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24/07/2018 09h:49 CET | Actualisé 24/07/2018 09h:49 CET

La Crise du Golfe face à la Cour Internationale de Justice: Qatar 1/ EAU 0

“Les Émirats arabes unis doivent veiller à ce que soient réunies les familles qataries qui ont été séparées après les mesures restrictives infligées par les Émirats”

Anadolu Agency via Getty Images

La Cour Internationale de Justice et par conséquent le droit international ont donné raison le 23 juillet dernier au Qatar dans le conflit qui l’oppose à l’Arabie Saoudite et les Emirats-Arabes-Unis depuis plus d’un an. Dans son ordonnance, elle exigeait d’Abu Dhabi qu’il respecte les droits des qataris sur son sol: “Les Émirats arabes unis doivent veiller à ce que soient réunies les familles qataries qui ont été séparées après les mesures restrictives infligées par les Émirats”, précisait le juge et Président de la CIJ, Abdulqawi Ahmed Yusuf.

Ce n’est pas la première fois que le principal organe judiciaire de l’ONU condamne un des voisins de Doha pour atteinte à sa souveraineté et appelait à davantage de respect des droits humains élémentaires. Cela devrait inciter l’ensemble des parties du CCG a agir davantage encore en la matière pour les années à venir et c’est la preuve que le droit peut avancer dans la région.

L’un des plus grands drames humains engendrés par le déclenchement du blocus contre Doha le 7 juin 2018 concerne la division de près de 6500 familles et l’impossibilité pour les étudiants qataris de poursuivre leurs études entamées à l’étranger et toutes les conséquences en termes de retard de cursus et d’années en cours invalidées. C’est une crise avant tout émotionnelle, au-delà de l’aspect économique et politique. Punir les familles qataries c’est aussi punir les familles voisines puisque près des ¾ de celles-ci sont mixtes et ont un proche issus des Emirats, du Bahreïn ou d’Arabie Saoudite.

Plusieurs fois, le Qatar a dû faire face à des atteintes à son indépendance depuis 1971 qu’il a porté directement auprès de la CIJ. La question des frontières est au cœur même de toute souveraineté. En 1992 et 1994, des tensions frontalières ont ainsi explosé entre Qatar et Arabie Saoudite et préfiguraient déjà d’un problème à venir. D’autres tensions concernaient la ville de Zubara, sur le sol qatari et revendiqué par Bahreïn. C’est une crise historique et le plus long contentieux porté devant la CIJ.

Située sur la côte ouest du Qatar, cette ville a été disputée par les deux Emirats depuis plusieurs siècles. La dispute avait commencé au XVIIIe siècle entre les tribus loyalistes qataries et la tribu des Al Naim venue de Bahreïn. Puis dans les années 1930, Bahreïn avait protesté quand les Qataris avaient érigé un fort dans la ville. C’est dans les années 1950 que Manama réitère de manière plus ferme sa souveraineté sur la ville. L’affaire sera portée à la Cour Internationale de Justice qui finira par donner raison à Doha en 2001, attisant rancœur et frustration de la part de Bahreïn au sujet de cette ville stratégique. En échange, Bahreïn obtient la souveraineté sur les îles Hawar. Il en était de même pour l’île de Fasht Ad Dibal qui revint finalement la même année par une décision également de la CIJ…au Qatar.

La crise que traverse le Conseil de Coopération des Pays du Golfe s’enlise alors que tous les acteurs savent bien que seul le droit international et la négociation dans le cadre de celui-ci permettront de parvenir à une issue favorable. La récente ordonnance de la Cour Internationale de Justice à certes permis au Qatar d’assurer une protection judiciaire aux familles qui sont divisées, mais elle prouve avant tout que les décisions unilatérales de boycott et d’isolement diplomatique d’un pays n’ont pas beaucoup de sens à l’ère du multilatéralisme. Malheureusement, la défiance saoudiennes et émiratie à l’égard de la réglementation internationale sont à l’image du peu de respect que leurs principal allié, les États-Unis, accordent à l’ONU. Or, celui en qui on croit le plus là-bas pour parvenir à une solution, c’est pourtant bien Washington, à l’origine même du déclenchement de la crise.

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