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09/09/2019 15h:28 CET | Actualisé 09/09/2019 15h:28 CET

L’Enseignement scolaire en Tunisie: Osons le changement!

Comment préparer nos élèves à vivre dans la société de demain si nous ne les y préparons pas comme il se doit dès aujourd’hui?

Anis Mili / Reuters

Dans un monde incontestablement marqué par de profondes mutations au niveau du numérique , à l’ère de l’intelligence artificielle, de l’hyperconnectivité, de la robotique, des tableaux interactifs, de la course à l’innovation ; dans un monde du travail qui impose de nouveaux besoins et qui est en proie à de nouvelles attentes, nous enseignants sommes en droit de nous interroger sur les compétences que nous transmettons à nos élèves et  de savoir si ces compétences sont à même de leur garantir toutes les chances de réussir. En effet, dans le domaine formidablement complexe de l’éducation, s’adapter au changement pour les enseignants et les apprenants n’est pas chose facile, surtout lorsqu’on sait que cela bouleverserait en profondeur toutes les règles de l’apprentissage.

Rendons-nous à l’évidence, nos enfants et nos élèves sont devenus accros au numérique. Ils manipulent en permanence des tablettes, travaillent sur des logiciels, s’exercent à une multitude d’applications qui permettent une interactivité le plus souvent dans un environnement et dans une ambiance ludiques et divertissants.

Comment ces mêmes jeunes peuvent-ils s’épanouir et s’intéresser à une école qui rompt totalement avec ces nouveaux outils innovants liés à une évolution foudroyante que connait le monde? Comment accorder de l’intérêt à un système éducatif qui renonce au changement? Ne s’agit-il pas là d’une fracture entre deux ères civilisationnelles que tout semble opposer? Le système éducatif statique actuel optimise-t-il les chances de nos jeunes de réussir dans un monde en perpétuel mouvement? Plus alarmant encore, comment préparer nos élèves à vivre dans la société de demain si nous ne les y préparons pas comme il se doit dès aujourd’hui?

Un enseignement des langues désuet qui résiste au changement

D’après Albert Camus, “l’école d’aujourd’hui prépare les enfants à vivre dans une société qui n’existe pas”. Jugé bien souvent comme archaïques, les programmes des langues dans l’enseignement secondaire sont loin de répondre  véritablement aux enjeux et aux métiers de demain, pire encore, ils semblent être en totale inadéquation avec les véritables attentes d’une société en perpétuelle mouvance et en perpétuel changement. En effet, victime d’un profond manque d’initiative, ces mêmes programmes agonisent et semblent être très loin derrière l’évolution fulgurante que connait le monde concernant les enjeux et les métiers de demain.

Même s’il faut dire que l’ensemble des enseignants s’évertuent avec beaucoup de conscience et de mérite à transmettre à leurs élèves des compétences tout en variant les méthodes, cela suffit-il à les rendre vraiment efficaces lorsque l’ont sait que ceux-ci font souvent face à une multitude d’obstacles non moins considérables: des programmes qui résistent à l’évolution et qui semblent éternels, des pédagogies qui laissent à désirer, des pratiques de classe qui semblent fortement dépassées. Ajoutons à cela un sureffectif qui ne laisse aucune chance à l’interaction et à la communication surtout lorsqu’il faut se débrouiller avec des contenus et des thèmes qualifiés bien souvent obsolètes et désuets…

Une crise profonde de valeurs

Dans un système qui sacralise l’excellence, dans un enseignement qui creuse de plus en plus les écarts entre les meilleurs et les autres, apprendre les vraies valeurs de l’élève citoyen semble être complètement occulté au profit d’un système de notation médiocre et d’une course effrénée à l’excellence. Sommes-nous tous conscients que l’élève que nous côtoyons tous les jours en classe  deviendra l’homme qui contribuera activement à la société future? Assurément oui! Cependant, au-delà de ce qui est inculqué, l’école d’aujourd’hui tend t-elle vers la transmission de valeurs éthiques et morales que nos enfants devraient acquérir? Autant de questions qui turlupinent l’esprit et face auxquelles nous restons profondément dubitatifs car force est de constater que les disciplines et les programmes proposées qui, en plus d’être désuets, laissent très peu de place, voire aucune aux véritables valeurs de citoyenneté .

