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06/01/2019 09h:18 CET | Actualisé 06/01/2019 11h:03 CET

La fameuse lettre du président Madison au Dey d'Alger

Cette lettre, adressée par le 4e président des Etats-Unis, James Madison au dey Omar Agha, ne mentionne pas le jour mais la date exacte de sa transmission. Il s’agit du 21 août 1816 selon William Shaler, Consul des USA à Alger de 1815 à 1828.

Ce document, qui contient des ratures et des suppressions serait l’original écrit par James Madison lui-même (1809-1817). La formulation “A son Altesse le Dey d’Alger” (To His Highness the Dey of Algiers) est inexistante, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas de la forme finale transcrite, celle qui fut envoyée au Dey Omar Agha (1815-1817), à propos de deux navires de guerre capturés en 1816 par les Américains, restitués mais retenus par le gouvernement espagnol.

Omar Agha, qui a succédé au Dey Khaznaji (d’origine inconnue), assassiné après 16 jours de règne, lui-même ayant égorgé son prédécesseur Haj Ali dans son bain, est un renégat d’origine grecque, assassiné en 1817 par Ali Khoja le Georgien (nommé le fou) mort à son tour par la peste en 1818 … comme “Titus”.

Il proposait, selon la lettre, un “renouvellement de l’ancien traité de paix” conclu entre les Etats-Unis et la Régence d’Alger.

Voici la lettre de James Madison:

“J’ai reçu votre lettre datée du 24 avril dernier [1816 ndlr]. Vous déclariez que les deux navires de guerre capturés par l’escadron américain ne vous ont pas été rendus [restored] conformément à la promesse du commandant Stephen Decatur ; et en indiquant [inferring] que cette défaillance, violait le traité de paix. Ainsi, vous proposez comme alternative, le renouvellement de l’ancien traité conclu il y a de nombreuses années ou le retrait de notre consul d’Alger.

Les États-Unis désirant vivre en paix et en amitié avec toutes les nations. [I regret] (suggestion : et) je regrette qu’une lecture [view] erronée de ce qui s’est passé a suggéré [ have suggested the contents ] le contenu de votre lettre.

Votre prédécesseur a fait la guerre sans raison aux États-Unis et ce en chassant leur consul et mettant en esclavage le capitaine et l’équipage d’un de leurs navires lesquels naviguaient en vertu d’un traité en vigueur.

Au moment où nous avons mené notre guerre contre une nation, vers une issue honorable {cette nation est la plus puissance navale d’Europe il ne la mentionne pas NDLR }, nous avons détaché un escadron de notre force en Méditerranée pour réparer, à notre satisfaction, les torts [wrongs :dommages aussi ] causés par Alger. Notre escadron a fait face au vôtre, l’a vaincu et [and made prize of your largest ship and of a smaller one] s’est offert ? Votre plus grand navire et un plus petit.

Notre commandant s’est immédiatement rendu à Alger et vous a proposé la paix que vous avez acceptée. Il a ainsi épargné le reste de vos “navires”.

On savait qu’ils n’étaient pas rentrés au port autrement ils seraient tombés entre ses mains. Notre commandant, aussi généreux que courageux, et même si la promesse ne faisait pas partie du traité, vous a informé qu’il rendrait les deux navires saisis, à vos officiers.

Ils ont donc été rendus. La frégate arriva de bonne heure [early day] à Alger. Mais le gouvernement espagnol, alléguant que la capture du Brig [navire à deux mats carrés] était si proche de la côte espagnole, ce qui fait qu’elle était illégale. Il (le gouvernement d’Espagne ) l’a retenu à Carthagena, après que votre officier ait pris possession.

Malgré l’accomplissement de tout ce qui pouvait être exigé des États-Unis, nous n’avons pas perdu de temps pour demander à ce gouvernement de libérer le “Brig” sur lequel l’Espagne n’avait aucun droit, que la capture fût ou non conforme aux lois des nations ….[whether the capture were or were not agreeable to the law of nations]

Le gouvernement espagnol a promis que le brig sera livré … et bien que le retard ait été plus long que prévu, il semble que le brig ainsi que la frégate aient été effectivement “transférés à votre possession”.

Ce n’est donc pas sans surprise que nous vous trouvions, dans de telles situations, à amplifier [magnifying] un incident aussi peu important qu’il affecte les intérêts d’Alger alors que des États-Unis ne sont pas blâmables. Cet incident devint  pour vous  une occasion afin  de “signifier” dans votre lettre, une  proposition et une menace.

Je ne peux que me persuader qu’un réexamen de la question vous ramènera aux sentiments amicaux à l’égard des États-Unis qui ont été entrainés dans une  guerre injustement entreprise par le Dey qui a régné avant vous ( Madison parle du Dey  Hadj Ali Ben Khelil 1809-1815)  .

J’espère que cela sera d’autant plus vrai que les États-Unis, tout en ne souhaitant aucune guerre avec aucune nation, n’achèteront pas la paix à n’importe quel prix. C’est un principe intégré à la politique “établie” par les États-Unis, selon laquelle la paix vaut mieux que la guerre, la guerre vaut mieux que [ The tribute, au sens de:] la rançon.

Notre consul et notre commandant de la marine, Chauncy, sont autorisés à communiquer avec vous, afin de mettre fin au différent selon le principe d’une reconnaissance mutuelle et par la voie de l’exécution du traité récemment conclu.

Et je prie Dieu de vous inspirer “avec le même amour” de la paix et de la justice que nous ressentons, et qu” ’il vous guidera par  sainte bienveillance”.