MAROC
15/08/2018 13h:14 CET

La crise de la RAM désamorcée par un accord "secret"

Une clause de confidentialité?

ollo via Getty Images

ACCORD - Aucun détail ne filtrera. Les deux parties, la direction de la compagnie aérienne Royal Air Maroc (RAM) et l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL), sont parvenues à un consensus après des semaines de tensions sociales. Elles l’ont scellé, hier, par un accord ayant fait l’objet d’un communiqué conjoint laconique dans lequel les signataires “se félicitent”. Elles y indiquent avoir conclu “un accord regroupant les points de convergence et réinstaurant le climat de confiance”.

A cette confiance s’ajoute “la conscience” des deux parties “des enjeux majeurs économiques et sociaux du pays”. Dans leur communiqué, elles expriment leur conviction conjointe “du rôle essentiel du tourisme dans les efforts de développement” et de chacune d’entre elles dans ce dernier.

Elles affirment, par ailleurs, que l’accord prend en compte “l’importance du corps professionnel des pilotes de ligne” et “l’impérieuse nécessité de lui maintenir des conditions de travail optimales en rapport avec son environnement professionnel particulier”. Et de saluer “la contribution déterminante des pilotes à l’essor de la compagnie”, ainsi que “le haut niveau de professionnalisme des pilotes, leur rigueur, et leur sens du devoir” que la RAM considère comme “des atouts”, précise le communiqué. Reconnaissante, la compagnie se dit l’être envers “l’ensemble des femmes et des hommes de la compagnie” qu’elle estime être “porte-drapeau” de la RAM. 

Quant aux usagers ayant subi de plein fouet l’impact de cette crise depuis le 20 juillet, ils ont été remerciés par les deux signataires. Ces derniers leur témoignent, dans ce communiqué, “leurs sentiments de gratitude et de remerciements (...) pour leur fidélité à la compagnie nationale”. Et de promettre, en conclusion, “leur engagement à œuvrer ensemble à l’amélioration de l’expérience client pour les passagers de la compagnie”.

Sur la teneur de cet accord, dont le communiqué ne cache pas la satisfaction des deux camps, aucun de ces derniers ne donne de précision. Une source sûre auprès de l’AMPL confie au HuffPost Maroc que l’accord contiendrait une clause de confidentialité interdisant aux pilotes de ligne d’en divulguer les détails. “Plus de tension, plus d’annulations, sauf pour des raisons techniques”, rassure notre source, affirmant que “désormais, il y aura beaucoup moins d’annulations”.

Le HuffPost Maroc a tenté de joindre à plusieurs reprises le président de l’AMPL, ainsi que la direction de la RAM mais aucun des deux n’a répondu. Les signataires ne comptent pas en dire plus. Toutefois, pour le vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), Fouzi Zemrani, “on ne peut que se réjouir que les deux aient réussi à trouver un accord”, nous confie-t-il. Ce professionnel précise n’avoir pas lu le document mais exprime son soulagement quant à “la reprise du dialogue” qui, à ses yeux, “veut dire que les choses ont repris leur cours et que tout rentrera dans l’ordre”.

Fouzi Zemrani avait estimé, dans un entretien qu’ils nous avait accordé il y a quelques jours, que le conflit social à la RAM était devenu “un sérieux problème en cette période de vacances”. Et de prévenir contre “les dommages collatéraux” des annulations qui se traduisent par des pertes sèches. “La RAM est financée en majorité par l’Etat marocain. Donc, c’est le contribuable marocain qui perd de l’argent”.

Sur cet accord, le président de la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc (FNAVM), Amal Karioun, estime, pour sa part, que les deux parties ont tout simplement fini par “reconnaître” l’état des lieux. Ce qui apaise le climat, mais “ne règle pas définitivement le problème”, nous assure ce professionnel pour qui “la véritable solution” se trouve dans l’équilibre entre le nombre de pilotes et le volume de la flotte.

Amal Karioun rappelle, par la même occasion, qu’il n’y avait pas de bras de fer à l’origine et que les pilotes n’observaient pas de grève, précisant que l’acquisition par la RAM de 5 avions Dreamliners en 2016 a augmenté la flotte, tandis que les équipages nécessaires manquaient à la RAM dont “la vision à long terme” soulève des questions. 

Amal Karioun fait remarquer, par ailleurs, qu’un des Dreamliners de la RAM est, pour l’instant, cloué au sol après la collision survenue jeudi dernier avec un avion de la compagnie Turkish Airlines à l’aéroport international Ataturk. Selon lui, le problème des annulations de vols risque de se poser encore.

La RAM n’annonce pas d’annulation aujourd’hui. Sur son site, la bande rouge alertant les usagers des tensions au sein de la compagnie a disparu et sur Twitter, les dernières annulations remontent à hier.