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06/08/2019 11h:42 CET | Actualisé 06/08/2019 11h:42 CET

La désobéissance civile sur l'échelle de Richter de la révolution

RYAD KRAMDI via Getty Images

1.    Il y a aujourd’hui différentes interprétations de la notion de «désobéissance civile», qui est d’irruption récente dans notre champ sémantique politique.

2.    Certains y voient un stade supérieur de la manifestation du mouvement populaire. D’autres, le stade ultime de la révolution actuelle. D’autres, la grève générale. D’autres encore, la réédition de la grève des Huit jours de 1957… 

3.    A la base de ces différentes interprétations, il y a l’impatience des Algériens, après 5 mois et demi de manifestations massives et pacifiques à travers le pays, de voir le régime partir. 

4.    Dans cette attitude, il y a moins de lassitude que d’incompréhension. Les Algériens se demandent comment ce mouvement populaire extraordinaire, comment un tel mouvement n’a pas encore été «compris» par le régime en place, un régime pourtant rejeté par la population, pourtant finissant dans la faillite, pourtant incapable de proposer quoi que ce soit d’utile à la société ou au monde, comment ce régime continue de s’accrocher au pouvoir, jour après jour, contre toute raison ou tout espoir raisonnable de se maintenir encore longtemps. 

5.    C’est face à cette attitude que de nombreux Algériens sont tentés par le passage à des formes de lutte plus dures. Et c’est ainsi que le recours à la désobéissance civile, entendue ici comme une action destinée essentiellement à paralyser l’économie et à aggraver la vulnérabilité du régime, apparaît comme un moyen de forcer une sortie de l’impasse actuelle. 

6.    Les risques de division du mouvement populaire, de l’intervention de la violence, d’avortement de la révolution pacifique, augmenteraient nécessairement dans ces circonstances, alors qu’il n’est pas nécessaire pour le succès du mouvement populaire de prendre ce type de risques aujourd’hui. 

7.    En effet, il suffit que le mouvement populaire continue dans le temps, qu’il se renforce en s’organisant dans les différentes catégories de la population, et qu’il poursuive sa stratégie de mouvement massif et pacifique, pour fatalement accroître, jusqu’à la rupture, les contradictions du régime.

8.    Car si celui-ci n’a pas la lucidité d’anticiper les évolutions qui se dessinent nettement déjà, en engageant la négociation sur les modalités de son départ pacifique et ordonné, la décantation interviendra, dès la rentrée, du fait de la dégradation du climat de confiance qui, malgré tout, continue de prévaloir jusqu’à présent, et de la brutale réémergence des urgences économiques et sociales auxquelles le gouvernement actuel sera incapable de répondre. 

9.    En fait, depuis le 22 février, les Algériens ont commencé une révolution politique de grande ampleur, dont la «désobéissance civile» est une modalité éventuelle qui, selon les conditions, fluctue sur l’échelle de Richter de la mobilisation et de l’ambition politique. 

10. Un peuple qui manifeste par millions toutes les semaines depuis 5 mois et demi, en faisant preuve d’une maîtrise parfaite de sa stratégie et de sa tactique, est tout à fait capable de décider, à un moment ou à un autre, de faire de la désobéissance civile en occupant les places publiques, en bloquant les transports ou en faisant la grève générale. 

11. Mais, avant d’en arriver là, il peut, tout aussi bien, décider d’accroître la pression sur le régime récalcitrant (qui, lui, est en «désobéissance rationnelle») en transformant le mardi des étudiants en deuxième vendredi, le mercredi en troisième vendredi, etc. jusqu’à ce que le régime comprenne enfin.