TUNISIE
21/01/2019 20h:46 CET

La croissance de l'économie tunisienne devrait se poursuivre en 2019/2020 selon la BAD

La Tunisie bénéficie de nombreuses opportunités à consolider et renforcer.

NatanaelGinting via Getty Images

Pour la période 2019/2020, la croissance réelle du PIB de la Tunisie devrait poursuivre le rebond amorcé en 2017 (1,9%) pour atteindre 2,6% en 2018, portée par la bonne performance du secteur agricole (+8,7%) et celle des services marchands (+3,2%), selon le rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD) “Les perspectives économiques en Afrique 2019”, publié le 17 janvier 2019.

Du côté de la demande globale, l’investissement (+5%) et les exportations (+2,7%) devraient s’imposer comme les deux principaux moteurs de croissance de l’économie tunisienne, pour cette année, ajoute le même rapport publié, depuis 2003 en présentant des données clés sur la performance et les perspectives économiques de l’Afrique.

Une diminution du déficit budgétaire, du compte courant et de l’inflation est attendue en 2019

Sur le plan macroéconomique, une diminution du déficit budgétaire et du compte courant devrait intervenir en 2018 et se poursuivre en 2019 et 2020, précise le document de la BAD.

Toutefois, cette décrue devrait être lente à cause de la masse salariale élevée et du caractère structurel du déficit commercial lié à la demande d’importations en augmentation de 16 %, au cours des huit premiers mois de 2018, par rapport à 2017.

Le rapport évoque en outre une forte augmentation de l’inflation en 2018, en raison de l’incidence du taux de change, l’augmentation de la TVA et la hausse de l’inflation importée, ajoutant qu’elle devrait atteindre 7,4%, puis refluer, à partir de 2019, sous l’effet d’un resserrement de la politique monétaire par la Banque centrale de Tunisie (BCT) durant le 2e trimestre 2018.

Le rapport a rappelé dans ce cadre que le dinar s’est déprécié de 19%, par rapport au dollar américain et à l’euro, en 2018, ce qui a créé des tensions sur les réserves de change.

Repenser le rôle de l’État dans l’économie pour remédier au chômage et aux disparités régionales

Pour la BAD, le principal défi à moyen terme réside dans la lutte contre le chômage et la réduction des disparités régionales.

Le chômage touche en moyenne 15,4% de la population active et 31% des diplômés de l’enseignement supérieur, souligne encore le rapport, évoquant , cependant, des écarts très importants entre les régions côtières où se concentrent l’essentiel des investissements et des emplois et celles de l’intérieur.

La réduction de la fracture sociale et territoriale suppose un réexamen du modèle de développement et l’accélération des réformes structurelles, estiment les auteurs du rapport.

Et d’ajouter que le rôle et l’ampleur d’intervention de l’État dans l’économie doivent être repensés et privilégier l’efficacité de la dépense publique en ciblant les dépenses capables d’entraîner l’économie, notamment par rapport au secteur privé.

L’augmentation importante de la dépense publique, depuis 2011, qui a privilégié la dépense courante au détriment des dépenses d’investissement s’est effectuée à périmètre fiscal quasi constant en ayant recours à l’endettement, souligne encore la BAD.

Et de rappeler que la dette publique majoritairement composée de dette extérieure (70%) a augmenté de 71%, entre 2010 et 2018.

Des potentialités permettant d’accélérer la croissance

La Tunisie bénéficie de nombreuses opportunités à consolider et renforcer. En plus de sa proximité géographique avec l’Europe, la Tunisie dispose d’importantes potentialités agricoles et agroalimentaires pouvant relayer et accélérer la croissance et la création d’emplois, estime la BAD.

Avec une production moyenne de 190 mille tonnes, la Tunisie est devenue en 2017, le deuxième producteur mondial d’huile d’olive derrière l’Espagne et le développement du marché mondial pourrait permettre de doubler la production.

Le pays dispose également d’importants gisements de phosphate dont il était le cinquième producteur mondial, jusqu’en 2011, ainsi que de gisements gaziers pour sa consommation nationale, indique la BAD.

La banque panafricaine a, par ailleurs, recommandé l’amélioration des conditions de sécurité qui permet d’ouvrir de nouvelles perspectives pour la relance des investissements dans le secteur du tourisme.

Et d’ajouter que la Tunisie dispose d’une importante base industrielle diversifiée (aéronautique, industrie chimique et textile) qui nécessite une montée en gamme pour jouer un rôle déterminant dans la transformation structurelle de l’économie tunisienne.

