TUNISIE
20/02/2019 11h:56 CET

La Banque centrale de Tunisie augmente son taux d'intérêt directeur, une décision loin de faire l'unanimité

Conséquence: Le TMM va augmenter, citoyens et entreprises devront payer plus chers leurs crédits bancaires.

Zoubeir Souissi / Reuters

Dans un communiqué publié, mardi, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a annoncé la hausse de 100 points de base de son taux d’intérêt directeur, passant ainsi de 6,75% à 7,75%.

Cette décision a été expliquée cette hausse par “la poursuite des pressions inflationnistes” qui “représente un risque pour l’économie et une menace pour  le pouvoir d’achat, nécessitant une prise de mesures appropriées pour réduire ses effets négatifs”.

Décidée par le Conseil d’administration de la BCT,  cette dernière “a exprimé sa forte préoccupation quant aux perspectives des pressions inflationnistes, notamment en ce qui concerne l’inflation sous-jacente. Cette dernière devrait poursuivre sa tendance à la hausse au cours de la période à venir, compte tenu des évolutions attendues pour l’ensemble des indicateurs inflationnistes”.

Cette hausse de 100 points de base de son taux d’intérêt directeur décidée par le Conseil d’administration de la BCT, n’est pas une première. En effet, en juin 2018, la BCT avait pris une mesure similaire. Depuis quasiment deux ans, c’est la 5ème hausse du taux d’intérêt directeur décidé par la BCT.

Cette hausse du taux d’intérêt directeur aura pour impact d’augmenter le Taux du marché monétaire (TMM), taux déterminé par les banques lors des prêts accordés aux citoyens et aux entreprises -leur permettant ainsi de dégager des bénéfices-. 

Selon une source à la Banque centrale, le TMM devrait augmenter dans les mois à venir et se stabiliser aux alentours de 8,2%. 

Intervenant sur les ondes de Shems FM, Jamel Ghanmi, membre la Fédération générale des banques, a affirmé que cette hausse du taux d’intérêt directeur entrainera une hausse du TMM de la part des banques “comprise entre 0,3% et 0,5% au maximum”.

Une mesure pour lutter contre l’inflation?

Si dans son communiqué la Banque centrale affirme que la hausse de son taux d’intérêt directeur permettra de lutter contre les pressions inflationnistes, plusieurs personnalités économiques ont mis en doute cette version, pensant au contraire que celle-ci favorisera l’inflation, comme ce fût le cas lors des précédentes hausses du taux d’intérêt directeur décidé par la BCT.

L’ancien ministre du Commerce Mohsen Hassen s’interroge: “La question qui se pose, est ce qu’une inflation essentiellement importée peut être combattue par l’augmentation des taux? Comment, en effet, stopper une inflation qui trouve son origine dans une zone dont la politique économique nous échappe?”

Selon lui, il s’agit d’une “orientation calamiteuse, qui aura simplement pour effet de faire grimper le chômage, déjà à plus de 15%, sans exercer aucun effet sur une inflation essentiellement importée”.

 

De son côté le journaliste économique, Anis Moraï estime que ces hausses se répercuteront directement sur le pouvoir d’achat du citoyen.

Même son de cloche du côté de l’économiste Moez Joudi qui estime que l’augmentation des salaires dans le secteur public n’aura servi à rien: “Bravo au gouvernement et à l’UGTT: ce qu’ils donnent d’une main, sera enlevé par l’autre!! La dernière augmentation salariale n’aurait servi à RIEN!! Quelle gouvernance calamiteuse de notre pays!!” a-t-il fustigé s’interrogeant en outre sur l’indépendance de la Banque Centrale de Tunisie.

“Est-ce une bonne chose d’avoir une BCT aussi indépendante? La BCT est-elle aussi indépendante des institutions de Bretton Woods dont notamment le FMI!? Y’a-t-il des études d’impact précédant et motivant les décisions d’augmentation des taux directeurs? Y’a t-il une évaluation des décisions précédentes?!” s’interroge-t-il appelant à poser ces “questions fondamentales” et ouvrir “un vaste débat sur la pertinence et le degré d’indépendance de la BCT et de sa politique monétaire”. 

L’expert-comptable Walid Ben Salah évoque, quant à lui, “un nouveau coup dur pour l’ensemble de l’économie, des ménages et de l’État, tous fortement endettés et à court de financements”.

 

Une chose est sûre, cette mesure de la Banque centrale est largement décriée, citoyens et entreprises payeront le prix fort de cette hausse du taux d’intérêt directeur, 

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