TUNISIE
14/03/2019 12h:48 CET

La crise du service public

Le problème est politique.

FETHI BELAID via Getty Images

L’incohérence des politiques qu’on applique, depuis plusieurs années maintenant, réside dans le fait que la dette publique augmente mais d’un coté, il suffit d’un fait divers glaçant comme celui de l’hôpital de Rabta pour prendre conscience du manque d’effectif et de moyens matériels pour subvenir aux besoins d’un marché qui augmente, de jour en jour.

Régulation du privé: les difficultés

Pourquoi le secteur médical privé est si difficile à réguler? Et pourtant, il y a un réel besoin de fiscalité équitable et solidaire entre le secteur médical privé et public. Le média indépendant Inkyfada révèle en 2017 que:

  • 76% des médecins en règle paient un impôt inférieur à la moyenne d’impôt payée par un médecin de spécialité équivalente dans le secteur public.

  • Les généralistes en règle paient en moyenne 4034 dinars d’impôt par an. C’est 1860 dinars de moins que la moyenne dans le secteur public.

  • Un dentiste du secteur public paie en moyenne 4888 dinars d’impôt contre 2245 dinars dans le privé.

Le problème est politique. Une forte partie de l’Assemblée des Représentants du Peuple est issu des professions libérales, comme une grande parties des gouvernements successifs depuis la révolution. Sociologiquement, le parcours de chacun rend les opinions politiques biaisés, consciemment ou inconsciemment. Si vous êtes un ancien footballeur, augmenter la fiscalité sur le sport sera plus difficile pour vous.

Ainsi, le manque de croyance politique en une réelle justice fiscale crée cette situation ou le secteur public est sous-financé.

Si le problème l’est, les conséquences sont aussi politiques; notamment, certains phénomènes anti-corruption comme Samia Abbou, des phénomènes anti-républicains comme Abir Moussi et/ou le phénomène Islamiste. Où est ce que les classes populaires et les salariés trouveront refuge pour répondre a l’inaction fiscale?

Une nouvelle lutte des classes

Les salariés et les professions libérales. Cette division qui va, des classes populaires jusqu’aux classes aisées est problématique. L’offre politique ne représente pas les salariés mais sur-représente les professions libérales. 

Cela pourrait être un indice pour expliquer l’abstention chez les salariés. Les syndicats jouent un rôle primordial dans cette lutte, mais l’idéologie libérale accuse le syndicalisme de rompre la stabilité gouvernemental en échange de hausse de salaires. Néanmoins, la crise du service public est réelle et plus un salarié exerce dans des conditions précaires, plus la valeur de son travail augmente.

Alors comment réclamer des syndicats d’ignorer des conditions qui sont installées par des choix gouvernementaux?

La redirection de la responsabilité des gouvernements a améliorer le service public sur les syndicats est classique. Néanmoins, le réel souci de cette nouvelle lutte des classes, c’est l’absence de sanction politique à cette théorie libérale étant donné son monopole sur l’offre accordée aux Tunisiens. Peu de partis politiques influents proposent un réel investissement dans le secteur public et une nouvelle politique de rigueur fiscale envers le secteur privée, un contrôle du marché. La peur de la dette alimente une peur du service public, mais à coté, alimente des disparités sociales bien trop importantes. 

C’est l’une des raisons pour lesquelles, la Tunisie a longtemps été black-listé par l’Union Européenne comme paradis fiscal. L’absence de contrôle des déclarations et l’influence politique des professions libérales bloquent les initiatives égalitaristes.

Un schéma cyclique, une crise à tout les niveaux

Les disparités sociales en augmentation dues à l’absence de rigueur fiscale (permettant le financement d’un service public et donc, assurant un ascenseur social, un tant soit peu, crédible) finissent par un aboutir sur une hausse de la population précaire.

Cette même population qui augmentera la demande sur un service public qui s’appauvrit perpétuera ainsi des faits-divers glaçants de négligence professionnelle.

Cette crise du service public est visible à tous les niveaux de l’Etat: Outre le secteur médical, l’éducation est régulièrement mobilisée pour réclamer de meilleures conditions d’enseignement. 

Ce besoin est aussi crée par une politique. Une politique qui vise a stabiliser les dépenses publiques mais sans équilibrer la fiscalité. Toujours selon Inkyfada, entre 2012 et 2015, le nombre de salariés n’a augmenté que de 3% alors que les recettes fiscales ont augmenté de 35%.

Un salarié paie chaque année plus d’impôts pour moins de résultats

3,6 milliards de dinars d’impôts sur le revenu pour les salariés annuellement dont ils ne perçoivent pas une redistribution réelle, sans que les conditions de leurs travail se soient améliorés.

Alors, pouvons-nous réellement leurs reprocher de se mobiliser?

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