MAROC
22/10/2019 11h:17 CET

La crise du café qui s’annonce pourrait bien gâcher votre petit plaisir du matin

Le dérèglement climatique, les maladies et la pauvreté menacent l’industrie mondiale du café.

TIMOTHY FADEK VIA GETTY IMAGES

CAFÉ - Tasse avalée vite fait le matin, breuvage tiédasse pris à la machine à café du bureau, latte à la citrouille et aux épices en automne, frappé rafraîchissant en été… Le café est devenu un rite important du quotidien pour beaucoup de personnes dans le monde.

Cependant, la nouvelle génération d’amoureux du café ignore peut-être que la filière est en crise. Bien que nous ayons pris l’habitude de disposer d’une offre toujours plus large de variétés de café, cette diversité de goûts et d’arômes pourrait bien disparaître. La pauvreté, l’impact du dérèglement climatique et la propagation de maladies mettent les petits cultivateurs au chômage, et laissent votre boisson du matin aux mains des gros producteurs.

Une fois la diversité perdue, elle ne pourra être recréée. Plus tôt cette année, des chercheurs ont révélé que 60% des variétés de caféiers sauvages sont menacées d’extinction à cause de la déforestation, du dérèglement climatique, de la gravité croissante des maladies fongiques et des dégâts causés par les nuisibles.

De fait, les consommateurs risquent d’avoir beaucoup moins de choix, avertit Peter Kettler, responsable de la filière café chez Fairtrade International, un organisme qui œuvre à préserver les intérêts des agriculteurs de pays à faible revenu. Selon lui, ce serait une grande perte: “Je crois que pour beaucoup de monde, le café est plus qu’une simple dose de caféine quotidienne”, estime-t-il.

L’industrie du café génère chaque année environ 90 milliards de dollars au niveau mondial. Les Américains en boivent plus de 400 millions de tasses par jour et la consommation de café aux États-Unis a augmenté de près de 3% ces quatre dernières années. La production mondiale continue aussi d’augmenter avec, en tête, le Brésil et le Vietnam, qui en fournissent à eux seuls plus de la moitié.

Toutefois, les excédents ont contribué à faire baisser les prix à l’international: ils ont pratiquement atteint leur niveau le plus bas en dix ans. Par conséquent, les cultivateurs -et notamment les gérants de petites exploitations, responsables de l’essentiel de la production dans des pays en développement comme le Honduras ou le Burundi- ont de plus en plus de mal à rester à flots.

 

 

Selon Fairtrade, quelque 60% des producteurs vendent maintenant leur café à perte. Le prix actuel du marché est de 1 dollar la livre, en dessous de 1,20 dollar ou 1,50 dollar qui, d’après Peter Kettler, permettraient aux cultivateurs des pays les plus pauvres comme le Honduras de rentrer dans leurs frais.

Du fait de la baisse des prix, les petits exploitants ont moins de moyens pour protéger leurs récoltes contre les nouvelles menaces climatiques (périodes de sécheresse plus fréquentes et plus longues, épidémies fongiques de plus en plus dévastatrices, y compris la rouille des feuilles et la trachéomycose du caféier, par exemple).

La double peine de la pauvreté et du dérèglement climatique pousse les cultivateurs sud-américains à quitter leur région d’origine et migrer vers le Nord pour trouver un autre emploi. Alors que les petites plantations des pays pauvres comme le Honduras périclitent, Peter Kettler souligne que les plus grosses exploitations du Brésil et du Vietnam se taillent la part du lion.

Dans certaines régions du monde, “le café est cultivé dans les zones montagneuses, où il est impossible de développer des plantations à grande échelle. Ces cultivateurs ne sont pas en mesure d’entrer en concurrence avec de plus grosses structures ni de s’adapter aussi bien” aux menaces que représentent le dérèglement climatique et les maladies.

L’agriculture intensive profite en général des bénéfices commerciaux de la monoculture: à court terme, il peut être plus efficace de faire pousser en grande quantité un nombre plus réduit de variétés. Le commerce mondial du café repose actuellement sur deux espèces seulement: l’Arabica, qui représente environ 60% de la production, et le Robusta, autour de 40%.

Néanmoins, les variétés de caféiers que les exploitations industrielles dédaignent, et qui sont aujourd’hui en voie d’extinction, pourraient permettre d’alimenter le monde du futur en café. Selon les chercheurs, il sera probablement nécessaire de cultiver d’autres espèces plus résistantes aux aléas climatiques et aux maladies.

 

C’est comme si nous avions eu toute une bibliothèque à notre disposition et nous avions brûlé la plupart des livres qu’elle contenait.Lenore Newman, professeure à l’Université de Fraser Valley, au Canada

 

Selon Fairtrade, quelque 60% des producteurs vendent maintenant leur café à perte. Le prix actuel du marché est de 1 dollar la livre, en dessous de 1,20 dollar ou 1,50 dollar qui, d’après Peter Kettler, permettraient aux cultivateurs des pays les plus pauvres comme le Honduras de rentrer dans leurs frais.

