MAROC
30/03/2018 09h:44 CET | Actualisé 30/03/2018 09h:47 CET

La cinémathèque de Tanger lance une programmation dédiée à la femme arabe dans le cinéma

La réponse de la cinémathèque à "l'affaire du bus".

FEMMES - La cinémathèque de Tanger se met à l’heure des femmes cinéastes arabes. Alors qu’aux États-Unis et en Europe l’affaire Weinstein a provoqué une tempête dans l’industrie de cinéma, c’est un fait divers bien marocain qui a poussé la cinémathèque de Tanger à s’engager sur la questions de la place des femmes dans la société: “cela fait déjà quelque temps que nous voulions faire quelque chose sur la question des femmes”, explique au HuffPost Maroc Malika Chaghal, directrice de la cinémathèque. “L’été dernier, il y a eu ‘l’affaire du bus’ à Casablanca. À partir de là, nous voulions vraiment faire réagir à notre niveau, c’est-à-dire celui du cinéma”.

La réponse de la cinémathèque sera “Arabiyat”, un projet qui durera un an et sera marqué par la projection de 12 films réalisés par des femmes réalisatrices arabes, mais aussi 12 rencontres avec ces cinéastes, tables rondes et un colloque. Des évènements qui seront tous en accès gratuit.

Cinematheque de Tanger
Affiche de "L'heure de la libération a sonné" de la réalisatrice de la réalisatrice libanaise Heiny Srour. 

“L’heure de la libération a sonné”

Des femmes, issues de plusieurs pays arabes comme le Maroc, la Tunisie, le Liban, l’Égypte... viendront donc présenter leurs oeuvres au public tanjaoui au rythme d’un film par mois. Une présence qui permettra, selon la directrice de la cinémathèque, un échange entre les cinéastes et le public: “l’idée n’est pas simplement de montrer des films, mais aussi discuter, échanger avec ces femmes réalisatrices”. 

Pour Malika Chaghal, l’idée est de présenter également une image de la femme arabe qui va à l’encontre des clichés habituels. “Nous voulons nous éloigner des clichés de la femme docile, dépendante, soumise et montrer des femmes arabes fortes et qui mènent leur propre lutte”, dit-elle.

Dédié à la féministe et sociologue marocaine Fatima Mernissi, l’événement, officiellement ouvert ce jeudi 29 mars, donne son premier rendez-vous au public ce vendredi 30 mars à 19h avec une carte blanche confiée à la libanaise Heiny Srour, première femme cinéaste arabe sélectionnée au Festival de Cannes pour son documentaire “L’heure de la libération a sonné”.

Cinematheque de Tanger

Regards de femmes

Cette première édition a pour marraine l’actrice, réalisatrice et productrice palestinienne Hiam Abbas (“Munich”, “Rock the Casbah”, “Blade Runner 2049”, “La fiancée syrienne”...). Dans un édito, cette dernière, habituée aux rôles dits de femmes “fortes et puissantes” est revenue sur la place de la femme dans le monde arabe. “Dans certains pays et sous certains régimes (...) il y a un mélange de la tradition avec la religion (quelquefois) mal comprise, mal interprétée qui fait que les femmes sont doublement victimes d’un système”, écrit-elle.

Une inégalité qui a poussé l’artiste à accepter l’invitation de la cinémathèque de Tanger, “une manifestation qui ouvre le débat sur les femmes arabes et leurs situations, par le cinéma, avec les regards de femmes brillantes qui ont réfléchi et écrit sur ces questions”, conclut l’actrice.