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09/09/2019 10h:24 CET | Actualisé 09/09/2019 12h:34 CET

L’option de l’élection ressemble à l’aventure-pari du cinquième mandat

ASSOCIATED PRESS
Algerian demonstrators take to the streets in the capital to protest against the government, in Algeria, Friday, Sept. 6, 2019. Tens of thousands of protesters piled into the streets of the Algerian capital and other cities Friday, the 29th straight week of demonstrations, with many saying "no" to the powerful army chief's call for presidential elections before the end of the year. (AP Photo/Fateh Guidoum)

Tout comme la démocratie ne se réduit pas à la tenue d’élections formelle, les revendications du Hirak  pour le changement ne peuvent être réduites à l’organisation rapide des élections ou à leur report. De même, des élections dans le contexte actuel ne peuvent sauver un régime frappé d’obsolescence qui a perdu tout les instruments de contact et de communication avec la société. 

En pratique, le régime est en état de mort clinique depuis le quatrième mandat car il a bafoué toute l’éthique des pratiques politiques et de l’exercice du pouvoir.

Nous sommes entrés, le 22 février, dans la phase de changement de régime par des moyens pacifiques qui préservent la  continuité de l’Etat algérien. 

Les deux parties de l’équation sont convaincues de  la nécessité de préserver l’entité étatique. Le peuple a préservé le caractère pacifique des manifestations et des protestations sans porter atteinte aux institutions. 

L’armée de son côté s’est engagée à ne pas recourir à la violence face aux manifestations. Le peuple veut changer le système pacifiquement, l’armée veut préserver son contrôle sur le pouvoir pacifiquement aussi. C’est un grand acquis pour cette génération que le choix du recours à la violence pour changer le pouvoir ou s’y maintenir ne soit plus posé. 

Aucun pouvoir ne renonce volontairement. Nous sommes donc aujourd’hui devant la résistance du pouvoir à une pression qui s’exerce sur lui pour le contraindre à se soumettre davantage au contrôle populaire. 

Avant le 22 février, la marge de manoeuvre du pouvoir était grande, la rue était sous son contrôle. Il n’avait pas besoin de ce fait d’imposer des restrictions aux médias telles que nous les voyons aujourd’hui. 

Après le 22 février, le pouvoir a perdu le contrôle de la rue et des réseaux sociaux. Il n’est plus capable de supporter la moindre critique en raison de la perte de légitimité morale et populaire après son propre aveu qu’il était une 3issaba (gang) ou qu’une partie du pouvoir l’était. 

 

Un pouvoir qui se replie sur lui-même

Un pouvoir dans cette situation, soumis à une telle pression, se replie naturellement sur lui-même et ferme tous les espaces qu’il peut et utilise de manière instinctive les moyens de propagande disponibles. 

Plus le fossé entre la société et le pouvoir s’élargit et plus ce dernier se replie sur lui-même et a recours aux outils de propagandes périmés qui aggravent son isolement à moyen terme.

Le choix d’aller aux élections dans les conditions actuelles est tout ce qui reste à ce pouvoir pour se sauver. C’est un choix suicidaire à moyen terme. Il peut lui permettre de gagner quelques années et donner, peut-être, à certaines personnes, le temps de s’organiser une sortie sécurisée.. Mais en même temps, cela peut être un coup fatal pouvant  accélérer la fin plus rapidement qu’il ne l’imagine en raison de sa perte d’hégémonie sur la rue et de l’incapacité de son discours à convaincre même ses clientèles du fait de la raréfaction des moyens financiers qu’il avait l’habitude d’utiliser de manière absurde à la veille de chaque rendez-vous électoral. 

Les élections cette fois-ci ressemblent à l’aventure/pari du cinquième mandat.

Je parie que Bouteflika dans une situation pareille (une révolution populaire pacifique) n’aurait pas été candidat, il n’aurait même pas appelé à la tenue d’élections. De fait, il a essayé de les reporter car il s’est rendu compte que la grande rupture a effectivement eu lieu et qu’il n’est pas possible de passer en force.

Le pouvoir connaît toutes ces données mais l’instinct de survie est ce qui le fait bouger. Et celui qui agit par pur instinct peut aller vers la destruction. Si tout le monde continue à rester dans la Silmiya (pacifisme), le pouvoir sera le perdant dans la tenue d’élections de ce genre.

Ne disions-nous pas que le cinquième mandat mènera le pays vers l’abîme alors qu’il a été le catalyseur qui a poussé les Algériens  s’intéresser aux affaires publiques et à bouger pour sauver leur État?

 

Traduit de l’arabe par le HuffPost Algérie - Article original

* Nouri Dris est professeur de sociologie