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06/11/2019 14h:17 CET | Actualisé 06/11/2019 14h:17 CET

L’impossible n’est pas clubiste!

Ce n’est pas une ironie du sort. C’est plutôt un rendez-vous avec le destin que le club vient de prendre.

Zoubeir Souissi / Reuters

Le Club Africain a été toujours une grande famille, certes un peu égocentriques, parce que soucieuse de son patrimoine affectif et référentiel, mais protégé par les gardiens du temple, lesquels, par une espèce de code de conduite implicite, ont forgé et perpétué les vraies valeurs clubistes. Il est indéniable que le club était construit sur un ensemble de valeurs, humaines, morales et éthiques que les différents générations d’acteurs clubistes ont valorisé et capitalisé » 

Lotfi Zahi

(Aux origines du Club Africain)

Ironie du sort, l’année ou le Club Africain est censé fêter son centenaire, il se trouve dans une situation où son existence tout entière est compromise.

Mais cela sans compter sur l’arme fatale et son atout numéro un : son peuple.

Hier le 5 novembre, l’épée de la FIFA au-dessus, les supporters clubistes ont été au rendez-vous. Aux paroles d’amour, ils en ont joint des actes. Portés par la passion et portant leur portefeuille, ils ont envahi les agences de la Banque National Agricole pour sauver leurs clubs. Certains diront que se lancer un tel défi est une folie. Ces « certains » ne sont pas, à l’évidence, des clubistes, car s’ils l’étaient, ils sauraient que ce n’est pas un défi, mais un appel auquel le public a répondu présent.

Hier, je fus un parmi les dix millions* qui l’aimaient qui ont senti une fois de plus le bonheur et la joie d’appartenir à cette grande famille rouge et blanc. Dans les vidéos, les posts, les commentaires, dans les joies, les flammes, le sourire des supporters, j’ai compris encore une fois ce que veut dire être clubiste.

Etre clubiste est tout simplement faire face à l’adversité. C’est d’être toujours debout malgré les mains ligotées et la bouche bâillonnée. Etre clubiste, c’est de ne jamais abandonner. C’est toujours se relever même si nous sommes au fond de l’abime. Etre clubiste c’est avoir la conviction que l’union fait la force, que les rêves les plus fous sont réalisables, il suffit juste de faire le premier pas, la première passe. Etre clubiste c’est croire que notre destin est l’éternité. Oui, messieurs, dames, l’éternité rien que CA, car voyez-vous le clubiste ne vit pas uniquement le présent, mais écrit l’histoire et la sienne est immortelle.

Etre clubiste est d’aimer le CA et non les trophées (حبينا CA وما عشقناش التيتروات ) *** ainsi chantait le pheneomeno**. Ce n’est pas coubertinisme intégriste ou par désillusion pour les résultats, mais parce que la vie nous enseigne que chaque fois que tu tombes, il faut que tu te relèves, sinon tu deviendras poussière. Les clubistes ne pensent pas que l’essentiel du sport est de participer, mais plutôt que l’échec, même s’il dure, il est éphémère pourvu qu’on se batte et les clubistes sont des gens têtus, opiniâtres, résolus  qui n’abandonnent jamais. On perd, on est encore plus nombreux. Les années de disettes n’ont pas empêché à nos rangs de grossir. Ce n’est pas du sadisme, mais de l’obstination et la ténacité. Ce n’est pas le propre du sport justement de toujours se battre et ne jamais baisser les bras ?

Je suis clubiste pour tous cela. Les finales perdues, les derbys non gagnés, les saisons ratées et la tristesse m’envahit, ne m’ont jamais empêché de marquer ma présence la fois d’après, car je sais que la semaine prochaine, la saison prochaine, la victoire sera au rendez-vous, et même si elle fait encore faux bond, elle finira par pointer son bout de nez et nous y serons là comme toujours pour l’accueillir.

Cette attitude envers mon club, j’en ai fait une philosophie de vie. Chaque fois que je tombe et malgré mes blessures, Je serre les dents et je me relève, car l’abandon n’est pas une option. Je suis devenu clubiste quand j’ai vu les buts de Bayari et les prouesses d’Attougua. J’y suis resté depuis, car plus que les titre, plus que le sport, je suis habité par les valeurs de cette famille qui est le Club Africain.

Hier les clubistes ont confirmé une fois de plus leur attachement à leur club et à ses valeurs. Ils n’ont pas fait que signer des chèques ou remplir des ordres de virement, ils ont carrément écrit  une nouvelle page dans l’histoire sportive de la Tunisie, pas uniquement car ils ont atteint un record en terme de dons, mais car ils ont montré la voie que doit emprunter les clubs sportifs en Tunisie et le sport en général. L’ère des gros mécènes ni foi ni loi et surtout sans garde-fou est révolu. Place aux tifos de prendre les devants et par ricochet les destinées de leurs clubs en main.

Alors. Non. Ce n’est pas une ironie du sort. C’est plutôt un rendez-vous avec le destin que le club vient de prendre. La passion intacte, nos valeurs renforcées et les rangs soudés.

Eternity, Here we come ! الأفريقي تعيش

 

* référence à une chanson du tifo clubiste الإفريقي عشرة ملاين حبيناها

**référence à une chanson du tifo clubiste « Phenomeno »

*** référence à une chanson du tifo clubiste « Amor por favor »

NDRL: Mohamed Fayçal Charfeddine a été Membre du Bureau Directeur du Club Africain 2005-2008

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