MAROC
02/04/2019 16h:14 CET | Actualisé 03/04/2019 09h:37 CET

La bataille judiciaire continue pour l'association Racines

La défense a pointé du doigt des vices de forme dans le dossier du parquet.

RACINES - L’heure est à l’appel. En décembre dernier, la justice marocaine ordonnait la dissolution de l’association Racines. Un verdict prononcé pour sanctionner la diffusion, en trois parties, en août 2018, d’un épisode de l’émission “Un diner 2 cons”, “L’épopée des nihilistes”, traitant notamment des condamnations prononcées à l’issue du “procès du hirak” et du discours royal, et enregistrée dans les locaux de l’association.

Après avoir obtenu le soutien d’Amnesty International, de nombreux internautes et de grands noms du monde de la culture, Racines entre désormais dans le volet judiciaire de sa contre-attaque. Ses membres et leur avocat avaient ainsi rendez-vous aujourd’hui devant le juge pour leur audience en appel.

Une première audience qui “s’est bien passé”, explique au HuffPost Maroc un membre de l’association. “Le juge a laissé notre avocat s’exprimer sans l’interrompre, on sait que cela aurait pu se passer autrement”.

De nouveaux éléments

Au cours de cette plaidoirie, l’avocat de l’association a versé de nouvelles données au dossier, censées remettre en cause un des principal élément à charge du parquet: le fait que Racines a organisé le tournage de l’émission et diffusé ces épisodes:

“L’avocat a parlé pratiquement 40 min. Il a demandé au tribunal de faire une expertise concernant l’absence des liens entre l’émission, “1 diner 2 cons” et la chaîne YouTube et réseaux sociaux de Racines”, détaille la même source à notre rédaction. Depuis le début de cette affaire, Racines insiste en effet sur le fait qu’elle ne met à disposition de l’émission que son local.

De ce fait, la défense a aussi eu recours à un expert informatique pour prouver ses propos. “En l’absence de ces expertises par le tribunal, on a demandé à un expert assermenté en informatique de faire un rapport établissant que les émissions sont diffusées par la chaîne Youtube d′“1 diner 2 cons”, mais pas par celle de Racines ou ses réseaux sociaux. Ce qu’il a également conclu”.

Autre nouvel élément fourni par la défense, le témoignage d’un des animateurs de l’émission, Amine Belghazi, qui lui aussi a assuré que Racines n’est ni intervenu sur la ligne éditoriale de l’émission, ni sur son organisation.

Une procédure contestée

En plus de ces nouveaux éléments, la défense a également pointé du doigt des vices de forme dans le dossier du parquet. Parmi les point contestés, le fait que le gouverneur de la préfecture d’Anfa ait écrit au procureur, , et non au président de parquet, une lettre faisant référence à l’épisode de “1 Dîner 2 Cons”. “Il a écrit à la procureure comme s’il s’agissait de son supérieur hiérarchique, alors qu’il aurait dû passer par le président du parquet. Dans ce cas il n y a plus de séparation des pouvoirs, l’exécutif donne des ordres au judiciaire”, affirme un membre de Racines. 

Autre élément contesté: la retranscription de l’émission qui aurait été réalisée ”à charge” par l’huissier, selon la défense. “Il a coupé des phrases et changé tout leur sens”, poursuit la même source.

Au cours de ces 40 minutes de plaidoirie, l’avocat de Racines a également évoqué la question de la liberté d’expression des associations, “revendiquant que le Maroc est pluriel et que ces émissions reflètent un autre angle de Marocains qui ont un autre point de vue”.

Après avoir entendu ces éléments, le juge doit désormais transmettre les nouveaux éléments au parquet en attente d’une réponse de leur part. Prochaine audience le 9 avril prochain.

Malgré ses déboires juridiques, l’assocation continue son travail, mais l’incertitude sur sa “durée de vie” ne lui permet pas de suivre des projets “comme si nous étions dans des conditions normales”, nous explique un membre de l’association.

“On ne badine pas avec les principes, on restera un espace d’expression. On ne regrette rien. Et on restera en activité jusqu’au couperet final”, avait déjà déclaré notre source en décembre dernier.