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22/07/2019 20h:15 CET | Actualisé 22/07/2019 20h:15 CET

L’homme et l’architecture vernaculaire

L’homme, par souci de survie et suite à l’apparition de différents besoins, a essayé de réfléchir comment tirer le meilleur de la nature afin qu’elle lui rende service.

Depuis la préhistoire l’être humain a essayé d’exploiter la nature à son avantage afin de se protéger des différents dangers (animaux sauvages, intempéries etc.). Cette exploitation a augmenté avec l’évolution qu’a connue l’humanité. Son souci d’abri a évolué et son besoin primaire de protection a évolué à son tour. N’étant plus nomades, l’homme primitif s’est sédentarisé et a commencé à se soucier de son cadre de vie. Afin de marquer son territoire, dans ce cas, son cadre d’habitation quotidien, il cherchait des moyens différents de le personnaliser selon ses besoins et envies. Bien sûr, celui-ci était le reflet de son implantation territoriale ou régionale car « bien plus qu’un simple lieu fonctionnel destiné à le protéger des catastrophes naturelles, la demeure de l’homme est, depuis des millénaires au moins, l’expression privilégiée de sa cohérence avec l’environnement»[1].

Nous pouvons dire qu’au départ le logis était en adaptation avec le milieu accueillant et qu’il existait une symbiose entre l’espace d’habitation et la nature.

L’homme, par souci de survie et suite à l’apparition de différents besoins, a essayé de réfléchir comment tirer le meilleur de la nature afin qu’elle lui rende service. Nous pouvons donc dire que les actions de l’Homme émanent et agissent en fonction du cadre où il vit : « l’être vivant est le produit du milieu dans lequel il vit »[2]. Dans ce même contexte, qu’il y a une relation très étroite qui se crée entre l’homme et la nature. Cette dernière possède des ressources différentes qu’elle offre à l’homme, qui à son tour doit savoir comment les gérer et les exploiter : « La nature propose et l’homme dispose »[3]. Ce qui voudrait dire, qu’un même homme mis dans deux milieux différents optera pour des attitudes différentes qui lui permettront de s’adapter à son nouveau cadre.

En fonction de l’emplacement, il trouve plusieurs facteurs qui entrent en jeu : la position géographique, le climat, la faune, la flore et les différentes ressources naturelles à proximité (l’eau, l’argile, le fer, le calcaire etc.). A travers ce qu’il trouve dans la région où il réside, il apporte de plus en plus d’améliorations à son espace de vie et « c’est ainsi que l’espace se trouve l’objet de la géographie »[4].

L’homme en se sédentarisant a aussi commencé à développer un groupe social de plus en plus important, en passant des tribus, aux villages puis aux villes, jusqu’à les appeler des sociétés. Ces dernières grâce à leur mode de vie, leurs comportements, leurs croyances, leurs constructions sont devenues la cible de différentes études anthropologiques, ethnographiques, sociologiques etc. Ces études ont montré à leur tour que l’architecture est le reflet d’une société : « Le caractère social de l’espace est mis en évidence dans la correspondance qui unit chaque espace à une pratique sociale. Il n’y aurait pas un code général de l’espace, mais des codes particuliers à chaque société  permettant à la fois l’accès à l’espace et l’action dans l’espace »[5].

L’homme en évoluant dans le temps a commencé à construire son espace de vie en le façonnant à sa guise. Il a employé dans ce but diverses techniques et différents matériaux : le bois, la pierre, l’argile. Tous des matériaux extraits de la nature. Ceci prouve la dépendance de l’homme par rapport à la nature.

Plus loin dans le temps, l’être humain a continué à se développer et sa maison avec lui. Il a trouvé de nouveaux moyens tels que la brique, le ciment, les structures légères des murs rideaux, l’aluminium. Ces matériaux évoquent la modernité et reflètent l’image de l’homme du XXème siècle, mais en réalité, ces mêmes matériaux à la composition souvent complexe sont à l’origine de ressources extraites de la nature. L’homme continue à extraire ce dont il a besoin en fonction de ce qu’il veut. La seule différence est que l’Homme se soucie de moins en moins de l’état de la nature et celle-ci se dégrade de plus en plus rapidement.