Une croissance économique en Afrique de 4%, en 2019 et 4,1%, en 2020

Au niveau africain, le rapport de la BAD souligne que les performances économiques générales des pays du continent noir continuent de se redresser et la croissance du PIB devrait même atteindre 4 % en 2019, puis 4,1 %, en 2020.

Toutefois, pour assurer l’amélioration des résultats macroéconomiques et la situation de l’emploi, il faut que l’industrie se mue en moteur de croissance, préconise le rapport.

Et de préciser que cette croissance devrait se réaliser grâce à des facteurs tels que la légère reprise des prix des produits de base et l’amélioration de la stabilité macroéconomique.

Pour la BAD, cette croissance n’est pas suffisante pour relever les défis de la transformation structurelle, estimant qu’un rééquilibrage des importations africaines de la consommation aux biens intermédiaires et aux biens d’équipement , est essentiel pour aider les pays à tirer profit des économies d’échelle et de gamme, à exploiter les transferts de connaissances et à promouvoir la transformation structurelle.

Des réformes profondes de la gestion des finances publiques sont également nécessaires pour améliorer la mobilisation des recettes et atténuer les vulnérabilités de la dette, ajoute la même source.

Travailler sur l’intégration régionale pour assurer la prospérité économique

Cette édition 2019, qui met l’accent sur la façon dont l’intégration régionale contribue à la prospérité économique de l’Afrique, met l’accent sur l’importance de l’intégration en matière de coopération commerciale et économique et de fourniture de biens publics régionaux.

Au cœur même de l’intégration africaine, “une Afrique sans frontières constitue le fondement d’un marché continental compétitif et susceptible de devenir un centre d’affaires mondial”, relève le rapport.

Ainsi, est-il fait mention de l’Accord de libre-échange continental (ALEC), signé en mars 2018, par 44 pays africains, qui offre des possibilités d’avancées substantielles à tous les pays du continent.

“Pour développer les chaînes d’approvisionnement transfrontalières, il est indispensable d’améliorer la gestion douanière et d’adopter des règles d’origine simples et transparentes”, a noté le même document.

Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2019 a procédé à l’analyse des progrès en termes de biens publics régionaux, notamment en matière d’harmonisation des cadres de gouvernance financière, d’ouverture du secteur aérien régional à la concurrence, et de facilitation de la libre circulation des personnes, des biens et des services à travers des frontières ouvertes.

Le document s’est axé sur trois domaines ; à savoir les performances et les perspectives macroéconomiques de l’Afrique, l’emploi, la croissance et le dynamisme des entreprises, outre les mesures d’intégration en faveur de la prospérité économique de l’Afrique.

Des mesures à engager pour gagner 4,5% de son PIB par an

Concrètement, le rapport identifie cinq mesures en matière de politique commerciale, qui pourraient faire gagner à l’Afrique 4,5 % de son PIB, soit 134 milliards de dollars par an.

Il s’agit d’éliminer tous les tarifs bilatéraux appliqués en Afrique, maintenir des règles d’origine simples, souples et transparentes, lever toutes les barrières non tarifaires portant sur la circulation des biens et des services.

Autres mesures évoquées, la mise en œuvre de l’Accord sur la facilitation du commerce de l’Organisation mondiale du commerce, afin de réduire le temps de transit des marchandises lors du passage des frontières et le coût des transactions liées aux mesures non tarifaires et négocier avec les autres pays en développement pour réduire de 50% leurs barrières tarifaires comme non tarifaires.

Le rapport a souligné que l’Afrique qui s’est désindustrialisée prématurément, est toujours confrontée à un énorme défi en matière d’emploi, malgré le potentiel existant.

Il est donc urgent de créer des emplois dans les secteurs à haute productivité en développant un secteur manufacturier fort, recommande la BAD.

Toutefois, cet objectif ne serait pas atteint si des contraintes telles que la mauvaise gouvernance, une qualité institutionnelle médiocre et des infrastructures inadéquates continuaient de limiter la survie et le dynamisme des entreprises, avec une perte de 1,3 à 3 millions d’emplois (environ 2% des nouveaux entrants dans le marché) chaque année.

Dans son rapport, la BAD précise qu’un ensemble complet de projections de croissance mises à jour, sera publié en mai 2019, avant les Assemblées annuelles de la Banque prévues à Malabo, en Guinée équatoriale.

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