TUNISIE
06/11/2018 14h:21 CET

La clé pour sortir de la crise générale en Tunisie selon l'International Peace Institute

Pour eux, une "apathie" s'est emparée des Tunisiens, mais il n'est pas trop tard pour se rétablir.

NurPhoto via Getty Images

Selon Elie Abouaoun et Molly Gallagher, experts politiques à l’International Peace Institute, Middle East and North Africa, plusieurs facteurs doivent être réunis pour que la Tunisie puisse sortir de la crise politique et socio-économique qui l’accompagne depuis la révolution, et qui se dresse comme un obstacle majeur à la transition démocratique du pays.

Mais le plus important pour les deux experts, c’est l’instauration d’une communication transparente entre le gouvernement et le peuple, aussi bien au niveau national que communautaire.

En effet, dans une analyse publiée par The Brief, Abouaoun et Gallagher estiment que la décentralisation correctement effectuée, en plus d’une transparence dans la communication, pourraient bien régler en grande partie les problèmes auxquels fait face la Tunisie, et rendre le rêve d’un pays démocratique et prospère encore plus accessible.

Désillusion et perte de confiance

Pour eux, les tensions accrues observées sur tous les fronts ont largement réduit la confiance des Tunisiens en leurs gouvernements, ce qui a été traduit par le faible taux de participation aux élections municipales de 2018.

Cette perte de confiance serait également le résultat d’un épuisement général de la patience du peuple, causé par les multiples déceptions vécues tout au long des années post-révolution.

Pour les deux analystes, les Tunisiens ont assisté à un changement rapide après la révolution, avec la création de l’Assemblée des Représentants du Peuple, la naissance d’une nouvelle constitution, et la tenue des premières élections libres du pays. Les espoirs donnés par ces changements étaient alors proportionnels à la déception de ne pas voir se réaliser les multiples promesses faites par les acteurs politiques.

Qualifiant le ressentiment général de “désillusion”, Abouaoun et Gallagher considèrent que ce désenchantement global se serait transformé en “apathie” qui menace gravement la suite des événements. Mais l’avenir du pays n’est pas encore scellé. Pour eux, plusieurs initiatives pourraient extraire la Tunisie de cette situation pour le moins difficile.

Les solutions

Selon les deux experts, la première chose à faire est de mener à bien la décentralisation, en s’assurant une répartition effective du pouvoir qui reste concentré dans la capitale, malgré la tenue il y a plusieurs mois des élections municipales. Cette dilution du pouvoir doit absolument être accompagnée d’une lutte efficace contre la corruption, et d’une réelle transparence dans la communication, afin d’éviter de reproduire les mêmes problèmes à l’échelle locale, notamment la bureaucratie.

Le dialogue à l’échelle communautaire et nationale jouerait également un rôle crucial dans le regain de confiance des Tunisiens. Pour eux, le gouvernement doit impérativement adopter une transparence totale envers le peuple, afin de réduire la confusion générale qui ne fait qu’élargir le fossé entre les Tunisiens et leurs gouverneurs.

Le dialogue communautaire doit alors être tenu en parallèle avec le dialogue national pour une efficacité optimale. Il ne devra pas selon Abouaoun et Gallagher se restreindre aux élites politiques, mais fera participer de manière importante la société civile, les syndicats, le secteur privé, et le gouvernement.

Ceux-ci ne doivent pas se contenter de participer à l’élaboration des plans d’action, mais devront également assurer un suivi rigoureux de l’application des décisions prises, s’ils veulent “rétablir la confiance du peuple tunisien dans la classe politique et le leadership tunisien”.

Selon les analystes de l’International Peace Institute, Middle East and North Africa, sans ces deux facteurs qui sont la décentralisation et le dialogue, la frustration des Tunisiens pourrait bien durer dans une régression continue du pays.

Ils estiment que les Tunisiens pourront encore voir réaliser leur rêve, le rêve d’un avenir pour lequel ils se sont tant battus, celui d’une Tunisie prospère et démocratiquement stable.

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