L’architecture a pris une place importante dans la vie de l’homme. Celle-ci aussi est l’interprétation du cadre dans lequel elle est implantée. Malgré cette importante évolution, et le délaissement des habitations primitives, dans certaines régions du monde, certains êtres humains continuent à vivre avec la nature dans des maisons émanant de celle-ci. L’architecture découle du cadre naturel et des moyens trouvés en son sein.

Voici quelques exemples d’habitations vernaculaires suivant différents emplacements géographiques :

 

  • Les excavations – Les habitations troglodytiques de Matmata (en Tunisie) : à part les grottes, elles sont le plus ancien habitat de l’être humain. Elles existent dans plusieurs régions du monde et ont subi des évolutions, des modifications afin d’évoluer avec son occupant. Un des exemples sont les habitations troglodytiques de Matmata dans le sud-est de la Tunisie. Vue le climat chaud et aride, les demeures sont creusées dans la terre argilo-gypseuse suivant un schéma plus ou moins commun à toutes les habitations. Une cour centrale sous forme d’un grand puits donnant accès sur les différentes pièces disposées sur un ou deux niveaux et un couloir en chicane menant vers l’extérieur. Il arrive que plusieurs cours appartenant à une même grande famille soient reliées entre elles par des couloirs pour une meilleure communication entre les individus y habitant. Au sien des excavations des pièces on intègre souvent des voûtes pour une meilleure circulation de l’air. De plus, cette architecture présente des avantages par rapport à la région : La température à l’intérieur des pièces varie de 17°C en hiver à 23°C en été. Cela permet d’avoir des espaces frais pendant les canicules estivales et une température suffisamment bonne en hiver pour ne pas souffrir du froid pendant le déroulement des activités quotidiennes. Comme, la majeure partie des pièces est sombre dû à leur profondeur et au manque de lumière naturelle, on enduit les parois de chaux blanche pour augmenter la luminosité afin que les murs captent la lumière et la reflètent. Pour la réalisation des espaces troglodytiques, il faut creuser dans la roche, d’où il y a soustraction de la « matière » pour modeler l’espace et cela demande une représentation mentale de ce que l’on veut obtenir et toute erreur risque d’être irréversible. Cela démontre une grande ingéniosité de la part de l’Homme.

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Maison troglodytique  
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Exemple d’une cour intérieure 
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Chambre avec voûte

 

  • Les maisons des vallées du Nuristan (en Afghanistan) : Les villages du Nuristant en Afghanistan et surtout ceux du Hindu Kush sont un bel exemple d’adaptation du cadre de vie de l’homme à son milieu géographique. En effet, leurs maisons s’adaptent à la zone climatique et surtout au froid des montagnes de la région.

Les habitations sont regroupées sur les pentes raides des flancs de la montagne. Ce choix d’emplacement est justifié par le fait que les terres arables sont limitées dans la zone. De ce fait, les habitants économisent les basses vallées et les terrains plats pour les activités agricoles et pour le pâturage.

Une des caractéristiques de l’architecture de ce village repose sur le fait que les maisons sont édifiées les unes au-dessus des autres, de sorte que le toit de la demeure d’en-dessous serve de terrasse/patio à l’habitation qui se trouve au-dessus de celle-ci.

Ces toits terrasses fournissent aux habitants un espace extérieur suffisant pour bon nombre de tâches domestiques et sociales, surtout que ceux-ci sont reliés les uns aux autres avec des passerelles et des échelles. Ces dernières sont destinées à la circulation verticale des personnes.

Pour la construction des maisons, les autochtones sont dépendants des matériaux qui se trouvent dans la région. Ce sont des matériaux naturels. On utilise le bois, la pierre et l’argile. Pour la fondation du bâtiment, on exploite les creux des montagnes pour y placer des structures en bois afin d’y poser une structure porteuse et augmenter la surface habitable. La construction se fait en communauté avec la participation des voisins, ce qui rend ce processus d’édification une activité communautaire.

