TUNISIE
11/05/2018 11h:24 CET

"La démocratie en quête d'État": L'ancien ministre Mahmoud Ben Romdhane analyse la crise actuelle dans son nouveau livre

Le HuffPost Tunisie a lu pour vous le livre de l’ancien ministre du Transport et des Affaires sociales et vous propose 3 passages clés pour comprendre la situation du pays selon lui.

Facebook/Mahmoud Ben Romdhane

Ancien ministre du Transport et des Affaires sociales dans les gouvernements de Habib Essid, l’économiste et homme politique tunisien Mahmoud Ben Romdhane a publié son nouveau livre “La démocratie en quête d’État, ou comment reprendre la voie de la prospérité partagée” aux édition “Sud éditions”. 

Revenant sur la “détérioration” de la situation économique du pays, Mahmoud Ben Romhdane y affirme que “le pays assiste à un délitement des institutions, de fuite de l’État, de dégradation des services publics et au développement de la corruption à large échelle”.

Après avoir mis la crise économique que traverse le pays dans son contexte historique, Mahmoud Ben Romdhane s’attarde sur les finances publiques ainsi que sur la balance de paiement du pays. Après quoi, l’ancien ministre évoque dans son livre “les acteurs et mouvement sociaux dans la lutte pour le partage du revenu” avant de conclure par le défi qu’impose la démocratie.

Le HuffPost Tunisie a lu pour vous le livre de l’ancien ministre du Transport et des Affaires sociales et vous propose 3 passages clés pour comprendre la situation du pays selon lui.

Une crise sans précédent 

Dans la première partie de son livre axée sur “la crise économique actuelle: une mise en perspective”, Mahmoud Ben Romdhane tente de remettre cette crise dans son contexte par rapport aux crises économiques vécues par le pays depuis l’indépendance mais aussi en la comparant avec celles vécues par les pays de la “troisième vague des démocratisations dans le monde”. Et son constat est sans appel:

“Les résultats sont sans ambiguïté: la crise actuelle est la plus grave et la plus longue de l’histoire contemporaine. Tous les indicateurs pertinents qui forment les composantes d’une crise sont présents, atteignant des valeurs hautement significatives: le rythme de la croissance économique et de l’accumulation du capital en baisse sensible, la montée sans précédent du chômage malgré la baisse sensible de la population active additionnelle, la détérioration sensible des équilibres macroéconomiques internes (le solde budgétaire) et externe (le solde courant)”.

Selon lui, une des caractéristiques majeure de la crise actuelle est “son absence de traitement”. Il juge les politiques menées depuis 7 ans comme “laxistes”.

Cependant, il garde son optimisme:

“Sa dernière grande crise (à la Tunisie), elle l’a transcendée dans un laps de temps relativement court en mettant en valeur ses gisements de productivité et ses synergies de manière exemplaire. Les ressorts existent; aux décideurs et aux gouvernants de les détecter, de les valoriser”.

Un maintien du système économique

Analysant les mouvements sociaux et la lutte pour le partage des revenus depuis la révolution Mahmoud Ben Romdhane affirme que ce qui a duré depuis des années est le “maintien du même système économique, sans transformation des rapports sociaux. Ce qui a prévalu, c″est le rapport de forces, la force des intérêts corporatistes”.

Selon lui:

“La révolution tunisienne a été une révolution politique, non une révolution sociale (...) La révolution tunisienne (...) n’a pas été engagée, encore moins dirigée par une classe donnée; elle a été engagée par un mouvement de masses englobant, pour ainsi dire, toutes les classes”.

Pour l’ancien ministre, la révolution tunisienne “n’est pas fille de la révolution française, mais fille de la révolution américaine: “Attachée aux libertés, au droit, à la séparation des pouvoirs”.

“Mais elle ne peut pas continuer seulement ainsi. Le risque est que demain (si ce n’est déjà aujourd’hui), une alternative finisse par hanter la conscience collective: prospérité OU liberté” tout en estimant que chez les gouvernants “la restauration est en marche rapide”

Le “Défi de la démocratie”

Mahmoud Ben Romdhane est également revenu dans son livre sur le “défi de la démocratie”, évoquant les défis et les menaces planant sur la transition démocratique.

“Dans les mouvements de démocratisation, nous découvrons qu’il est bien plus facile de détruire un régime autoritaire que de construire une démocratie durable” affirme-t-il faisant le constat suivant: “Les démocraties naissantes, les démocraties de la troisième vague performent mal”:

“La Tunisie est là: sa jeune démocratie performe mal. Elle est décevant, son État ne répond pas aux critères de l’État moderne (...) Le risque d’une ‘mort brutale’ comme celui d’ ‘une mort lente’ de la jeune démocratie tunisienne sont bien présents parce que la Tunisie est devenu fragile, parce qu’elle est fragmentée et parce qu’elle n’a pas l’État qui sied à un pays et à une société devenus libres”.

Face à ces constats, l’ancien ministre longtemps au coeur du gouvernement, dresse une carte des enjeux et des défis majeurs auxquels fait face la Tunisie mais y propose également des solutions pour enfin mettre en place “un projet national fondé sur la solidarité et la construction des synergies. Le temps qui est devant nous est celui de la construction”.

 

Sud editions

 

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