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21/09/2019 16h:50 CET | Actualisé 21/09/2019 16h:56 CET

L’hypothétique élection présidentielle ne concrétisera ni la rupture avec le régime, ni la souveraineté populaire

ASSOCIATED PRESS
A man holds a placard reading "Free the prisoners of conscience" during a demonstration in Algiers, Friday, Sept.20, 2019. Thousands of pro-democracy protesters took to the streets of the capital on Friday, chanting defiantly in the face of a crackdown on the demonstration by the country's powerful army chief. (AP Photo/Fateh Guidoum)

Le régime a pris le pari risqué d’organiser des élections présidentielles en date du 12 décembre 2019. Cette décision politique majeur a été ordonnée par le haut commandement de l’Armée nationale populaire, et fait suite à l’appel du général de corps d’armée et chef d’état-major, Ahmed Gaid Salah, demandant la convocation du corps électoral (15 septembre 2019) afin d’organiser des présidentielles dans les plus brefs délais.

La proclamation de ce scrutin, malgré un contexte politique tendu et incertain, témoigne de la volonté unilatérale du régime d’imposer des élections rejetées d’avance par une grande partie des Algériens. Le plan du régime est simple : forcer, coûte que coûte, l’organisation de ce rendez-vous électoral et coopter le candidat élu afin de changer la façade politique du “système” tout en maintenant son substrat.

Or, le Pouvoir s’inscrit non seulement dans une démarche jusqu’au-boutiste mais ne semble avoir tiré les leçons de ses propres échecs. Depuis le 22 février, le peuple a réussi grâce à la mobilisation au sein mouvement populaire à faire avorter deux tentatives d’organiser des élections.

L’Algérie se dirige-t-elle vers un troisième rendez-vous électoral annulé? Comme lors des élections avortées du 4 juillet 2019, tout dépendra de la capacité du Hirak a drainé le plus grand nombre d’Algériens dans les rues les vendredis et les mardis dans une silmya des plus irréprochables. Comme lors du 22 février, il faudra sortir par millions, dans des proportions similaires aux premières marches, pour faire échouer le plan du régime et inverser le rapport de force.

Ceci dépend également de l’aptitude des Algériens à innover en termes de méthodes de pression sur tous les acteurs et les institutions prêtes à exécuter l’agenda d’un régime de plus en plus enclin à se maintenir par la force, la violence et l’arbitraire.

Le rapport de force entre le régime et le mouvement populaire est entré dans une nouvelle phase, marquée par la mise en place d’une « politique de la terreur » à l’égard des citoyens investis dans le Hirak et d’une manipulation politico-médiatique massive qui amalgame ”élections présidentielles” et “souveraineté populaire” (“Les élections, c’est ce que demande le peuple” !).

Or, l’organisation du scrutin du 12 décembre n’est ni une garantie suffisante de l’enclenchement d’un processus de démocratisation qui remettrait les clefs de la souveraineté au peuple, ni une condition nécessaire de rupture avec le régime en place.

Depuis le 22 février, les Algériens ne sont jamais sortis pour exiger des élections présidentielles. Ils exige le départ du régime au pouvoir et la mise en place d’un processus politique qui garantit une rupture avec le “système”, et qui, concomitamment, redonnerait la souveraineté au peuple.

Or, les élections présidentielles du 12 décembre ne pourront pas permettre l’enclenchement d’un tel processus politique. Au-delà du fait que le régime est encore à la manœuvre, la consécration de la souveraineté populaire exige l’émergence d’un “terreau démocratique” comme socle fondateur sur lequel une démocratie authentique s’érige. 

Ce “terreau démocratique” renvoie notamment aux libertés individuelles et collectives, à l’indépendance de la presse, à la liberté d’association et de création de partis politiques, à la capacité des citoyens à s’approprier l’espace publique. Réunir les conditions d’émergence de ce terreau doit précéder tout processus électoral. Faute de quoi, la rupture avec le régime ne sera pas actée.

Par conséquent, c’est l’ensemble de l’organisation de la vie politique qui doit être réaménagé par des forces politiques nouvelles, n’ayant aucune relation avec le régime actuel, avant la convocation des Algériens à un nouveau rendez-vous électoral. Ce travail nécessite du temps, de la confiance, et de la légitimité.

Or, toutes ces qualités font défaut au régime en place. À lieu de libérer le champ et reconnaitre sa défaite imminente, le régime tente, par tous les moyens, de leurrer les Algérien(ne)s en arguant que le peuple exige des élections, et que la souveraineté populaire s’acquière par un bulletin de vote déposé dans l’urne.