Les maisons sont aussi orientées de sorte à tirer le meilleur parti du soleil pour réchauffer les espaces et bénéficier de l’éclairage naturel. Surtout que la disposition en terrasses aussi augmente le nombre de façades face au soleil.  De plus, le regroupement des habitations permet aussi d’économiser la chaleur stockée dans les intérieurs.

Les villages du Nuristan sont un exemple qui montre comment les habitants ont sur tirer parti de ce qu’ils avaient à disposition sur le terrain pour créer leur espace de vie (la montagne) tout en essayant d’économiser des zones exploitables à d’autres fins (terres arables). Surtout que l’agriculture et le pâturage sont leurs activités et sources de nourriture principales.

 

  • Les igloos du Groenland au Canada: Les igloos ou iglous sont des habitations connues dans l’extrême nord du Canada – au Groenland, chez les Inuits, les autochtones de cette région du pays. Il peut s’agir de maisons, mais aussi de construction servant d’abris temporaires pré-hivernaux pendant la période de chasse. Ce sont des constructions sous forme de dômes réalisées avec des blocs de neige.

Cette région du Canada est connue pour ses températures très basses inférieures à zéro, pouvant atteindre -40°C. Dans cette région, on trouve peu d’arbres, et peu de pierres. De plus, pendant la période de chasse, les Inuits sont obligés de se déplacer loin de chez eux plusieurs kilomètres et passer quelques nuits en dehors de leurs maisons. Vu le froid glacial qui se trouve dans cette zone géographique, les tentes traditionnelles ne peuvent servir d’abris, car elles ne sont pas suffisamment étanches et laisse passer le froid. Elles ne sont pas assez solides et cèdent rapidement aux rafales de vent et aux tempêtes de neige. Le bois avec le froid et l’humidité risque de se détériorer. Les Inuits ont donc cherché des solutions en fonction de ce qu’ils avaient dans leur milieu afin de l’exploiter au mieux. De là, ils ont utilisé la neige et plus précisément des blocs de neige taillés, qu’ils ont empilé afin de construire des igloos, qui dans leur langue veut aussi dire « maison ». Afin de découper les blocs de neige, dans le passé, les Inuits utilisaient des scies en ivoire conçues dans les cornes de morses. De nos jours, on utilise des scies en acier ou des scies électriques.

Pour l’édification de l’igloo, il faut avoir des blocs assez grands pour qu’ils puissent s’empiler les uns sur les autres et tenir solidement sans s’affaisser. De même, la taille de ceux-ci joue un rôle important dans l’isolation thermique et phonique. Il faut pour cela exploiter une neige pressée par le vent, qui la compacte comme de la glace. Les blocs mesurent environ un mètre de long, sur 40 centimètres de hauteur et 20 centimètres de la largeur. Les blocs sont déposés sous forme de cercle d’un diamètre de 2.5mètres (pour abriter 3 personnes) et en spirale montante. La spirale est faite pour que l’empilage des masses permette la réalisation d’un dôme. L’accès, c’est-à-dire, la porte est creusée sur le côté opposé au vent. Souvent, celui-ci est fait sous forme de tunnel assez bas (pour entrer il faut se mettre à quatre pattes) et ceci pour empêcher le vent d’y pénétrer et pour éviter que la chaleur ne sorte très rapidement. Il est aussi indispensable de créer une petite ouverture sur le sommet ou sur la paroi pour laisser l’air circuler et se renouveler.

Une fois l’igloo édifié, il est prêt à être utilisé. Parmi ses caractéristiques on peut évoquer son isolation phonique et thermique. L’intérieur peut être aussi recouvert de peaux de bêtes, ce qui augmente encore plus la chaleur interne. La différence de température entre l’intérieur et l’extérieur est très importante et peu atteindre entre 30 et 40°C de différence.

Une autre caractéristique des igloos est la possibilité de les regrouper afin de former un espace plus grand sous forme de différentes cellules juxtaposées telle une maison avec plusieurs pièces.