A défaut de permettre une rupture totale avec ce système défectueux -osons le dire-, ne pouvons-nous pas néanmoins encourager la pratique de nouvelles compétences que l’ont intégrerait dans un véritable plan d’apprentissage que  celui d’assimiler des notions purement théoriques et dépassées?

Quelles compétences privilégier?

Nous sommes pertinemment conscients que l’école devrait s’adapter au monde tel qu’il est, et tel qu’il sera dans quelques années. Pourquoi alors s’enraciner dans le conservatisme de nos institutions et ne pas oser reconsidérer nos priorités?  D’abord, aspirer à beaucoup moins de bourrage de crâne et insuffler de nouvelles méthodes en optant pour de nouvelles disciplines qui iraient de pair avec les réels besoins du monde de demain et les intégrer au plan d’apprentissage.

Une initiation au numérique dès le primaire

On ne sait trop bien que le système scolaire peine à généraliser l’usage du numérique en classe. Loin des cours sommaires et théoriques, cibler un enseignement basé sur une approche plus innovante, moins rétrograde, moins rébarbative et qui répond plus aux attentes d’un monde régi et contrôlé par le multimédia, car avouons-le, nos élèves sont beaucoup plus adeptes de Wilkipédia qu’à la vieille encyclopédie qui occupe notre bibliothèque depuis des lustres et qui décore notre salon! Des cours d’informatique sont dispensés certes, toutefois le volume horaire qui leur est consacré est totalement dérisoire et de surcroît en dehors de ces cours, les salles d’informatique sont souvent fermées pour toute recherche et tout travail volontaire émanant des élèves! A l’heure où d’autres pays disposent de culturthèques et de médiathèques, vous ne trouverez hélas aucun outil informatique dans les bibliothèques de nos écoles!

Privilégier la communication dans les cours de langue

S’il est vrai que l’on parle beaucoup, ceci ne veut pas forcément dire que l’ont communique mieux. Tous les professeurs vous diront que leurs élèves  éprouvent d’énormes difficultés à s’exprimer! Or, on n’apprend pas à jouer au tennis dans une salle de classe! La pratique,la pratique et encore la pratique!  L’idéal serait donc de privilégier des séances d’oral afin de permettre à nos élèves d’échanger dans des débats d’idées, de développer leur écoute active,  d’encourager les simulations de mises en situations authentiques liées à des situations de communication de la vie courante. Leur permettre de prendre part à des dialogues ouverts et constructifs qui les initieraient à l’argumentation et qui leur apprendraient à aiguiser leur esprit critique. 

Initier aux compétences douces (les soft skills)

Certes nos élèves ne sont pas encore au stade de entrepreneuriat ni du monde du travail, cependant ils s’y préparent! Beaucoup d’énergie perdue à bachoter sur des contenus peu utiles, l’école d’aujourd’hui devrait penser à initier, parallèlement aux compétences du savoir, des compétences liées au comportement et au savoir être.

Apprendre à nos élèves l’autonomie, la confiance en soi, leur donner la capacité de travailler en équipe, à pouvoir développer en eux le sens de l’empathie. Les compétences douces leur apprendraient également à pouvoir résoudre une situation de conflit sans l’aide de personne, à gérer leur stress face à une situation inconfortable, à développer en eux la capacité d’adaptation, le sens de la créativité. Des acquis incommensurables!

Éveiller l’esprit de citoyenneté

Emmanuel Macron a déclaré: Je changerai la France  en réformant l’Education! 

