ALGÉRIE
06/04/2018 15h:59 CET

La communauté internationale mobilise 10 milliards de dollars pour le Liban

ERIC FEFERBERG via Getty Images
Le Premier ministre libanais Saad Hariri lors de la conférence CEDRE à Paris, le 6 avril 2018.

La communauté internationale a annoncé vendredi l’octroi de près de 10 milliards de dollars au Liban en prêts et dons afin de moderniser l’économie et renforcer la stabilité du pays, menacé par les crises régionales.

Ces annonces, destinées à financer des projets d’investissements sur les cinq prochaines années, ont été égrenées par Etats et organisations internationales tout au long d’une conférence de soutien à l’économie libanaise, baptisée CEDRE, qui se tenait à Paris à un mois des législatives du 6 mai au Liban.

“La Banque mondiale va mobiliser plus de quatre milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour une croissance inclusive et la création d’emplois au Liban”, a ainsi tweeté la directrice générale de l’institution, Kristalina Georgieva.

“Nombreuses annonces en faveur du : 800 M€ pour la BEI, 700 M$ pour le Koweït (Kuwait Fund for Arab Eco Dev), 1,1 md de $ pour la BERD pour 6 ans, 500 M$ pour le Fonds Arabe FADES (1 Mds$ si réformes réalisées)”, a renchéri l’ambassadeur de France au Liban Bruno Foucher.

A la mi-journée, le montant des prêts à taux bonifiés et dons s’élevait déjà à 1,8 milliards de dollars, selon le gouvernement libanais.

L’Arabie saoudite a notamment annoncé qu’elle allait renouveler une ligne de crédit d’un milliard de dollars, signe de son engagement au côté du Liban malgré ses inquiétudes récurrentes sur l’influence croissante de l’Iran dans ce pays.

“Le Liban n’est pas une île”

“Cette ligne était là dans le passé mais n’avait pas été utilisée (..) C’est de l’argent disponible pour financer les projets” d’investissement, a relevé Nadim Mounla, conseiller du Premier ministre Saad Hariri. 

Ryad est soupçonné d’avoir poussé Saad Hariri à la démission en novembre 2017 en raison de l’influence croissante du Hezbollah et, à travers lui, de l’Iran. M. Hariri avait finalement rejoint Beyrouth après une médiation de Paris et repris sa démission. 

Côté européen, une série d’annonces ont également été faites, France en tête (550 millions d’euros), suivie des Pays-Bas (300 millions) et de l’Union européenne (150 millions). 

“Le Liban n’est pas une île. Il subit de plein fouet les effets des tensions régionales et de la crise syrienne. Il combat le terrorisme à ses frontières et en son sein et, avec plus d’un million de réfugiés, il a pris plus que sa part du fardeau de l’exil syrien”, a lancé le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

Les législatives du 6 mai, les premières depuis neuf ans, doivent parachever la stabilisation politique du Liban après des années de crise. 

“Dans cet effort, le Liban ne pourra pas réussir seul (..) Il ne s’agit pas de la stabilité du Liban seul, il s’agit de la stabilité de la région et donc de notre monde”, a renchéri le Premier ministre Saad Hariri.

Des réformes

Depuis la crise syrienne, l’économie libanaise a vu son taux de croissance chuter de 8% à 1% à peine, soit une perte de 18 milliards d’euros jusqu’en 2015, a-t-il noté, s’appuyant sur des chiffres de la Banque mondiale.

L’afflux de réfugiés syriens - qui représentent un quart de la population - affecte aussi gravement l’économie, les infrastructures et les secteurs sociaux libanais, déjà très fragiles. Il a accru l’endettement du Liban de 6 milliards de dollars jusqu’en 2016.

La conférence a validé un premier plan d’investissements de 10 milliards de dollars, assorti de projets de réformes des autorités libanaises. Au total, les besoins du Liban sont estimés à 23 milliards de dollars sur 12 ans.

Saad Harari, accompagné de cinq ministres représentant tout le spectre politique libanais, s’est engagé à “lutter contre la corruption”, moderniser le fonctionnement des marchés publics et favoriser une meilleure “gouvernance fiscale”. 

Il a aussi promis de “réduire le déficit budgétaire de 5 points par rapport au PIB sur les cinq années à venir”. Ce déficit atteint 9 à 10% du PIB. 

La communauté internationale a déjà œuvré au renforcement de l’armée libanaise lors de la conférence de Rome le 15 mars et doit faire un geste pour le million de réfugiés syriens au Liban le 25 avril à Bruxelles. 

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