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Photo réelle d’un igloo
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Plusieurs igloos reliés

 

  • Architecture des Indiens Pueblos du Mexique: A Pueblos, village au Mexique, les maisons sont juxtaposées les unes aux autres.  Elles sont en adobe et peuvent avoir plusieurs étages. La maison la plus haute possède cinq étages. La technique de construction, l’adobe, repose sur l’utilisation d’un amalgame d’argile, d’eau et d’une petite quantité de paille hachée ou un autre liant. Une fois ce mélange obtenu, on façonne des briques, que l’on sèche ensuite à l’air libre et au soleil. Les briques ainsi obtenues sont appareillées pour la construction de murs et des parois. Une des caractéristiques des maisons de Pueblos est que chaque étage est construit en retrait par rapport à celui qui se trouve en dessous, d’où les maisons ont une forme pyramidale. Les divers niveaux obtenus servent de terrasses où se déroulent les activités quotidiennes et où sont séchés les différents fruits et légumes. Une autre caractéristique est l’absence d’escalier. Des échelles sont utilisées pour se déplacer d’un étage à un autre.

La technique de l’adobe est utilisée dans plusieurs pays sous des appellations différentes avec de légers changements dans le mélange. On la retrouve autour de la Méditerranée, dans certains pays d’Afrique et dans l’Amérique hispanique. Elle peut porter le nom de « banco », de « brique crue » ou de « terre crue ».

L’adobe est souvent utilisé dans les pays chauds ou désertiques où on exploite la terre argileuse, source naturelle, pour l’utiliser comme matériau de construction adapté aux conditions climatiques.

En effet, les maisons sont résistantes aux intempéries. De plus, elles possèdent de petites ouvertures pour permettre une aération suffisante mais pas excessive, ce qui fait que l’intérieur de la maison peut garder une certaine fraicheur pendant les journées chaudes.

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Vue sur les maisons de Pueblos
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Une maison à deux niveaux avec échelle

 

  • L’architecture Batak – les maisons végétales de Sumatra en Indonésie: Les pays des tropiques sont réputés pour leur climat chaud, humide et pluvieux, et aussi pour leur végétation souvent très proliférante. Dans les régions tropicales, on retrouve dans plusieurs pays des architectures similaires dites « végétales » qui consiste en une structure en bois solide recouverte d’un toit en pente fait de végétaux, généralement de feuille de palmiers tissés assemblées par des lanières. Les murs sont le plus souvent formés de branches ou de paille mélangée à de la boue ou autre liant. Ce type d’architecture est résistant à certaines formes d’usure telles que l’humidité, les champignons et les insectes. L’architecture végétale est un exemple d’une utilisation des ressources trouvables dans l’environnement donné.

A Sumatra, en Indonésie, il existe un village sous le nom de Batak, connu pour son architecture végétale à la structure et forme particulière. Les maisons sont des habitations communautaires où un groupe de famille y réside. L’espace est rectangulaire et est divisé en une zone jour (pour les activités quotidiennes) et une zone nuit (pour le repos).

Les maisons sont disposées côté à côté dans la même direction avec l’entrée principale face à la rue.

La maison est formée de trois niveaux : le premier est une série de piliers porteurs qui supportent les deux niveaux suivants. Ceux-ci reposent sur des pierres plates pour protéger le bois de l’humidité du sol. Le deuxième niveau est la partie habitable où il y aussi deux piliers porteurs avec des poutres qui supportent le toit. Les murs sont inclinés légèrement vers l’extérieur, ce qui offre plus de stabilité à la structure. Enfin, le troisième niveau est composé du toit à forte pente. Il est en chaume ou en feuilles de cocotiers.

A part la division structurelle pour des besoins techniques, les maisons sont aussi divisées en trois niveaux. Un premier destiné aux animaux, qui est le plus bas. Un second, pour la salle de séjour (la salle commune), auquel on accède par des escaliers par rapport à l’entrée principale. Enfin le troisième niveau,

celui du toit, sert d’espace d’entreposage des provisions et des objets de valeur, accessible lui aussi par un escalier, mais de l’intérieur de la maison.