Du fait de la baisse des prix, les petits exploitants ont moins de moyens pour protéger leurs récoltes contre les nouvelles menaces climatiques (périodes de sécheresse plus fréquentes et plus longues, épidémies fongiques de plus en plus dévastatrices, y compris la rouille des feuilles et la trachéomycose du caféier, par exemple).

La double peine de la pauvreté et du dérèglement climatique pousse les cultivateurs sud-américains à quitter leur région d’origine et migrer vers le Nord pour trouver un autre emploi. Alors que les petites plantations des pays pauvres comme le Honduras périclitent, Peter Kettler souligne que les plus grosses exploitations du Brésil et du Vietnam se taillent la part du lion.

Dans certaines régions du monde, “le café est cultivé dans les zones montagneuses, où il est impossible de développer des plantations à grande échelle. Ces cultivateurs ne sont pas en mesure d’entrer en concurrence avec de plus grosses structures ni de s’adapter aussi bien” aux menaces que représentent le dérèglement climatique et les maladies.

L’agriculture intensive profite en général des bénéfices commerciaux de la monoculture: à court terme, il peut être plus efficace de faire pousser en grande quantité un nombre plus réduit de variétés. Le commerce mondial du café repose actuellement sur deux espèces seulement: l’Arabica, qui représente environ 60% de la production, et le Robusta, autour de 40%.

Néanmoins, les variétés de caféiers que les exploitations industrielles dédaignent, et qui sont aujourd’hui en voie d’extinction, pourraient permettre d’alimenter le monde du futur en café. Selon les chercheurs, il sera probablement nécessaire de cultiver d’autres espèces plus résistantes aux aléas climatiques et aux maladies.

 

 
 
C’est comme si nous avions eu toute une bibliothèque à notre disposition et nous avions brûlé la plupart des livres qu’elle contenait.Lenore Newman, professeure à l’Université de Fraser Valley, au Canada
 
 
 
 

Ce genre d’extinction, et les dégâts qu’elle entraîne, ne se limite pas au café. Notre alimentation est de moins en moins diversifiée. Bien qu’il existe environ 30.000 variétés de plantes comestibles, 60% des calories d’origine végétale que nous absorbons proviennent de trois espèces seulement: le blé, le maïs et le riz.

Globalement, 90 à 95% des légumes et 80 à 90% des fruits ont déjà disparu depuis 1950, selon “Lost Feast” (“Le Festin perdu”, aux éditions ECW, non traduit, NDLR), le nouveau livre de Lenore Newman, professeure en sécurité alimentaire et sciences de l’environnement à l’Université de Fraser Valley, au Canada.

“C’est comme si nous avions eu toute une bibliothèque à notre disposition et nous avions brûlé la plupart des livres qu’elle contenait”, observe-t-elle.

Selon elle, la première étape pour régler le problème consiste à reconnaître la valeur de la diversité. “Réduire le patrimoine génétique” ne signifie pas seulement perdre des saveurs et des arômes, mais aussi des espèces qui pourraient nous aider à combattre le dérèglement climatique et les maladies.

Elle dénonce l’impact dévastateur de la monoculture bananière. La banane Cavendish, qui est quasiment la seule variété consommée aux États-Unis, est à présent menacée par deux fléaux. Mais les grosses plantations de bananiers ont tellement investi dans cette seule espèce qu’elles n’en ont pas d’autres, plus résistantes, pour la remplacer.

Les détaillants, les gouvernements et les consommateurs devraient encourager et soutenir la production de nourriture locale. “Une production régionale de saison est essentielle pour préserver la diversité, au lieu de toujours dépendre de produits qui ont traversé la moitié du globe”, insiste l’universitaire. “À titre individuel, les gens devraient soutenir ceux qui cultivent de la nourriture près de chez eux, car ils sont les garants de cette diversité.”

En ce qui concerne le café, toute solution durable implique de faire en sorte qu’un pourcentage plus important du prix payé par les consommateurs pour leur latte revienne aux cultivateurs, indique Peter Kettler. “L’industrie du café a été conçue de façon à soutirer le plus d’argent possible aux pays du Sud”, affirme le spécialiste. “Sur le plan commercial, cela fonctionne, car cela génère du profit, mais cela va à l’encontre de l’intérêt des cultivateurs.”

Il cite un rapport publié ce mois-ci par le professeur d’économie Jeffrey Sachs, de l’Université de Columbia, à New York, qui préconise d’instaurer un prix minimum pour les cultivateurs et de les aider à vendre directement aux consommateurs. Avec des revenus plus élevés, ces paysans pourront mieux s’adapter au dérèglement climatique et seront mieux disposés à poursuivre leur activité.

Si nous restons assis à nous tourner les pouces et laissons davantage de producteurs de café faire faillite, nous nous réveillerons un beau matin face à un choix beaucoup plus réduit. “Si rien ne change”, précise Peter Kettler, “dans 20 ans nous n’aurons que deux choix quand nous entrerons dans un café: du Brésilien ou du Vietnamien.”

Ce blog, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Iris Le Guinio pour Fast For Word.