LES BLOGS
19/09/2019 18h:36 CET | Actualisé 19/09/2019 18h:36 CET

L’avenir de la Tunisie sera meilleur, Ben Ali n’en fera pas partie!

Une page se tourne sur sa sombre histoire, sans que le ménage autour de sa mémoire ait été fait correctement.

FETHI BELAID via Getty Images

Ben Ali, qui a régné pendant plus de 23 ans d’une main de fer sur la Tunisie, s’est éteint en exil volontaire sans avoir rendu compte à l’Etat de ce qui lui est reproché. Une page se tourne sur sa sombre histoire, sans que le ménage autour de sa mémoire ait été fait correctement.

Des auto-proclamés démocrates expriment leur peine et leur nostalgie d’un temps où le citoyen était écrasé par un tyran, sa famille et son clan. Certains en ont justement fait partie. Mais pour beaucoup d’autres citoyens, déshérités ou classe moyenne, il n’est pas d’autre choix que de regretter l’ère Ben Ali parce que leur situation s’est fortement dégradée. D’une insouciance contrôlée, canalisée ou muselée du passé ils sont passés à la peur d’être étouffés par une société qui ne leur ressemble plus, à l’angoisse d’être incapable d’aimer leur vie, leur destin, leurs voisins, leur pays, à la hantise que leurs enfants ne puissent bénéficier ni de la sécurité, ni de l’éducation, ni de la santé qui existaient sous une certaine forme auparavant.

Ben Ali a représenté une gouvernance relativement efficace pour des objectifs peu ambitieux et peu inclusifs. Il a aussi représenté un système corrompu qui a initié la paupérisation de la société et l’émergence d’inégalités criantes, qui se perpétuent de nos jours, par faute d’une justice transitionnelle transparente et efficiente. Le système Ben Ali a cédé sa place à des collaborateurs de l’ancien régime amnistiés, à des opportunistes venus collecter leur héritage sur le dos de la transition politique et culturelle, à des enturbannés dangereux et à des amateurs dont la seule œuvre est de faire moins bien pour le bien public et de répandre une conception délétère de la vie politique.

Cette déchéance est nécessairement le fruit de l’œuvre manquée de Ben Ali. Ainsi, on pardonnera à Bourguiba son pouvoir égocentrique excessif, entre autres parce qu’il a pensé à l’après Bourguiba. A travers le sérieux et l’investissement dans le capital humain qui le caractérisent, a permis la formation de cadres et de dirigeants qui ont tenu vaillamment les rennes du pays après lui et a laissé en héritage une nation qui tenait la route. Mais il n’a jamais été l’intention de Ben Ali de penser à sa suite : tout se concentrait autour de sa famille et de quelques chevaliers qui mangeaient à sa table en même temps qu’ils ruinaient le pays. La Tunisie avait failli appartenir à Leila Ben Ali ou Sakhr Materi, au lieu de cela elle se retrouve dans un désert de compétences et de valeurs! L’instruction et la conscience qui vont de pair avec la responsabilité ont été fauchés. Ils manquent terriblement aujourd’hui!

Entre autres bilans, Ben Ali a fait beaucoup de mal, sciemment, par laisser-faire ou à l’insu de son plein gré. Il appartient à ceux qui ont souffert dans leur âme et dans leur chair de lui pardonner. Ils sont trop nombreux pour que sa mémoire soit positive. Pour les autres, la démocratie n’est pas faite pour vous ! Vous pouvez trouver un autre tyran sur Terre, lui faire courbettes et flatteries qui caractérisent les Tartuffes mais la société tunisienne est définitivement éprise de liberté et de dignité.

Ce qui importe désormais est que la Tunisie est en construction. L’avenir sera meilleur, sera démocratique, quand bien même son enfantement est difficile et ce qui est certain est que Ben Ali n’en fera pas partie!

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.