Cette architecture a l’avantage de freiner les rayons de soleil et donc de réduire la chaleur à l’intérieur de la maison. Les murs en branches et en paille permettent aussi une aération continue de l’espace, même s’il existe des fenêtres. Cela permet d’avoir de la fraîcheur au sein de la maison.

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Maisons Batak alignées

 

  • Les maisons sur pilotis des Toffinous au Bénin: Au Bénin et plus précisément à Ganvié, se trouve un village habité par les « Toffinous » appelés aussi « les hommes de l’eau ». Ce surnom vient du fait que les habitants de ce village vivent dans des maisons sur pilotis sur le lac Nokoué.

Les maisons sont construites sur des pilotis en bois qui sont étudiés avec soin pour convenir au milieu. Les villageois vivent essentiellement de la pêche d’où le choix de placer les maisons directement sur le lac. Une autre raison qui a poussé la construction du village sur l’eau est de pouvoir se protéger de certains ennemis dans le passé qui, selon leurs croyances, avaient peur de l’eau.

Ganvié est surnommée la « Venise de l’Afrique », à cause de la particularité de cette ville où la majorité des constructions est faite sur le lac.

Les maisons sur pilotis sont souvent regroupées et sont faites en bambou ou en roseaux tressés recouvertes de paille au niveau du toit, ou de feuilles de palmier ou de tôle et peuvent tenir en moyenne entre 20 et 25ans. Elles sont résistantes aux intempéries de l’eau et aux changements climatiques, mais peuvent céder aux fortes tempêtes.

La pêche est l’activité de base du village et la source principale de revenus. Pour se déplacer d’un point à un autre, on utilise des pirogues. Il existe même un marché flottant.

Les maisons regroupées et/ou alignées sont exploitées dans la pisciculture, où on crée des ceintures végétales pour y piéger les poissons dans des enclos.

  • Ganvié est un exemple d’adaptation de l’homme à son milieu et surtout de l’adaptation de l’espace de vie au milieu dans lequel il se trouve. L’espace répond au besoin vital de survie de l’homme et s’ajuste aux différentes évolutions et aux différents changements. 

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Vue sur quelques maisons
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  • La ville souterraine de Derinkuyu à Cappadoce en Turquie:

En 1963, une cité souterraine, appelée Derinkuyu, a été découverte par hasard en Turquie et plus précisément à Cappadoce. Il s’agit d’une ville enfuie sous la terre comportant 13 étages découverts jusqu’à ce jour étalés sur 85 mètres de profondeur et repartie sur 4 kilomètres carrés. Derinkuyu, s’est avéré être une ville complète aménagée sous le sol avec un système de couloirs et d’escaliers menant d’un niveau à un autre contenant tout ce qui est nécessaire à la survie des habitants. La ville est creusée dans la roche volcanique, d’où la facilité d’excavation. Certaines parties sont renforcées avec des poutres en bois ou bien construites avec des blocs de pierres. Quelques sous espaces contenaient des voûtes au plafond en pierre. Elles pouvaient contenir 20 000 habitants à la fois. Ils pouvaient y vivre confortablement. Dans des cas extrêmes, elle pouvait accueillir jusqu’à 50 000 personnes.

A l’intérieur de cette cité, on a pu retrouver des étables, des espaces d’enseignement, une église, des entrepôts, des caves à vins, des commerces, des pressoirs à huile et à vins, des cuisines, des réfectoires etc. 

Chaque niveau pouvait être fermé et éventuellement protégé par de grandes portes circulaires en pierre sous forme de meule de 1,5 mètre de diamètres, de 30 à 50 centimètres d’épaisseur qu’on faisait rouler pour bloquer le passage.

La ville était dotée d’une rivière souterraine qui subvenait aux besoins en eau et avait un système d’aération composé de 52 puits de ventilation qui permettait de renouveler l’air.

L’avantage de ces espaces est qu’à partir d’une certaine profondeur, la température intérieure se stabilisait à 11°C, ce qui permettait aux habitants de vivre tranquillement pendant les saisons froides.

