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21/10/2019 11h:09 CET | Actualisé 21/10/2019 11h:09 CET

L’impasse des élections et la grande opportunité de Novembre

Abdelaziz Boumzar / Reuters
A demonstrator carries a banner during a protest demanding the army quit politics, a purge of the ruling elite, an end to corruption, and the freeing of opposition leaders in Algiers, Algeria October 4, 2019. The banner reads: "No dialogue, no elections under the supervision of the gangs". REUTERS/Abdelaziz Boumzar

Il ne reste plus que cinq jours avant la clôture de la période du dépôt des dossiers de candidature à l’élection présidentielle que le pouvoir veut organiser le 12 décembre. Jusqu’à présent ceux se sont avancés dans la course sont perçus comme  des figurants chargés de “chauffer” les choses, les noms traités avec plus de sérieux relèvent de l’ère Bouteflika. Les partisans des élections ne désespèrent toujours pas de voir un “nom” se porter candidat à la dernière minute. Ce nom de “poids” serait ainsi condamné à réaliser le miracle de rassembler les signatures en un temps record, une prouesse réservée à une administration constamment mise au service du candidat du régime lors de tous les rendez-vous électoraux précédents. 

Le tableau semble bien décevant, avec des candidats sans aucun lien avec la nouvelle ère censée avoir commencé avec une révolution pacifique où les Algériens affirment leur détermination à changer le régime ( de l’aveu même de Bensalah lors du discours du 15 septembre). Quant aux personnalités sur lesquelles comptaient les partisans des élections pour donner du crédit à l’opération, elles ne se sont pas contentées de rejeter l’appel à participer. Elles ont aussi attaqué sur le fond cette option. Mouloud Hamrouche l’a fait lors de sa discussion avec ceux qui sont allés chez lui pour le convaincre d’y aller. Tout comme l’a fait Ali Benmohamed et d’autres personnalités parmi les signataires du communiqué des “20”. Il faut y ajouter Abdelaziz Rahabi qui, tout en évitant de se prononcer directement sur l’échéance du 12 décembre, a été clair sur le fait que les conditions actuelles ne sont pas propices à la tenue des élections.

Pas d’engouement pour l’élection

Au niveau partisan, les choses sont loin d’être meilleures. Les partis d’opposition ont annoncé, au minimum, un refus de participer, alors que d’autres ont carrément rejeté les élections.  Le communiqué du MSP est fort car il désigne directement le pouvoir comme responsable de l’échec de la transition démocratique. Implicitement, cela signifie que l’opération électorale est l’outil de cet échec programmé. 

Tous les paramètres confirment l’impasse dans laquelle le pouvoir s’est mis en insistant à convoquer le corps électoral avant même que l’Instance de médiation et de dialogue ne termine son travail. La mise en place de l’Autorité électorale au niveau central a été un coup porté à la crédibilité de l’opération dès lors qu’on a mis à sa tête un ministre de Bouteflika, avec comme adjoint un des partisans du cinquième mandat. 

Au niveau local, les listes de l’Autorité sont bourrées d’éléments sur lesquels se sont appuyés le FLN et le RND pour les campagnes électorales de Bouteflika. La décision de prolonger la période des inscriptions sur les listes électorales confirme de manière précoce la grande réticence des Algériens, chose en cohérence avec les marches massives dont l’ampleur a atteint les niveaux des premiers temps de la révolution.

Plus le temps passe et plus se confirme que le passage en force n’est pas aussi aisée qu’il n’a été imaginé. Les arrestations n’ont pas eu d’impact sur le niveau de mobilisation de la rue, les campagnes de désinformation et de déformation des faits menées par les TV publiques et privées ont un effet contraire et ceux qui ont annoncé leur intention d’être candidat ont échoué à créer un climat électoral qui suscite de l’engouement. La question qui  se pose aujourd’hui est : “les élections auront-elles lieu ou non?” et non pas “quel est le candidat qui a le plus de chance de gagner?”.  Entre les deux questions, il y a l’écart constitué par la capacité à convaincre et à réunir les conditions dont la moindre est un dialogue sérieux aboutissant à un large consensus sur la manière d’aller aux élections. 

Les vains efforts des “experts” des TV

Les intervenants qui peuplent les chaînes de télévision en charge de la mission de justifier et de vendre les choix du pouvoir - même avec leurs contradictions - commencent déjà à évoquer l’hypothèse d’une faible participation. Ils précèdent ainsi ce qui est prévisible et fuient vers une lecture empreinte de juridisme pour dire que l’élection du président de la République par une minorité est un détail qui n’affecte pas sa légitimité. Sauf que cette thèse contredit d’abord le discours officiel lui-même. Ce discours parle d’un afflux sans précédent vers les inscriptions sur les listes électorales et assure qu’une majorité écrasante des Algériens est pour les élections. Elle est en outre en contradiction avec la nature même de l’élection que le discours officiel considère comme “constituante”, car elle donnerait une président qui réalisera les revendications du peuple dont la plus importante est le changement radical du système politique. Or, une telle mission exige une légitimité pleine qui ne peut provenir d’une minorité dans une élection imposée rejetée par une partie de la société - rejet exprimé ouvertement à travers les manifestations dans les différentes ville du pays -  et qui ne peut être confiée à un des symboles du régime.

Novembre, une chance à saisir pour les décideurs

A l’exception des partis alignés sur le pouvoir, les élections ne disposent d’aucun soutien politique ou populaire franchement exprimé, l’opposition est, elle, explicitement pour le report du scrutin. Cela signifie un troisième échec du pouvoir qui lui impose de revoir complètement le plan. Ce serait une option  moins grave que la persistance à imposer l’élection du 12 décembre qui entraînera une aggravation de la crise du pouvoir, lequel se retrouvera sans les options encore disponibles à ce jour. 

Les décideurs ont aujourd’hui à choisir entre l’échec effectif que serait le renoncement au passage en force ou bien de persister à aller vers une impasse plus grande, laquelle commencera immédiatement après le 12 décembre  dans le cas où les élections sont imposées. 

Dans les prochains jours, des millions d’Algériens convergeront dans les rues à l’occasion de la Révolution de Novembre, avec la même détermination qui a animé les pères fondateurs de l’Etat algérien. Pour clamer leur détermination à démanteler le régime en douceur et dans le calme et engager le projet Algérie sur la base d’un nouveau consensus dont les bases ont été posées par la révolution pacifique. 

Une fois de plus, Novembre offre une opportunité historique à ceux qui détiennent le pouvoir de décision de faire une lecture juste de la réalité et d’agir de la manière qui sied à cette patrie et à son glorieux patrimoine révolutionnaire. 

Traduit par le HuffPost Algérie - Article original