Nul ne peut nier que l’avenir d’un pays se joue à l’école, surtout en matière de citoyenneté car si nos élèves suivent des cours d’éducation civique depuis l’école primaire, on ne sait que trop bien que ces cours se résument bien souvent à des notions purement théoriques qu’on écrit et qu’on apprend par cœur sans réelles convictions ni même réelles mises en situation. Travaillons plus sur les qualités morales telles que la tolérance et le respect de l’autre. Aller à l’école servirait aussi à prendre conscience de leurs droits civiques mais aussi de leurs devoirs et par là, de leurs responsabilités en tant qu’élèves citoyens vivant en communauté. En effet, nous savons foncièrement que la vie ne se théorise pas! Alors arrêtons avec les théories et exerçons nous aussi à sensibiliser nos élèves à la liberté et à ses limites, au respect de l’autre même dans la divergence, au respect de l’environnement dans lequel ils vivent, à les mobiliser dans un réel projet social, environnemental ou autre… plus clairement, leur transmettre des qualités morales, les valeurs et les principes de la République.Initier à ces valeurs ne veut pas dire encore une fois occulter les autres compétences des sciences et des raisonnements mathématiques non moins importantes aussi, néanmoins les unes ne devraient pas empêcher les autres. Il ne s’agit pas là de déshabiller Paul pour habiller Jacques, loin de là!

On ne tire pas sur une ambulance, dites-vous?

Les systèmes éducatifs canadien, finlandais, norvégien et bien d’autres encore ont déjà intégré les compétences douces ou soft skills à leurs programmes et privilégié la communication .

En Norvège, le redoublement n’existe pas car il n’y a pas de hiérarchie entre les élèves. Aucune compétition au sein de l’école. “Dans mon école, il y a un laboratoire de langues : c’est une salle de classe, avec un ordinateur pour le professeur ; chaque élève dispose d’un casque, d’un enregistreur, d’un lecteur. Chacun peut lire des textes, s’enregistrer, s’écouter et le prof intervient et corrige. Les élèves n’ont pas peur de s’exprimer.” 

Un forum à la fois convivial et fonctionnel permet aux élèves de poser des questions aux professeurs et à ceux-ci d’y répondre. Nul besoin d’avoir internet chez eux, ils peuvent le consulter à la bibliothèque.

En Finlande, le système éducatif, considéré comme l’un des meilleurs au monde, aucune note n’est donnée durant les 6 premières années d’école!

En Finlande, on ne cherche pas à savoir si tel ou tel établissement est mieux qu’un autre. Et pour cause: ils suivent tous la même ligne directrice. Ils se sont harmonisés pour offrir à tous les élèves le même système éducatif innovant. Ainsi, il n’y a pas d’écoles privées mais que des écoles publiques. D’une part, cela permet une égalité des chances et d’autre part une mixité sociale les imprégnant des notions humaines fondamentales comme la tolérance, le respect de la différence, l’altruisme, le partage et l’entre-aide . Ces valeurs, apprises à leur plus jeune âge, les suivront tout au long de leur vie, gage d’une vie sociale plus épanouie et bienveillante”.

Au vu de ces constatations,  l’on serait en droit de se demander “et pourquoi pas nous”? Pour oser le changement, Il suffit juste de porter un nouveau regard sur les nouveaux enjeux et de prendre conscience que celui qui n’avance pas, recule!

Pour conclure, on ne peut évoquer le thème de l’enseignement, sans saluer chaudement le travail titanesque des enseignants qui se battent au quotidien contre toutes les tribulations et tous les obstacles et qui, ajouté à leur dur labeur, doivent savoir gérer les conditions difficiles auxquelles ils sont péniblement confrontés chaque jour, gardent en dépit de tout, le sourire et l’amour de leur métier. Mais lorsqu’on sait qu’une mer calme n’a jamais fait de bons marins, cela ne peut qu’ajouter à leur mérite.

Ensuite, le but de cette réflexion n’est pas tant de vouloir réinventer l’école, loin de là, mais plutôt de faire prendre conscience que le système éducatif actuel met hélas le voile sur les besoins réels du monde de demain et que face à un monde en perpétuelle mouvance, résister au changement ne peut mener qu’à l’échec  et au fiasco!  Or, si nous souhaitons une bonne moisson pour nos élèves et pour nos enfants, nos dirigeants doivent s’exercer à semer dès aujourd’hui les graines pour espérer de meilleures récoltes!

“L’Education est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde” Nelson Mandela.

A méditer !

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