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03/11/2014 22h:27 CET | Actualisé 03/01/2015 06h:12 CET

La baisse du baril de pétrole inquiète les producteurs

La baisse prolongée du baril de Brent ne passe pas inaperçue et certains pays producteurs commencent déjà à accuser le coup. Iran et Russie sont aux premiers rangs des mécontents, l'Arabie Saoudite joue sa propre partition pendant que de petits États comme l'Azerbaïdjan s'en tirent à bon compte. Plusieurs facteurs expliquent cette forte tendance baissière qui ne constitue tout sauf un bon signe pour l'économie mondiale.

La baisse prolongée du baril de Brent ne passe pas inaperçue et certains pays producteurs commencent déjà à accuser le coup. Iran et Russie sont aux premiers rangs des mécontents, l'Arabie Saoudite joue sa propre partition pendant que de petits États comme l'Azerbaïdjan s'en tirent à bon compte. Plusieurs facteurs expliquent cette forte tendance baissière qui ne constitue tout sauf un bon signe pour l'économie mondiale.

Il est habituel de se plaindre des prix trop élevés du baril de pétrole. Regretter une baisse d'une vingtaine de dollars est moins commun et pour le moins paradoxal. Avec un baril qui s'échange aux alentours de 82 dollars, les producteurs d'or noir ont des raisons de faire grise mine. Si le débat sur la répercussion à la pompe mériterait un article entier, il ne fait guère de doute que cette situation est la conséquence d'un environnement économique et international dégradé. Le ralentissement économique freine la consommation et les menaces qui pèsent depuis l'émergence de Daech sont balayées par l'indépendance énergétique des États-Unis. L'exploitation du gaz de schiste a changé la donne, au moins pour un temps, et les pays producteurs ne retrouvent avec un débouché de poids en moins alors que la production mondiale explose.

Le drôle de jeu de l'offre et de la demande

Pour enrayer la chute des prix, les pays producteurs se mettent généralement d'accord pour ajuster leur production. On vend moins pour vendre plus cher. Sauf que l'Opep n'a plus les cartes en main avec des pays très divisés sur la question et des États producteurs qui n'appartiennent même pas à l'Organisation (à l'image de la Russie, premier exportateur dans le monde). Les pays sont divisés sur la stratégie à adopter car les inimitiés sont tenaces... Et prioritaires sur un baril élevé. À qui profite l'affaire? À l'Arabie Saoudite sans aucun doute. Le Royaume, un peu moins en vue sur la scène internationale depuis la montée des petits États du Golfe, n'en a pas moins gardé la main sur les affaires pétrolières. Une baisse importante du prix du pétrole est une mauvaise affaire financière pour un pays dont le budget dépend à 90 % du pétrole, mais un bon point pour damer le pion à deux concurrents indociles: L'Iran et la Russie.

La haine que se vouent l'Iran et l'Arabie Saoudite est sans commune mesure avec les intérêts qu'ils pourraient avoir en commun. Le rapprochement américano-iranien n'est pas vu d'un bon œil par Riyad. Les sanctions internationales ne sont certes pas indolores pour le pays des mollahs, mais un pétrole bon marché a des conséquences vraiment dramatiques. Autre cible dans le viseur saoudien, la Russie. L'affirmation de la superpuissance énergétique russe est une grosse pierre dans le jardin des princes saoudiens. Faire chuter les prix alors que l'économie de ce rival dépend en grande partie des exportations d'hydrocarbures relève d'un froid calcul auquel ne seraient pas étrangers les États-Unis dont les relations avec Moscou sont plus que tendues. L'Arabie Saoudite a de quoi voir venir avec une banque centrale disposant de 750 milliards de dollars en réserves. Et si le gaz de schiste devenait trop cher à exploiter, l'Arabie Saoudite ferait coup triple. Ou comment le pétrole est et demeure une arme politique incontournable.

Les prix du pétrole sont donc purement artificiels et ne s'appuient sur la réalité du terrain quand cela arrange ceux qui ont les cartes en main. Rien qu'avec le conflit en Ukraine, les prix auraient dû augmenter. Au lieu de cela le baril a perdu 25 % de sa valeur au cours des quatre derniers mois amenant les prix au plus bas depuis quatre ans.

Venezuela, Nigeria, Azerbaïdjan ou les fortunes diverses du pétrole bon marché

Si le baril ne remonte pas au moins au-dessus des 90 dollars, le premier crash viendra certainement du Venezuela dont les recettes à l'exportation dépendent à 96 % du pétrole. Les bailleurs de fonds sont extrêmement inquiets et le gouvernement Maduro a beau être assis sur les premières réserves de brut au monde, le pays n'a pas les outils pour enclencher un mouvement quelconque des prix au niveau mondial. Pire, pour la première fois de son histoire, le Venezuela a dû importer du pétrole (en provenance d'Algérie). Plus léger, le pétrole étranger est aujourd'hui plus rentable à importer que le lourd pétrole vénézuélien à produire...

La donne est un peu différente pour le Nigeria, principal exportateur d'hydrocarbure d'Afrique. Avec une production légèrement supérieure à 2.000 barils/jour, le pays compte sur ces exportations pour faire entrer les devises étrangères. Sauf que les États-Unis ont cessé leurs importations de brut nigérian et qu'une autre menace au moins aussi redoutable guette. L'insécurité due à Boko Haram fait craindre une rupture de la production. Les officiels sont sur les dents car un arrêt des exportations symboliserait une faillite complète de l'État de droit dans un pays où les rapts de terroristes sont devenus la norme.

Loin des problématiques sécuritaires nigériane et africaine, les (petits) producteurs du Caucase et d'Asie centrale restent vigilants. Comme partout ailleurs, la baisse des prix du pétrole (mais aussi du gaz) n'épargne pas les recettes publiques. Un pays tel que l'Azerbaïdjan, surnommé le "Dubaï du Caucase" ne démérite pas ce titre car comme ses lointains cousins moyen-orientaux, les pétrodollars sont gérés et investis avec grand soin. Le clinquant se voit à Bakou, la capitale, mais cela cache une vraie stratégie de long-terme où le développement des énergies renouvelables (plus de sept milliards d'investissements) et la bonne gestion de fonds souverains permettent au pays de dépasser l'avenir pétrolier et gazier. La prégnance de ces ressources est encore forte dans l'économie, mais la baisse des prix du baril donne raison aux pays qui ne se satisfont pas de la rente. Dans tous les autres pays qui ont un budget trop étroitement lié aux revenus du pétrole, la baisse du baril pourrait avoir des conséquences sociales spectaculaires.

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