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07/05/2019 12h:15 CET | Actualisé 07/05/2019 12h:15 CET

La colère et le souffle ou comment peindre le Hirak

Islem Haouati pour Myriam Kendsi

Lorsqu’on est une artiste peintre, comment traduire le Hirak, comment projeter sur le papier ou la toile, les émotions qu’il soulève ?

Les rues sont devenues vertes, rouges, blanches sous le ciel bleu outremer.

Mes collègues photographes ont souvent choisi le noir et blanc et je pourrais presque leur reprocher. Une Algérie sans les couleurs et leurs lumières ? 

Quelle nuance posée sur le papier ? Le vert ? Celui de Pastoureau ou celui du nationalisme, dilemme évoqué il y a peu avec un ami. Va pour l’histoire et la géographie, les drapeaux numérotés sont là pour le rappeler: 48 wilayas et le 49e est pour la Palestine.

Penser à la rampe heureuse, celle que les supporters d’El Mouloudia appellent le Parlement, ces escaliers d’El Babor entre la rue Pasteur et la rue Didouche Mourad. J’en deviendrais presque algéroise, moi l’oranaise.

Oublier le boulevard Zabana et celui du front de mer ? Est-ce que si je m’approchais, je respirerais la coriandre, le safran et le musc ? Est-ce que l’eau de roses envahirait mes narines ? Et la menthe frottée sur le corps mélangée à la fleur d’oranger…

Rien n’empêchera de transmuter les souvenirs olfactifs en voyage où, les corps refuseront l’abandon de l’enfance insécure. Promis j’irai couper les genêts blancs d’Espagne, l’euphorbe jaune aux larges ombrelles et l’immortelle pour décorer mes voyages immobiles, trop loin de ta médina, ma ville ocre rouge.

Il y a quelques jours, le 27 avril, l’enterrement de Abassi Madani a propulsé sur la scène les lignes de fractures de la décennie noire. Ses partisans, peu nombreux, ont défilé après la prière de l’Asr dans la mosquée Ennadi, les visages burinés, les bouches édentées à cause de la misère, la moyenne d’âge élevée et le slogan fameux “nos morts iront au paradis, leurs morts en enfer” ..

Les twittos angoissés se sont multiplié sur les réseaux. Le retour du refoulé ? La semaine suivante, ils ont même sorti les kamis.

Alors le silence orphelin brisa le temps et soudain la scène Belcourt noircit ma toile. En résistance, la phrase de Camus à Tipaza m’envahit: “Je comprend ici ce qu’on appelle la gloire, le droit d’aimer sans mesure”.

Là aussi Bouteflika nous a bernés , il a effacé l’ardoise et protégé les généraux félons.

Le panier de l’Opep est à plus de 74 dollars le baril, mais qui songe à l’économie ?

Un rayon de soleil est sur la table de la cuisine pour signer l’absence : ici tu nous manques !