ALGÉRIE
13/05/2018 15h:21 CET

La baraka islamique accompagne Netanyahou dans sa guerre contre l’Iran

Le ciel saoudien sera-t-il ouvert à l’armée de l’air israélienne?

Charles Platiau / Reuters
Les nouveaux amis d'Israël se font nombreux et la normalisation s'accélère 

Les Israéliens semblent n’avoir jamais compté autant d’amis au Moyen-Orient qu’aujourd’hui, au moment où leurs opérations anti-iraniennes en Syrie menacent la région d’une guerre destructrice. Il y a, d’abord, les amis avec lesquels les relations sont établies et/ou relativement anciennes, l’Egypte, la Jordanie et la Turquie. Il y a, ensuite, les nouveaux amis, qui se font nombreux depuis que Donald Trump a décidé d’étrangler économiquement l’Iran et de liquider la question palestinienne; il s’agit principalement des Saoudiens et des Emiratis, engagés depuis des années dans une campagne diplomatique internationale contre leur voisin oriental.

En Egypte, le 8 mai 2018, pour marquer sans doute la qualité supérieure des rapports israélo-égyptiens ces dernières années, le 70e anniversaire de la naissance d’Israël - autrement et plus justement dit, de la Nakba palestinienne - n’a pas été célébré, comme d’habitude, dans l’enceinte d’une ambassade bunkérsiée mais dans un grand hôtel du Caire, place al Tahrir. En Jordanie - et bien qu’il existe une forte opposition à la normalisation des relations avec ce voisin qui continue d’étendre l’hydre de ses colonies en Cisjordanie -, les tensions avec lui finissent toujours pas s’apaiser. Il en est ainsi de celles nées en juillet 2017 de la mort de deux Jordaniens sous les balles d’un garde de l’ambassade israélienne à Amman. L’assassin a pu être exfiltré et a même été reçu à Tel Aviv par Benyamin Netanyahou en personne ; les exigences de poursuites à son encontre n’ont toujours pas connu de suites, probablement parce qu’elles sont tout juste destinées à calmer la colère d’une opinion jordanienne humiliée.

 

Erdogan normalise ses relations avec un “Etat terroriste”

Avec la Turquie, les tensions, plus fortes qu’avec la Jordanie et ayant duré plus longtemps, n’en ont pas moins fini par se calmer. Rompues après la mort de 9 Turcs dans l’assaut donné par la marine israélienne contre un navire transportant une aide humanitaire à Gaza, les relations avec Israël ont été rétablies par le Parlement turc en août 2016 : les victimes seraient indemnisées et, en échange, Ankara abandonnerait les poursuites judicaires lancées contre les responsables de cet authentique acte de piraterie. Depuis cette normalisation, il arrive que Recep Tayyip Erdogan, pour entretenir son aura national ou son influence régionale, accable Israël de critiques, comme en décembre 2017, lorsqu’il l’a qualifié d’“Etat terroriste”. Cependant, ces critiques, parfois acerbes, restent sans conséquence pratique.

Pour ces trois pays, la volonté de maintenir avec Israël des relations stables se nourrit aussi d’intérêts de type énergétique : ils sont tous trois intéressés par le gaz que celui-ci, devenu il y a peu un petit Etat gazier, commencera bientôt à exporter. Si le gazoduc reliant les gisements qu’il exploite à la Turquie tarde à se concrétiser, la coopération gazière avec la Jordanie et l’Egypte se précise. Un contrat d’exportation d’une valeur de 10 milliards de dollars a été signé avec la première (septembre 2016), et un autre, d’une valeur de 12 milliards de dollars, avec la seconde (février 2018). Ironie de l’histoire, l’Egypte, qui, il y a quelques années à peine, fournissait du gaz à Israël, en est devenu le client obligé ! Elle devra attendre l’entrée en exploitation de son gisement off-shore de Zohr pour assurer de nouveau son autosuffisance gazière.

Le ciel saoudien sera-t-il ouvert à l’armée de l’air israélienne?

Mais dans sa guerre régionale en préparation, Israël peut compter surtout sur ses nouveaux amis du Golfe, qui vouent à l’Iran une haine pour le moins aussi inextinguible que la sienne. Avec eux, la normalisation avance à grandes enjambées, sous les hourras de Donald Trump. En mars 2018, a révélé hier Asocitaed, l’ambassadeur émirati à Washington a rencontré Benyamin Netanyaou. Ce n’était pas, toutefois, le premier contact israélo-émirati à un niveau aussi élevé. En 2012, à New York, le Premier ministre israélien s’était entretenu avec le chef de la diplomatie émiratie, quelques heures après avoir déclaré, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, que l’Iran devait être empêchée de devenir un Etat nucléaire.

L’Arabie saoudite y va aussi de sa contribution à ce qui est considéré de façon réductrice, dans beaucoup de médias, comme un simple « cassage de tabous ». Début avril 2018, Mohamed Ben Salmane, le prince héritier déjà sur le trône, déclarait qu’Israël avait le droit de vivre en paix. Le contenu de cette déclaration n’était pas nouveau (l’offre de paix de la Ligue arabe toujours en vigueur, d’ailleurs, comporte cette reconnaissance en échange du retrait israélien des territoires occupés). Ce qui l’était, c’étaient deux autres choses. Primo : son timing : elle a été faite quelques jours seulement après le début des manifestantions palestiniennes pour le retour des réfugiés - qui, depuis, ont fait des dizaines de morts sous les balles israéliennes, ainsi que des centaines de blessés. Secundo : elle était doublée d’une offre de coopération économique, non pas avec l’Arabie saoudite seule mais avec tout l’espace géo-économique du Golfe.

Dans le climat de tension régionale actuelle, l’accélération de la normalisation des relations entre Israël, d’un côté, et l’Arabie saoudite et les Emirats, de l’autre, revêt d’autant plus de sens que ces deux Etats-clés du Golfe ont des frontières (maritimes) avec l’Iran. Car la question se pose : les Saoudiens qui, en mars 2018, ont ouvert leur ciel aux vols civils israéliens le fermeraient-ils à l’armée de l’air israélienne ?

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