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17/06/2019 08h:37 CET | Actualisé 17/06/2019 08h:37 CET

La blonde et l’arabe

Danièle Alegri

à Todd Shepard *

A la fin de la journée, au moment où on se demande si on va regarder le journal d’Arte ou pas, il y a en acces, sur TF1, le feuilleton qui est sensé lancer la soirée et qui cartonne semble-t-il (3,5M de téléspectateurs).

Demain nous appartient dure vingt, vingt sept minutes. Ca va, on peut se laisser aller à vingt minutes de trivialité dont le décor est la Méditerranée (ah bah quand même).

C’est une histoire chorale comme on dit, c-à-d plusieurs personnages qui sont au centre chacun à son tour. Le discours est éducatif, on y évoque les soucis d’un hôpital, la corruption qui règne dans une ville du sud, Sète en l’occurence, la violence ou l’intolérance à l’école, le statut des homosexuels, l’intégration des autistes, la tension immobilière, les nouvelles parentalités, les valeurs et les interdits du couple ...

Plusieurs familles recomposées ou pas, pauvres et aisées voire riches, jeunes ou séniors, françaises de souche et même marocaine; le panel balaie large, on est sur TF1 et il faut engrangé les pubs.

Tout est acceptable malgré le discours moraliste propre aux séries françaises, ben on est au pays des Lumières (éteintes depuis longtemps mais passons).

Les paysages sont beaux: le ciel, le soleil et la mer comme dans la chanson. Jusqu’à la tout va bien. Le scénario est plutôt bien écrit, les intrigues variées.

Donc nous avons le prof, le truand, le médecin, le commerçant, le lycéen, l’homosexuel et … l’arabe .

Bilal est un ouvrier peu qualifié. Trompé par sa femme il passe à la violence.

Leila, sa femme, est infirmière. Elle tombe amoureuse d’un médecin (blanc) drogué qu’elle sauve de la toxicomanie. Sa fille ainée est secrétaire dans un cabinet d’avocat et l’autre Noor adolescente a des problèmes d’obésité et sort avec un autiste.

Karim est flic, beau gosse sort avec Anna une blonde, journaliste. Il a été marié à une indienne qui a fait un déni de grossesse et depuis est devenue une brillante avocate, ambitieuse, prête à tout.

On a un prof de boxe toujours amoureux d’une blonde qui le laisse tomber, et un jeune noir, beau, un peu fourbe qui vit dans son van, vole les riches en laissant un bouquet de fleurs pour signature, tombe amoureux d’un blond avant de retourner en prison.

Le personnage principal, Chloé est prof de SVT (sciences et vie de la terre)  blonde, accueille Margot, une jeune adolescente qui a vécue dans la rue et se retrouve enceinte. Le deuxième personnage est une jeune femme blonde, médecin qui sort avec un flic arabe (qui s’appelle Georges), pas très à la hauteur, ni sur le plan social, ni sur le plan physique mais il fait l’amour super bien.

Le fantasme orientaliste et ses effets aliénants pour le dominé a de beaux jours devant lui. Combien d’adolescents, voire d’adultes rêvent de “la blonda”?

Autre lieu, autre temps, la Biennale de Venise où le pavillon algérien a suscité beaucoup de polémiques sur les réseaux sociaux : six participants viennent de l’Afrique dont trois vivent encore. 8 pays représentés sur 54. Seule l’Egypte a un pavillon permanent : une récompense pour ses bonnes relations avec Israel ?

Rappelons aussi, que selon une étude, les artistes de 18 grands musées américains sont à 85% blancs et à 87% masculins.

Ah comme j’aimerais vider mes yeux de ces clichés trop vus, de ces paroles trop entendues et reprendre le chemin pour percevoir le bleu, le bois et l’herbe dans la brume.

(*): Todd Shepard: Mâle Décolonisation ou lhomme arabe et la France, éditions Payot