MAROC
27/10/2018 20h:43 CET

La différence entre crise d’angoisse et attaque de panique

Et les conseils des experts pour gérer l’une ou l’autre.

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SANTÉ - À notre époque, pour une personne angoissée, le simple fait de consulter les informations peut suffire à créer un sentiment véritablement oppressant (parfois dans l’instant, parfois même de manière durable). À d’autres moments, l’anxiété vous submerge sans prévenir, en l’absence de toute raison apparente.

Certaines personnes, de manière un peu imprécise, décrivent ces périodes de tension extrême comme des “crises d’angoisse”; d’autres parlent plutôt de crise de panique. En réalité, ces deux expressions recouvrent des réalités totalement différentes. Alors, comment s’y retrouver? Deux expertes vous expliquent l’écart entre les deux et la manière d’y faire face.

Chacun a sa définition de l’angoisse

“Une attaque de panique, ou crise d’angoisse aiguë, est un terme clinique”, déclare Alice Boyes, auteur de The Healthy Mind Toolkit. “C’est ce qui la différencie de l’angoisse en général, dont chacun a sa propre définition.”

Selon Christina Boisseau, maître de conférences au sein du département de psychiatrie et de sciences comportementales de l’École de médecine Feinberg de la Northwestern University, une “crise d’angoisse” recouvre généralement une expérience bien plus spécifique, souvent provoquée par quelque chose qui vous est propre.

 

“Quand on évoque une crise d’angoisse, c’est plus une façon de parler qu’autre chose. En règle générale, les personnes concernées se sentent extrêmement stressées par un événement précis, qu’il soit lié à leurs études, leur travail ou leur entourage. La réaction est causée par un facteur identifiable. En montant en puissance, elle peut provoquer des symptômes physiques comme une accélération du pouls ou une sensation d’oppression thoracique.”

Une attaque de panique peut survenir à tout moment 

EAKACHAI LEESIN/EYEEM VIA GETTY IMAGES

A contrario, l’universitaire explique qu’une attaque de panique se produit souvent sans cause apparente.

“Il s’agit d’une bouffée inattendue de terreur ou de malaise intense, accompagnée de symptômes très alarmants: cœur qui s’emballe, vertiges, bouffée de chaleur ou soudaine difficulté à respirer. Ces signes d’alerte atteignent très rapidement leur paroxysme, en l’espace de quelques minutes, mais ne durent généralement que peu de temps.”

Alice Boyes ajoute que chez certains, ces manifestations se produisent même la nuit, les tirant d’un sommeil profond sans qu’on puisse définir pourquoi. D’autre part, même si elles peuvent passer plus rapidement qu’une sensation d’anxiété généralisée, l’organisme, lui, met un certain temps à évacuer le cocktail d’hormones et d’adrénaline qui en découle.

“Il est fréquent de se sentir assez chamboulé pendant un moment.”

Le Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux (généralement désigné sous son abréviation anglophone, DSM-V), publié par l’Association américaine de psychiatrie, est la référence pour évaluer les problèmes de santé mentale aux États-Unis. D’après sa dernière édition, une attaque de panique se caractérise par la présence d’au moins quatre de ces symptômes:

  • Palpitations ou accélération du rythme cardiaque
  • Transpiration
  • Tremblements ou spasmes musculaires
  • Souffle court ou sensation d’étouffement
  • Sensation de suffocation
  • Douleur ou gêne thoracique
  • Nausées ou maux de ventre
  • Vertiges ou sensation d’étourdissement et de faiblesse
  • Déréalisation (sensation d’irréalité) ou dépersonnalisation (lorsqu’on se sent comme déconnecté de soi-même)
  • Peur de perdre le contrôle ou de devenir fou (avoir littéralement l’impression de perdre l’esprit)
  • Peur de mourir
  • Engourdissement, picotements
  • Frissons ou bouffées de chaleur

Si vous souffrez régulièrement de ce type de crises, vous êtes peut-être atteint d’un trouble panique

Selon Christina Boisseau, si la plupart des gens font l’expérience d’une attaque de panique au moins une fois dans leur vie, seuls 2 à 3% développent un trouble panique.

“On peut décrire cela comme une peur de la peur. Les individus concernés sont terrifiés à l’idée de voir survenir les sensations physiques associées à ces crises. Ils ont peur que quelque chose n’aille pas chez eux, craignent d’être en train de mourir ou de ‘devenir fous’. Pour résumer, ils redoutent les implications de ce phénomène.”

“Le trouble panique se caractérise par la peur de subir une crise d’angoisse aiguë”, confirme Alice Boyes. Celle-ci pousse les personnes à éviter des lieux ou types d’environnements (avions, espaces confinés, foule etc.) ou encore des situations (par exemple conduire) associés à l’une de ces pertes de contrôle. Elles espèrent ainsi en prévenir le retour.

“Selon leur raisonnement, le fait d’avoir déjà eu une crise dans ce contexte implique le risque que cela se reproduise. Mais à long terme, cette réaction d’évitement ne fait que les rendre encore plus anxieuses.”

Comment gérer les crises d’angoisse et de panique  

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À en croire Christina Boisseau, les stratégies à déployer en cas d’attaques de panique diagnostiquées par un spécialiste (ou encore de trouble panique) sont assez similaires à celles que peuvent utiliser les personnes souffrant simplement d’accès de stress intense.

“Au niveau du traitement requis, poser clairement la différence n’est pas essentiel.”

Les deux expertes mettent en avant une méthode extrêmement efficace: la thérapie comportementale et cognitive (ou TCC), pratiquée sous le contrôle d’un professionnel de la santé. Son optique est de traiter les problèmes sous-jacents que les crises vous ont poussé à éviter afin d’atténuer progressivement l’angoisse qu’ils inspirent. Pour Christina Boisseau, dans certains cas, la prise d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ou ISRS) comme le Prozac ou le Zoloft peut apporter un complément utile au traitement.

Pour mieux faire face à la crise, vous pouvez aussi vous appuyer sur des techniques ponctuelles ou de bonnes habitudes quotidiennes.

“L’option la plus facile est d’apprendre à respirer lentement”, indique Alice Boyes. Pour cela, n’attendez pas le moment critique, mais entraînez-vous à l’avance afin de mieux réagir dans l’urgence. “Concentrez-vous sur votre expiration, comme si vous étiez en train de gonfler un ballon. Exhalez longuement et doucement, évacuant tout l’air de vos poumons avant de reprendre normalement votre souffle. En situation d’angoisse, pratiquez cet exercice pendant quelques minutes pour vous aider à retrouver votre état normal.”

Quel que soit le choix que vous privilégiez, Christina Boisseau tient à le souligner: ces manifestations n’ont rien d’inéluctable.

“Les personnes souffrant d’anxiété ou de panique peuvent espérer de vrais progrès, et une nette amélioration de leur qualité de vie.”

Cet article, publié à l’origine sur le HuffPost américain, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast For Word.