ALGÉRIE
23/09/2019 12h:11 CET

La député Salima Ghezali démissionne de l'APN

RYAD KRAMDI via Getty Images
Salima Ghezali (C), journalist and activist who was elected at the front of the Socialist Forces Front (FFS), sits in The House of Assembly at the National People's Congress (NPC) on May 23, 2017 during the official nomination of newly elected deputies following the May 4 legislative elections. (Photo by RYAD KRAMDI / RYAD KRAMDI / AFP) (Photo credit should read RYAD KRAMDI/AFP/Getty Images)

La député Salima Ghezlai a décidé de quitter l’Assemblée Populaire Nationale (APN). Pour elle sa démission se justifie par l’absence de la politique.  “Quand le politique ne peut rien changer, c’est qu’il n’y a pas de politique”. Le HuffPost Algérie vous reproduit le texte de sa lettre de démission. 

 

Alger le 23 septembre 2019

Salima Belkessam Ghezali

Lettre de démission de l’APN

Je n’ai pas démissionné de l’APN quand le peuple est sorti massivement, dans un mouvement national et pacifique, pour s’opposer à un odieux cinquième mandat et réclamer le départ d’un système autoritaire et corrompu, parce que je me suis laissé convaincre qu’à une demande collective aussi forte, il fallait une réponse institutionnelle qui offrirait une alternative ordonnée et forte.

“Djeich chaab khawa khawa !” scandé par le peuple sur l’ensemble du territoire national offrait une occasion en or de sortie de crise à une ANP dont le bilan de la décennie 90 pèse encore douloureusement sur les équilibres précaires d’une conscience nationale meurtrie par l’arbitraire et les violences, aggravées par les outrances des années Bouteflika.

Après un premier geste d’accompagnement du peuple par la démission forcée du Président et un engagement à bannir la violence, le commandement de l’ANP s’est vite révélé atteint des mêmes limites que la classe politique : Absence de vision stratégique alternative pour le pays réel. Doublé d’une gestion aléatoire des mêmes pulsions suicidaires qui ont conduit à l’effondrement des Etats dans notre environnement le plus proche.

Sept mois après le début du Hirak, aucune offre politique institutionnelle n’est à la mesure des défis à relever : la sagesse se résume à l’inertie et l’audace reconduit les mêmes alignements inconditionnels. Tout l’édifice institutionnel avec son gouvernement, sa représentation politique et son système partisan, son administration et ses médias se sont révélés réfractaires au changement.

 La situation actuelle du pays, partagé entre partisans et adversaires du scrutin présidentiel, ne fait que jeter, dans les tribunaux et dans la rue, un conflit, généré par et autour du Pouvoir, que ce dernier refuse de régler au sein de ses arcanes, préférant, à son habitude, en faire supporter le poids et les retombées désastreuses sur l’Etat et le peuple, tout en gardant le monopole de la décision.

Ceci est une forfaiture qui s’ajoute aux précédentes. D’autant plus impardonnable que le peuple est sorti, uni, pacifique et organisé en tirant les leçons politiques du passé. Tout au contraire du régime dont la culture arrogante et irresponsable continue d’inspirer les conduites du Pouvoir. 

Quand le politique ne peut rien changer, c’est qu’il n’y a pas de politique.

Dont acte.