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09/02/2019 11h:50 CET | Actualisé 09/02/2019 11h:50 CET

La diaspora

Instagram/ Rym Khen

Les précieuses ressources humaines de la société algérienne se trouvent aujourd’hui aussi bien à l’intérieur des frontières que, massivement, à l’étranger. Ceci conduit naturellement à considérer la participation de la diaspora au redressement du pays comme un des axes principaux du changement.

De ce point de vue également d’autres nations nous montrent l’exemple. La Corée du Sud a réalisé les progrès spectaculaires que le monde admire aujourd’hui grâce, en bonne partie, à la mobilisation de sa diaspora. Pays pauvre, sans ressources naturelles, mais doté d’une culture nationale multiséculaire, et notamment d’une culture administrative éprouvée à travers le temps et les évènements, la Corée, Etat et société, a su concevoir et mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur l’éducation et l’industrie, la production d’un capital humain de qualité, le développement d’un secteur privé national partenaire stratégique de l’Etat et une planification maîtrisée de son insertion dans l’économie mondiale.

 

La mobilisation de sa diaspora a été favorisée en premier lieu par l’engagement de la société elle-même, dans la mesure où un grand nombre de familles coréennes pauvres, urbaines ou rurales, se sont sacrifiées, parfois jusqu’à la faim, pour envoyer leurs enfants faire des études loin de leur foyer, parfois à l’étranger. Ceux-ci, une fois leurs études terminées, sont retournés dans leur pays.  En quittant les Etats-Unis ou d’autres pays développés, où la plupart d’entre eux auraient pu avoir des vies confortables et de belles carrières professionnelles, ils ne perdaient finalement ni les unes ni les autres puisque leur pays leur offrait des conditions de vie décentes bien qu’évidemment inférieures à celles du pays d’études, et des carrières souvent passionnantes puisque les jeunes Coréens de retour étaient d’emblée engagés dans le travail acharné de construction d’un pays entier tendu pour vaincre la pauvreté et le sous-développement, un pays dont les priorités étaient claires et précises, et où, ainsi, un professeur d’université était mieux payé qu’un ministre.   

 

Les Algériens de la diaspora en mesure de participer activement au changement se comptent par centaines de milliers. Présents au Maghreb et dans les pays arabes, en Europe et en Amérique, ils sont médecins, enseignants, chercheurs, ingénieurs, techniciens, ouvriers, marchands, artistes ou entrepreneurs. Par leur effort, ils ont souvent gravi les échelons de carrières difficiles dans des environnements nouveaux où ils ont dû apprendre d’autres langues, accéder à d’autres cultures, s’adapter à et acquérir de nouveaux comportements.

 

On ne quitte pas son pays, sa famille, ses amis, ses habitudes, ses repères, ses paysages de gaieté de cœur. L’émigration est toujours une douleur, une souffrance, un déchirement. Et même après de longues années d’exil, après même une vie entière d’exil ou une naissance dans un pays étranger, le lien affectif, culturel, spirituel demeure, et le pays continue à vivre au fond de soi. Cette valeur affective est une ressource inestimable qui devra être mobilisée en faveur du développement du pays.

 

Directement ou indirectement, les « membres de la diaspora », ces multitudes d’Algériens de tous âges et de toutes conditions apporteraient une contribution essentielle au développement de leur pays, notamment sur les points suivants :

- le développement d’une culture nouvelle fondée sur la liberté, la justice et la dignité

- la diffusion dans la société des normes de l’égalité, de la diversité, du travail et du mérite

- le transfert des connaissances et des savoirs acquis à l’étranger

- la formation dans la société d’une conception plus informée, plus réaliste et plus juste du monde

 

La participation significative de la diaspora à l’œuvre de développement permettra enfin de renouer avec fermeté le lien historique de la légitimité nationale patriotique des Algériens de la diaspora qui a joué au cours du siècle passé un rôle essentiel dans la libération de l’Algérie et son émergence en tant qu’Etat-nation. Cette vérité historique n’est malheureusement pas assez connue ou appréciée à sa juste valeur, notamment par les nouvelles générations qui ignorent souvent (entre autres dramatiques lacunes de l’éducation déficiente qu’elles reçoivent) que, des origines du Mouvement national à la guerre d’indépendance, l’émigration algérienne a été décisive dans la conduite du destin de l’Algérie.