il se retrouve en rupture de stock. Résultat: en 2015, quand il réapparaît sur le marché, il est commercialisé à 900 euros pour la même quantité.

Forts de tous ces constats, les sénateurs songent à plusieurs nouveautés, comme la mise en place d’une ou plusieurs structures publiques capables de produire des médicaments indispensables et régulièrement exposés à des risques de pénurie. En Suisse, par exemple, le pays possède son propre laboratoire militaire. Ce dernier est amené à élaborer des réserves de sécurité.

Il arrive que d’autres pays, en Europe ou en Amérique du Nord, soient, eux aussi, victimes de pénuries de médicaments. En France, elles sont récurrentes depuis plusieurs années. Reste à savoir désormais si certaines des idées soumises par les sénateurs feront l’objet d’une proposition de loi. Et si cette dernière aura suffisamment de poids pour faire changer la balance.

La Tunisie a récemment connu la pénurie de plusieurs médicaments. En cause, les dettes des structures publiques de la Santé dont la Pharmacie centrale, mais également la contrebande de médicaments.

Il y a quelques mois, la Tunisie faisait face à une pénurie de médicaments, le stock stratégique ayant atteint les 2 mois et 19 jours en juillet dernier. “Nous voulons que le stock stratégique atteigne 6 mois à la fin de l’année 2018 et un an à la fin de l’année 2019” avait alors affirmé le ministre de la Santé Imed Hammami, appelant les Tunisiens à ne pas “céder à l’affolement”.

En mars, le stock stratégique de médicaments avait atteint un seuil critique d’un mois et 20 jours.

Cet article a été initialement publié sur le HuffPost France et adapté par le HuffPost Tunisie.

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