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13/08/2018 14h:28 CET | Actualisé 13/08/2018 14h:28 CET

La célébration de la femme tunisienne, entre émancipation confirmée et contrepoids culturel

La Tunisie, poursuit son désir de maintenir son image de pays le plus progressiste du Maghreb en matière de droits des femmes, en s’attaquant à des sujets actuels et nécessitant d’être réformées.

FETHI BELAID via Getty Images

En ce jour célébrant la femme tunisienne, la Tunisie, érigée comme pionnière dans le monde arabe en matière de droits des femmes, continue ses initiatives en faveur de l’égalité des sexes. Un souhait réaffirmé aujourd’hui par le président Beji Caid Essebsi, qui a annoncé le dépôt prochain d’une proposition de loi équilibrant la répartition de l’héritage entre les hommes et les femmes. 

La Tunisie, érigée comme pionnière dans le monde arabe en matière de droits des femmes, continue ses initiatives en faveur de l’égalité des sexes, consacrée par le Code du Statut Personnel de 1956. Plus de 60 ans après, qu’en est-il?

Promulgué dès l’indépendance sous l’impulsion de Bourguiba, le code du statut personnel tunisien (ci-après CSP) a fait de la promotion de la famille et de la femme une clé de voûte du changement. Les mesures du CSP ont en effet modifié la conception traditionnelle de la famille musulmane dans la société tunisienne, en s’attaquant de front à ses bases ancestrales, jamais auparavant critiquées, ou révisées. 

Proclamant l’égalité entre les hommes et les femmes sur le plan de la citoyenneté, il illustre ainsi un compromis au sein d’une société restant attachée dur comme fer à ses valeurs religieuses et son idéologie patriarcale. À sa promulgation, en 1956, le code interdisait notamment la polygamie et la répudiation, chose inédite dans le monde arabe et musulman. 

Novateur et progressiste, suscitant l’étonnement mais aussi les critiques les plus acerbes, la Tunisie est alors vue comme un pays voulant s’occidentaliser et s’écarter de son identité musulmane originelle.

A contrario, dans les pays occidentaux, ces pas en avant en faveur de la femme érigent la Tunisie comme exemple et modèle à suivre, étant le seul pays à promouvoir une situation humaine de la femme et non émancipatrice.

La Tunisie, poursuit son désir de maintenir son image de pays le plus progressiste du Maghreb en matière de droits des femmes, en s’attaquant à des sujets actuels et nécessitant d’être réformées.

Courant Juillet 2017, une loi historique a été votée, renforçant la protection des femmes victimes de violences et abolissant certaines dispositions dites rétrogrades, comme la possibilité pour un violeur d’épouser sa victime mineure pour éviter les poursuites à son égard.

Cette réforme modifie également le très controversé article 227 bis du Code pénal, supprimant la disposition qui prévoit l’abandon des poursuites contre l’auteur d’un acte sexuel “sans violences” avec une mineure de moins de 15 ans s’il se marie avec sa victime.

Néanmoins, en dépit de ces avancées législatives et de l’affirmation et de la place proactive des femmes à tous les niveaux de la société, la tradition s’oppose encore à la réforme de l’héritage, seul point que Bourguiba n’a pu modifier en 1956. La femme, quelle que soit sa condition, hérite, toujours et uniquement, de la moitié de la part d’un homme. Cette scission s’ancre fortement en matière successorale où la question de l’égalité entre hommes et femmes demeure un sujet très délicat en Tunisie et suscite un débat très âpre.

Il faut dire que le sujet demeure sensible auprès de l’opinion publique, en majorité opposée à une loi sur l’égalité dans l’héritage. Ce combat n’est pas nouveau et ne fait que persister.

Le président Béji Caid Essebsi appuie le débat sur ce pan du CSP en assurant qu’aller vers la parité ne veut pas dire aller à l’encontre de la religion. Ce discours progressiste ne veut donc pas aller à l’encontre du texte coranique, mais plutôt se concentrer sur une lecture vectorielle du coran afin de déterminer les moyens d’atteindre cette égalité tant voulue, tout en s’y conformant.

Cependant, ces initiatives, symboliques et courageuses, demeurent néanmoins critiquées et semblent n’avoir profité qu’à une infime partie de la société tunisienne, illustrant des avancées à double vitesse et des opinions tranchées.

En effet, la commission pour les libertés individuelles et l’égalité (Colibe) a suggéré de nombreuses réformes sociétales allant de pair avec la protection des libertés individuelles. Ces suggestions ont entrainé des manifestations, lors desquelles les voix se sont élevées d’une part pour saluer ces initiatives et d’autre part pour les contrer, appelant alors à “la défense de l’islam”.

Un récent sondage révèle que moins de la moitié des citoyens sont favorables à la réforme de la loi, démontrant un clivage persistant et une opinion publique divisée, laissant apparaitre un désir d’avancée culturelle ralenti par une société conservatrice frileuse de dénaturation due à ces changements successifs.

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