MAROC
17/07/2019 18h:07 CET

La FGD qualifie la gestion déléguée des bus à Casablanca de "catastrophique"

Elle appelle à créer une régie publique pour la gestion de ce service.

DR

TRANSPORT URBAIN - Absence de qualité, non respect des normes, conditions déplorables, insécurité totale... Le bilan que dresse la Fédération de la gauche démocratique (FGD) du transport urbain à Casablanca n’a rien de positif. Présenté hier soir dans une conférence de presse organisée au siège du Parti socialiste unifié (PSU, membre de la coalition FGD) à Casablanca, ce bilan remonte aux origines d’une situation qualifiée de “catastrophique” qui dure depuis 15 ans.

Pour la FGD, depuis que les autorités de la ville ont signé un contrat de gestion déléguée du transport par autobus en novembre 2004, “les Casablancais souffrent”. Et pour cause, ce service a été “abandonné” au profit d’un délégataire privé, en l’occurrence M’dina Bus, qui s’est “limité à importer des bus d’occasion dont une partie importante appartenait à l’un de ses actionnaires (RATP)”, affirme la FGD. L’exploitation du service s’est faite, d’après la même source, “sans le moindre souci de qualité”, transportant, chaque jour, “plus d’un million de passagers dans des conditions dégradées”, tandis que “les tarifs ont plus que doublé durant cette période”. 

Pendant toutes ces années, M’dina Bus a bénéficié, estime la FGD, de subventions et de fonds publics “de plus de 700 millions de dirhams sans pour autant fournir le minimum requis en termes de qualité et de sécurité”. L’autorité délégante, constituée de 18 communes composant le Grand Casablanca, a, elle, été “aux abonnés absents”. C’est ce que la FGD qualifie d’“insouciance criminelle”, soulignant que “depuis 2008 et malgré les défaillances innombrables et manifestes du gestionnaire privé (M’dina Bus), aucun comité de suivi n’a été tenu, aucune renégociation du contrat n’a été effectuée, aucune évaluation de la qualité des services…”. 

Face aux défaillances, le conseil de la ville a “failli à sa mission d’autorité délégante en ne réalisant pas ses obligations contractuelles (exclusivité du transport promis et non réalisée, concurrence déloyale des taxis blancs dans le périmètre urbain, gestion des chantiers sur les voies publiques, de couloirs de bus, etc.)”, précise la FGD. 

Résiliation du contrat et après?

A présent que les autorités ont décidé de se séparer de cette société délégataire, rien n’a changé dans le transport par autobus, constate-t-elle. Actée le mardi 5 février, la résiliation du contrat décidée à l’unanimité par l’Établissement de coopération intercommunale (ECI) du Gand Casablanca, cette dernière a confié à la présidente du conseil communal de Mohammedia la latitude de prendre les décisions qui s’imposent et assurer la continuité de ce service public.

La FGD n’est pas convaincue. Dans son constat, elle soutient que “le processus de sortie du contrat de gestion déléguée actuel a été piloté par le conseil de la ville avec un amateurisme manifeste”. Et de souligner que trois mois après la fin du contrat de M’dina Bus, le sort du secteur n’est pas encore connu, puisqu’aucun remplaçant n’est désigné et “les bus ne sont pas commandés”. 

La société de développement local Casablanca-Transport avait lancé, en mars dernier, un appel d’offre pour l’acquisition de 350 nouveaux bus, destinés au transport en commun de la métropole et ses environs, pour un montant global de 8,95 millions de dirhams. Mais depuis, des reports et annulations ont retardé le processus, fait remarquer la FGD, rappelant qu’un rapport d’audit de la situation, mené à la demande du ministère de l’Intérieur et réalisé par KPMG, “fait état d’un préjudice au profit de la société délégatrice de près de 4 milliards de dirhams”. La FGD précise ainsi que “M’dina Bus a porté l’affaire auprès de la justice, et si le jugement se confirme, ce sera au contribuable casablancais de payer les 4 milliards de dirhams, car les élus n’auront pas fait leur travail”.

C’est une situation au bord de l’implosion que décrit la fédération, soulevant également l’impact social que suscite cette résiliation, notamment le devenir des 4.000 salariés de M’dina Bus et leurs droits (indemnités, retraites, sécurité sociale, etc.). La FGD évoque plusieurs risques auxquels le conseil de la ville doit faire face, dont celui des infrastructures, notamment les bus, mises à la disposition de M’dina Bus et qu’il doit récupérer. 

La FGD se demande, par ailleurs, comment le conseil pourrait-il gérer effectivement le retard d’acquisition des 700 nouveaux bus, objet de l’appel d’offres reporté à maintes reprises (le délai minimum de livraison de 44 semaines pour 350 nouveaux bus).

Le service public le vaut bien!

Pour la FGD, il est temps d’apprendre la leçon, d’en sortir avec la morale que ce service doit être régi par le secteur public. “De nombreuses villes dans le monde notamment Tunis, Madrid, Berlin, Paris et Rome ont opté pour le choix d’une régie publique ou d’une délégation de service à une société publique gestionnaire de l’ensemble des moyens de transport et non d’une délégation à une société privée plus préoccupée par des soucis de profit”, fait-elle constater. Et d’insister sur le fait que plusieurs villes, après avoir expérimenté la délégation du service, ont fini par faire ce choix, comme Nice depuis 2013, cite-t-elle en exemple.

Une option à laquelle la FGD appelle Casablanca, estimant nécessaire “un retour immédiat de la gestion du transport public urbain à une régie donnant la priorité au bien-être des Casablancais”. En mode d’emploi, elle propose que cette gestion se fasse par la voie “d’une nouvelle régie autonome ou personnalisée à créer via une SDL publique qui va directement gérer ce service”.

C’est un cheval de bataille que la FGD compte mener de toutes ses forces appelant dès à présent à “la nécessité de penser le transport urbain comme un service public vital et un droit pour tout citoyen de se déplacer dignement et à un tarif accessible à tous”. C’est “le seul garant de la prise en compte de l’aspect environnemental qu’impliquent les 8 millions de déplacements quotidiens des Casablancais”, affirme-t-elle.

Par sa position, la fédération dit vouloir engager “la réflexion ancrée dans notre vision de se diriger vers la gratuité du transport urbain notamment pour les écoliers, les étudiants, les personnes à mobilité réduite et les personnes âgées…” Pour cela, la FGD compte sur les usagers et citoyens dans “l’élaboration et la gestion de ce service public ainsi que dans le suivi de sa qualité”. Elle suggère “la constitution de comités locaux d’usagers à intégrer comme partie prenante à part entière dans le nouveau schéma de gestion du transport urbain”.