05/08/2019 16h:31 CET | Actualisé 05/08/2019 16h:31 CET

La Banque mondiale tacle le secteur privé marocain (RAPPORT)

Le Maroc doit établir des règles "plus équitables" pour tirer la croissance et créer de l'emploi.

ablokhin via Getty Images

ECONOMIE - Les inégalités persistent dans le secteur privé. C’est le constat que dresse le dernier rapport de la Banque mondiale (BM) réalisé sous la direction de la Société financière internationale (SFI). Intitulé “Diagnostic du secteur privé”, ce rapport estime “inquiétante” la dynamique de ce secteur au Maroc et appelle à “une nouvelle vague de réformes”. 

Stimuler la croissance du secteur privé, la création d’emplois et l’amélioration des compétences, telles sont les principales recommandation de la BM au Maroc. Car malgré le taux d’investissement “remarquablement élevé” du royaume, comme le souligne la BM en introduction, précisant qu’il est l’un des plus élevés au monde avec une moyenne de 34% du PIB par an depuis le milieu des années 2000, les retombées en termes de croissance économique, de création d’emplois et de productivité ont été “décevantes”.

De nouvelles règles du jeu

A titre comparatif, l’institution mondiale de la finance cite les exemples de la Colombie, des Philippines et de la Turquie qui ont atteint des taux de croissance similaires ou supérieurs, avec des niveaux d’investissement nettement inférieurs. “Les pays qui ont réussi à décoller économiquement sont parvenus à maintenir des taux annuels de croissance du PIB par habitant bien au-delà de 4 % pendant des décennies (contre des taux annuels moyens au Maroc de 2,9 % entre 2000 et 2017 et de seulement 1,6 % entre 1990 et 2000)”, relève l’institution.

Alors, pour permettre à l’économie de décoller et tirer la croissance, l’accent doit être mis sur le secteur privé à travers une multitude de nouvelles réformes, notamment une mise en place de règles du jeu ”équitables pour tous les opérateurs”, précise le rapport. Si de nombreuses politiques ont permis de réaliser les IDE (investissements directs à l’étranger) et de gros investissements, elles accentuent, cependant, “les disparités dans les conditions de marché auxquelles sont confrontées les entreprises, d’autant que les mesures visant à répondre aux besoins des petites entreprises ont connu un succès relativement moindre”, poursuit la BM. 

Pour cette dernière, les nombreux mécanismes d’incitation offerts pour de nouveaux investissements dans les zones industrielles, mais excluant les exportateurs existants à l’extérieur de ces zones, témoignent d’un parti pris en faveur des grands investisseurs et des IDE. “Cette situation a vraisemblablement découragé les entreprises existantes en dehors des zones de devenir exportatrices ou d’accroître leurs exportations, bien que des mesures soient en ce moment mises en place pour rééquilibrer les incitations à l’implantation”. 

Ainsi, la BM recommande, en priorité, aux politiques et institutions d’analyser la neutralité concurrentielle des activités commerciales des entreprises publiques en effectuant des analyses de subsidiarité et en clarifiant la portée de leurs activités. Elle conseille aussi d’appliquer le même ensemble de règles et de fournir les mêmes incitations aux activités commerciales des entreprises publiques que celles offertes aux entreprises privées (par exemple, marchés publics, accès au foncier et aux financements).

Création d’emploi en berne

“L’économie marocaine a enregistré des performances particulièrement décevantes en termes de création d’emplois. Alors que la population en âge de travailler a augmenté, en termes nets, de 270.000 personnes par an entre 2012 et 2016, seulement 26.400 nouveaux emplois nets ont été créés en moyenne par an”, fait constater le rapport. Avec seulement 17% de la population en âge de travailler qui a un emploi formel, et moins de 10% avec un emploi formel du secteur privé, la productivité du Maroc a été “faible”.

Sur le long terme, entre 1970 et 2011, l’économie marocaine n’a enregistré “aucun gain de productivité totale des facteurs de production (PTF)”. Bien qu’une légère amélioration s’est faite ressentir dans les années 2000, avec des gains de productivité positifs, ces derniers n’ont pas été suffisants pour soutenir la croissance actuelle, relève la BM.

“L’accent mis sur la contestabilité du marché et la concurrence contribuerait à créer les conditions de l’émergence d’un secteur privé dynamique et diversifié, capable de créer les emplois dont le Maroc a urgemment besoin”, indique la même source. Le Maroc se doit donc de créer “un environnement favorable aux entreprises afin qu’elles puissent pénétrer les marchés, se développer et exporter”. 

Et pour stimuler davantage d’emplois, il faudra, estime le rapport, accroître l’accès des nouvelles et jeunes entreprises ainsi que des PME aux services essentiels afin de bâtir des écosystèmes solides à l’appui de la productivité et de l’innovation. Il est tout aussi nécessaire d’intensifier les activités qui favorisent l’entrepreneuriat, comme le mentorat, le réseautage et les concours d’entreprises, ajoute la BM, appelant à continuer à soutenir et à développer l’offre de services d’incubation, d’accélération et de développement commercial aux startups, entre autres.