MAROC
24/03/2019 14h:55 CET

La double peine des Marocaines ayant porté plainte pour agression sexuelle à Huelva

En plus de porter le douloureux souvenir de l’agression sexuelle, elles doivent faire face à la honte de leur famille.

ABDELHAK SENNA VIA GETTY IMAGES
Photo d'illustration.

JUSTICE - En avril 2018, une enquête menée par BuzzFeed News alertait sur des cas d’agressions sexuelles commis sur des ouvrières marocaines à Huelva, en Espagne. Peu de temps après, des femmes avaient porté plainte contre les fermes de la région qui les employaient. Depuis, une marche de solidarité a été organisée de l’autre côté de la Méditerranée et le ministère de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle marocain a nié les faits. Les femmes qui ont porté plainte, elles, attendent toujours une décision de justice. Le journal espagnol El País a rencontré Amina et Aïcha qui, en juin dernier, ont dénoncé les agressions sexuelles dont elle ont été victimes avec 8 autres Marocaines à la ferme d’Almonte. Elles racontent le prix qu’elles ont dû payer à dénoncer ces agressions.

“Les vidéos de leur rébellion à la ferme ont parcouru les réseaux sociaux et leurs familles les ont reconnues. Et elles les ont répudiées”, rapporte le quotidien espagnol. C’est la double peine. En plus de porter le douloureux souvenir de l’agression sexuelle, Amina et les autres doivent faire face à la honte de leur famille. La Marocaine raconte ainsi que son fils lui a affirmé qu’elle n’était pas sa mère. Elle affirme aussi que son frère l’a menacée de mort. ”Dans un récent appel vidéo, son frère a été très clair: ‘Si tu reviens, tu es morte’, et a fait le geste de la tuer”, rapporte El País. ”Ma famille ne me croit pas. Ils pensent que je suis une prostituée”, ajoute Amina, ”à travers ses larmes”.

Le mari d’Aïcha, arrivée enceinte à Huelva, pense que c’est de sa faute si elle s’est fait agresser. “Mon mari va divorcer et emmener mes enfants. Mes parents ne prendront pas soin de moi. Au Maroc, quand une femme est divorcée, ses parents la rejettent”, dit-elle.

Pas de salaire, de la nourriture en échange de sexe

Dans son témoignage, la Marocaine revient sur les faits. Les agressions sexuelles dont elle a été victime. D’abord, au travail, rien ne se déroulait comme il était convenu. Ni les heures, ni le salaire. “Après avoir passé le ramadan à jeûner pendant la journée, elles ont cherché de la nourriture dans les poubelles au crépuscule. Leur patron, disent-elles, rôdait constamment. Il a offert de l’agent à certaines. Mais en échange de sexe”, décrit le journal. 

“Selon cette femme, chaque jour, un groupe de voitures conduites par des hommes pour chasser des femmes vulnérables arrivait à la ferme. ‘Un homme est venu et m’a offert de m’acheter en échange de l’accompagner’, se souvient Amina, qui reconnaît à contrecœur que, à trois reprises, elle n’avait d’autre choix que d’accepter le sac de nourriture”, continue El País.

Aujourd’hui, les 10 Marocaines, rejetées parce qu’elles ont déposé plainte contre cette ferme d’Almonte, se cachent. Elles voudraient changer de nom et surtout, que justice soit rendue, pour être reconnues comme les véritables victimes. En attendant, elles assistent ”à la vie de leurs enfants sur WhatsApp, en contemplant la destruction de leurs familles”, souligne le quotidien espagnol. “Quand j’entends que les autres enfants vont à l’école chaque matin, je tombe en morceaux. J’aimerais être à côté de mes enfants pour les emmener à l’école. Je ne les ai pas vus grandir depuis un an. C’est comme si leur mère était morte”, ajoute Aïcha.

Cette année, 19.000 postes ont été ouverts aux ouvrières marocaines à Huelva. Les gouvernements espagnols et marocains se sont engagés à prendre une série de mesures pour améliorer leurs conditions de travail.