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12/06/2019 11h:45 CET | Actualisé 12/06/2019 11h:45 CET

L’implosion du Front populaire, une chance pour la gauche tunisienne

Cette implosion pourrait être une opportunité pour la gauche tunisienne de se reconstruire sur de nouvelles bases.

FETHI BELAID via Getty Images

9 députés du Front populaire ont récemment démissionné en raison d’un désaccord concernant le choix du nouveau candidat à l’élection présidentielle. Au mois de mars 2019, le parti Watad avait proposé Mongi Rahoui comme candidat du Front, ce qui a conduit les autres formations à se précipiter en présentant Hamma Hammemi comme candidat naturel.

Cette implosion pourrait être une opportunité pour la gauche tunisienne de se reconstruire sur de nouvelles bases. Cette formation politique est composée de plusieurs partis de différents courants idéologiques rassemblant communistes, socialistes et panarabes. Rappelons que le Front est situé à l’extrême gauche de l’échiquier politique prônant une politique économique expansionniste et interventionniste.

Durant le dernier quinquennat, le Front fut quasiment absent des pourparlers politiques. Sa présence se ressentait à peine lors des prises de paroles des députés à l’Assemblé, qui avaient pour objectifs de dénigrer le pouvoir en place ainsi que le FMI, en faisant passer cette organisation pour la cause de tous nos maux. Le Front populaire a chuté au plus bas dans les sondages d’opinions.

Cette impopularité auprès des tunisiens s’explique d’une part par le fait qu’il soit perçu comme un parti de contestation et non pas un parti en mesure de gouverner, d’autre part les réformes politiques proposées par le Front relèvent du fantasme de la gauche des anciens temps. En effet, le Front propose la hausse des dépenses budgétaires, la revalorisation des allocations chômages et des aides sociales, le recrutement de fonctionnaires publics et cela dans un contexte de déficit budgétaire structurel et d’un endettement public excessif pour un pays comme la Tunisie. Enfin, les propositions du Front pour renforcer les libertés individuelles sont inexistantes, le parti fut presque absent du débat concernant l’égalité dans l’héritage et quasiment absent du débat concernant la situation de la communauté LGBT, préférant se retenir pour ne pas perdre une partie de son électorat.

Cette implosion, même si elle intervient un peu tard, peut être une chance pour la gauche tunisienne pour se renouveler et reconstruire une nouvelle organisation plus homogène idéologiquement. Une gauche capable de gouverner en proposant un programme pragmatique qui ne dilapide pas l’argent du contribuable. Une gauche qui peut proposer un programme économique à la fois expansionniste pour redynamiser le tissu économique et rigoriste pour éviter l’accroissement de l’endettement publique. Une gauche capable de cibler les classes sociales les plus modestes à travers un mécanisme de subvention et de discrimination positive. Une gauche capable de faire appliquer la loi en luttant contre les fraudes et les évasions fiscales. Une gauche capable de renforcer les libertés individuelles et la sécularité de l’Etat en faisant barrage à l’islamisation de la société. Une gauche capable de transformer la Tunisie.

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