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27/11/2013 13h:05 CET | Actualisé 27/01/2014 06h:12 CET

La colère des habitants de Gafsa

GAFSA - La foule s'est rendue au centre-ville, devant le bâtiment où se trouve le siège d'Ennahdha, au troisième étage. Plus de mille personnes scandaient des messages hostiles au parti au pouvoir. Des individus ont forcé les locaux, provoquant la fuite des militants présents sur les lieux. Ils ont alors procédé au saccage des bureaux du parti. Un incendie s'est déclaré vers 12h45.

Gafsa, située à 335 km au sud-ouest de Tunis. Une manifestation était organisée ce mercredi 27 novembre, se soldant par l'incendie du local d'Ennahdha, après que les habitants aient appris que le gouvernement avait pris la décision d'implanter le futur campus universitaire de médecine à Sidi Bouzid et le centre dentaire à Kasserine, initialement prévus à Gafsa. En effet, depuis plusieurs années, la ville avait été choisie pour accueillir un nouveau pôle universitaire de santé, un terrain ayant même été trouvé.

La veille, une grève générale avait été décrétée. Les écoles étaient fermées aujourd'hui, restaurants et commerces avaient leurs grilles baissées. Le centre-ville se préparait déjà aux événements.

A 10h ce matin, environ 400 personnes s'étaient réunies devant le local du syndicat UGTT, place Pasteur. Après un discours prononcé par Ali Abdallah, responsable local du syndicat, la foule s'est alors déplacée en direction du gouvernorat, escortée par quatre camions de phosphate, des conducteurs ayant décidé d'apporter leur soutien à la manifestation.

Photo: Mohamed Alyani et Razi Hfaiedh

Les protestataires ont alors forcé l'entrée des grilles du gouvernorat, arrachant ainsi la porte. Néanmoins, face à l'armée les manifestants n'ont pas montré d'hostilité. Deux tanks de l'armée, positionnés devant chaque entrée ont été repoussés: "Lorsque l'armée est arrivée, les gens étaient calmes, les militaires aussi. Des personnes ont grimpé sur les tanks, les militaires ont alors reculé. Il n'y avait aucune violence", indique un témoin sur place. Au sein même du gouvernorat, la police a lancé des grenades de gaz lacrymogène pour disperser la foule qui tentait de s'en prendre aux locaux.

La foule s'est rendue ensuite au centre-ville, devant le bâtiment où se trouve le siège d'Ennahdha, au troisième étage. Plus de mille personnes scandaient des messages hostiles au parti au pouvoir. Des individus ont forcé les locaux, provoquant la fuite des militants présents sur les lieux. Ils ont alors procédé au saccage des bureaux du parti. Un incendie s'est déclaré vers 12h45. Les flammes se sont propagées à l'étage du dessous, allant également jusqu'au toit.

"Il y avait des jeunes et mêmes des vieux, à la barbe blanche, qui sont entrés dans les locaux. Ils ont commencé à saccager les lieux. A chaque fois que quelqu'un jetait un meuble ou un ordinateur par la fenêtre, la foule applaudissait et criait de joie", raconte un autre témoin oculaire.

A deux pas de-là, dans un café, des hommes regardent des images de l'incendie sur Al Jazeera, désapprouvant les manifestations de violence: "Nous sommes une civilisation qui a deux mille ans et on se conduit comme des barbares", déclare un des clients. Des casseurs, semble-t-il, ont tenté de profiter des troubles pour forcer un magasin Meublatex, proche du local en flammes, sans succès.

Vers 14h, après plusieurs charges de la police, les manifestants se sont dispersés, parfois en courant, laissant derrière eux la rue principale du centre-ville encore enfumée, le mobilier calciné du local d'Ennahdha jonchant sur la chaussée.

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