MAROC
06/04/2019 18h:40 CET

La contraception et les hommes, un autre combat pour l'égalité dans le couple

Les mentalités doivent encore évoluer avant que le fardeau de la contraception ne soit partagé.

ARTISTEER VIA GETTY IMAGES
Dans les couples, la question de la contraception demeure très souvent une préoccupation féminine.

CONTRACEPTION - Qui est généralement responsable de la contraception au sein du couple ? La quasi-totalité du temps, la réponse est la même : la femme. Une situation qui doit changer, selon la journaliste féministe Sabrina Debusquat. “Il faut faire évoluer les mentalités. Il faut expliquer aux garçons, dès leur plus jeune âge, la responsabilité partagée qu’ils ont dans les grossesses”, écrit-elle, dans un livre, Manifeste féministe pour une contraception pleinement épanouissante, publié le 3 avril. Cette jeune femme est à l’origine du hashtag #PayeTaContraception, un mouvement qui permet aux femmes de témoigner sur leurs souffrances liées à la contraception. 

Interrogée par Le HuffPost, Sabrina Debusquat rappelle que les femmes “se détournent de plus en plus de la pilule. Entre 2000 et 2016, la consommation a diminué de 20 % en France.” Elles sont nombreuses à stopper, notamment à cause des effets indésirables (baisse de libido, prise de poids, douleurs, ou encore dépression).

Selon le baromètre santé 2016 de Santé publique France, “plus de sept femmes sur dix (71,8 %) recourent à une méthode médicalisée pour assurer leur contraception (pilule, DIU, implant, patch, anneau, injection, stérilisation tubaire, vasectomie du conjoint).” Les analyses portent sur 4 315 femmes, âgées de 15 à 49 ans. Aucun homme n’est interrogé sur la question de la contraception. 

Quatre méthodes réversibles de contraception masculine

Selon Sabrina Debusquat, l’ultime moyen de contraception masculine, la vasectomie, est encore “tabou” en France. Elle vise à stériliser et concerne environ mille hommes en France (moins 1% de la population), selon l’Ardecom et le Planning familial. Dans un rapport de 2015, l’ONU constatait que près d’un Canadien sur cinq (22 %) a recours à cette une opération. 

Dans son manifeste, la journaliste propose quatre méthodes réversibles de contraception masculine, en précisant leur efficacité : 

- Le préservatif masculin (2% de grossesse lorsqu’il est parfaitement utilisé).

- Les contraceptions masculines thermiques (anneau testiculaire et slip chauffant, alias “boulocho”, 0% de risque de grossesses lors d’une utilisation parfaite du “boulocho”).

- Les injections contraceptives de testostérone.

- Le retrait, “dont le caractère aléatoire en fait plus une méthode d’espacement des naissances qu’une véritable contraception”. 

Et si l’homme prenait la pilule? 

Fin mars, un essai clinique mené aux États-Unis sur 83 hommes a permis de tester avec succès une nouvelle pilule contraceptive masculine, avec peu d’effets indésirables. Pour le moment, aucun pilule masculine n’est commercialisée. 

“L’absence de pilule pour les hommes n’a rien à voir avec la science, on sait exactement comment la développer mais il n’existe pas une seule boîte pharmaceutique qui accepterait d’y toucher, pour des raisons économiques et sociales”, martèle Sabrina Debusquat, dans son ouvrage. 

Interrogé par Le HuffPost, la jeune femme demeure optimiste. “Il y a une nouvelle génération d’hommes, qui sont beaucoup plus à l’écoute, qui sont prêts à partager la contraception. Mais les mentalités doivent encore changer.” 

Dans son manifeste, elle raconte le témoignage de Chloé et Grégory, son compagnon souhaitant arrêter le préservatif. “Si la pilule est si formidable que ça tu n’as qu’à la prendre toi-même! Idem pour le stérilet. Va te faire poser un bout de cuivre sur tes parties génitales et on en reparlera ensuite”, fustige Chloé. Une invective qui fait prendre conscience au jeune homme. Désormais, Grégory est autant impliqué que sa compagne dans leur contraception

D’un autre côté, la féministe reconnaît que l’arrivée sur le marché d’une pilule masculine ne constituerait pas une victoire totale. “Si c’est pour que les hommes se retrouvent avec les mêmes problème que les femmes, c’est un petit progrès. Il faut aller plus loin. Mon souhait, c’est que plus personne ne souffre de la contraception.”

Cet article a initialement été publié par le HuffPost France.