Derinkuyu remonte à 3000 ans, et semble avoir été creusée à l’époque phrygienne. Mais elle a connu plusieurs modifications au fil du temps, surtout pendant la période byzantine avec les chrétiens. Les historiens ne sont pas encore sûrs sur les raisons de l’existence de cette cité. Etait-ce un refuge pour se protéger ? Ou était-ce une ville active tout le temps ? De même, les raisons de l’abandon ce cet espace restent encore un mystère. Il fait encore l’objet des recherches, de fouilles et d’études, et les huit premiers étages sont ouverts au public aux visites.

Derinkuyu, malgré son originalité, n’est pas la seule ville de ce genre. Il s’est avéré, qu’il existe un tunnel de 8 kilomètres qui mène vers une seconde cité du même genre appelée Kaymakly. En Turquie on compte une trentaine de ce type de villes souterraines. Mais Derinkuyu reste la plus grande. Dans le monde, il y en a près de 300.  

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Ces différents exemples montrent la capacité de l’être humain à s’adapter au milieu dans lequel il se trouve et à tirer tous les avantages pour concevoir son espace de vie. Malgré tout, un peu partout dans le Monde, l’homme a su et a pu exploiter toutes les ressources de la nature.  Même si parfois, ces mêmes ressources semblent être, à première vue, comme un obstacle (cas de la neige exploité en bloc de construction). « … Une même contrainte climatique peut recevoir plusieurs solutions, certaine même d’apparence ‘irrationnelle’… »[6]. L’être humain s’accommode et trouve des solutions suivant ses besoins, ses nécessités et suivant ce qu’il a à portée de main. Cette relation homme/nature montre cette interaction qui se crée entre les deux pôles.

D’après les exemples vus, ci-dessus, il est à remarquer que le concept d’habitation varie d’un endroit à un autre. « L’architecture est l’un des domaines qui reflète le plus fidèlement les fondements philosophiques d’une civilisation»[7]. Dans certaines régions, une même construction sert de logement communautaire à plusieurs familles, dans d’autres régions à une seule cellule familiale. Aussi, dans quelques cas, les maisons sont dispersées et indépendantes, dans d’autres réunies et mêmes collées les unes aux autres. Mais l’objectif reste le même, à savoir se protéger du froid, de la chaleur, des intempéries, des éventuels dangers et garder une certaine intimité. « On sait qu’en tout pays la genèse des lieux se ramène à une double protection : vers le haut – abritant du soleil et des précipitations – et latéralement -  pour défendre une intimité contre toute agression du dehors. C’est-à-dire à un toit et des murs. De ce schéma universel, une cause essentielle de variation se trouve dans cette relation dedans/dehors, c’est-à-dire le degré de porosité accordé par la coutume à l’aire de la vie privée. »[8]. Ce qui fait qu’une fois l’abri établi, il s’agit de l’exploiter selon ses us et habitudes sociales.

[1] DAGHARI-OUNISSI Mohamed-Habib. Tunisie – Habiter sa différence : le bâti traditionnel du sud-est tunisien. l’Harmattan, UE, 2002. (Histoire et Perspectives Méditerranéennes). page 15

[2] BELHEDI Amor. Repères : pour l’analyse de l’espace. Cérès. Tunis, 1998. page 52

[3] Ibidem, page 53

[4] BELHEDI Amor. Repères : pour l’analyse de l’espace. Cérès. Tunis, 1998. page 37

[5] COLLECTIF. Anthropo-logiques d’architecture. Les cahiers de la Cambre : Architecture N°2. Architectural anthropo-logics. La lettre volée. Liège, 2004, – Page 19 

[6] PEZEU-MASSABUAU Jacques. Construire l’espace habité : L’architecture en mouvement. L’Harmattan. France, 2007, page 33

[7] WINES James. L’Architecture verte. Taschen. France. 2000, page 35

[8] PEZEU-MASSABUAU Jacques. Construire l’espace habité : L’architecture en mouvement. L’Harmattan. France, 2007, page 69 - 70

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