MAROC
28/02/2019 12h:15 CET

La chaîne britannique Channel 4 dévoile de nouvelles images de torture en Libye

Terrifiant.

Channel 4
Capture d'écran du reportage. 

MIGRANTS - En novembre 2017, un documentaire de CNN, insoutenable, dévoilait au monde la situation des migrants en Libye. Esclavagisme, torture et trafic d’êtres humains: les images avaient entraîné une vague d’indignation internationale. Depuis, de nombreux témoignages ont émergé. Mais les images, elles, se font rares puisque les migrants se font souvent confisquer leurs téléphones portables et que les camps de détention ne sont pas accessibles. Ce 25 février, la chaîne de télévision britannique Channel 4 a partagé de nouvelles photos et vidéos (amateures) terrifiantes. Au coeur des centres de détentions des migrants. 

“Cela a été annoncé comme le début d’un nouveau dialogue. Le premier sommet entre la Ligue des États arabes et les États membres de l’UE s’est terminé par une noble déclaration de valeurs partagées. Les dirigeants européens ont serré la main de leurs homologues arabes et ont discuté de questions telles que la Syrie, le Yémen et la prolifération nucléaire. Ils ont convenu de s’attaquer au ‘défi commun’ de la migration’”, écrit Channel 4 dans l’article qui accompagne son reportage. “Ce soir, nous avons de nouvelles preuves de la façon dont les autorités libyennes relèvent ce défi’. Et les images sont choquantes.

La torture et le trafic

Au début de reportage, on voit des migrants rassemblés, scandant “Freedom” (liberté). “Ils veulent force et sécurité en Europe mais au lieu de ça, ils ont fini détenus en Libye, pris dans un cauchemar”, commente le journaliste. 

Les images sont toujours glaçantes et les commentaires de Sally Hayden, une journaliste qui a enquêté un an sur ces camps de détention le sont aussi. “Ils boivent l’eau des toilettes pour survivre, il y a beaucoup de maladies, beaucoup de tuberculose”, dit la journaliste qui a reçu des dizaines de documents audio et vidéo venus de l’autre côté des murs de détention. “On est 500 personnes dont 120 femmes et 20 enfants. Nous souffrons tellement. Nous n’avons ni nourriture, ni eau”, raconte un migrant. 

Au centre de détention de Khums, qui se trouve à l’est de Tripoli et qu’on appelle la “Abou Ghraib de la crise des migrants” (en référence à la prison irakienne connue pour ses tortures), un soulèvement a été filmé. Un des migrants a été vendu aux trafiquants par les gardes du centre. Alors les détenus se rebellent, et n’ont pas peur des armes utilisées pour les calmer. Mais malgré ça, “le trafiquant est revenu et de nombreux migrants ont, à leur tour, été envoyés ailleurs”, raconte le journaliste de Channel 4. Viennent ensuite d’horribles vidéos de tortures. “Les migrants revendus aux trafiquants sont souvent torturés devant une caméra”. Brûlures au plastique fondu, des hommes fouettés, battus. “Les femmes n’y échappent pas”, comme vous pouvez le voir dans la photo ci-dessous.

Huffpost MG

Les vidéos sont ensuite postées sur internet. Les ravisseurs demandent aux familles des migrants des rançons. Gilulia Tranchina, avocate spécialisée dans la migration, le confirme auprès de Channel 4. Ses clients, qui sont aujourd’hui évidemment traumatisés, étaient torturés alors que les trafiquants avaient leur père ou leur mère au téléphone. 

Que fait l’Union européenne?

De nombreux migrants qui apparaissent dans ces vidéos et qui remplissent ces centres de torture ont essayé de rejoindre l’Europe par la Méditerranée et ont été arrêtés par les gardes-côtes libyens. Récemment, la rubrique “Opinion” du New York Times révélait comment ces gardes-côtes effectuaient leurs sauvetages en mer ou “Comment l’Europe et la Libye laissent mourir les migrants en mer”. 

Alors qu’attend l’Europe pour changer les choses? Interrogé par Channel 4, un chercheur confirme le constat du New York Times: l’Union européenne veut seulement arrêter la migration sur son territoire, mais elle ne s’occupe pas des violences en Libye. Pour comprendre, la chaîne britannique a questionné la principale concernée. “Notre priorité en Libye a toujours été de sauver des vies, protéger les gens, lutter contre le trafic et supporter les migrants vulnérables”, a affirmé la Commission européenne. Pourtant, aujourd’hui, le coup du défi de cette migration “ne se mesure pas en euros, mais en vies brisées”.