TUNISIE
13/07/2018 17h:35 CET | Actualisé 13/07/2018 17h:56 CET

L' autre facette du monument de la chanson tunisienne Hédi Jouini, dans "The man behind the microphone”

À la découverte de Hédi Jouini, l'homme qui se cache derrière le chanteur

Derrière des chansons cultes de la chanson tunisienne comme “Samra ya samra”, “taht el yassmina fel ellil”, “Maktoub” et bien d’autres, il y a un homme et une histoire parfois moins enchantante: celle de Mohamed Hédi Ben Abdessalem Ben Ahmed Ben Hassine, alias Hédi Jouini. 

L’apogée du monument de la chanson tunisienne, ses déceptions, ses contradictions, sa dureté et sa sensibilité ont été portés à l’écran par Claire Belhassine dans son documentaire “The man behind the microphone”, projeté le 12 juillet dans le cadre du Festival Manarat.  

Affiche film

 

Claire Belhassine n’est autre que la petite fille de Hédi Jouini. L’un des hommes les plus célèbres de Tunisie était méconnu, presque une énigme, aux yeux de Claire Belhassine, née d’une mère anglaise et qui a toujours vécu à l’étranger. 

La réalisatrice est partie rassembler les fragments de son identité en revenant sur l’histoire de son grand-père, de sa famille éclatée, de son héritage morcelé. 

Né en 1909, Hédi Jouini est un enfant de Bab Souika. C’est dans ce quartier populaire qu’il a entamé sa carrière. Des années 1930 aux années 1980, il a envoûté la foule par ses chansons et sa présence. 

Habillé à l’occidentale, Hédi Jouini a su se démarquer aussi bien dans sa vie publique que dans sa vie privée. Il a pris comme épouse une Tunisienne de confession juive, Ninette, une artiste en herbe à la beauté imposante, qui a sacrifié sa passion pour la chanson pour élever difficilement 6 enfants (4 garçons et 2 filles). 

Elle n’est pas la seule à se sacrifier, ses filles aussi. Hédi Jouini refusait que ses filles côtoient le monde artistique, confient ces dernières dans le documentaire.

Et ce n’est pas tout, vivre avec Hédi Jouini, c’est une vie marquée par de longues absences, de violentes disputes entre un père idolâtré par ses admiratrices et une épouse lésée et livrée à elle même, dans une Tunis où l’antisémitisme commençait à jaillir. 

Farid, le père de Claire Belhassine, en parle, la gorge serrée par une grande émotion. 

Les enfants en ont souffert, mais cela n’a pas empêché les moments de répits et une intense chaleur familiale. Claire Belhassine déniche des vidéos d’archives de la famille, montrant les repas de famille, leurs éclats de rire, leur proximité et un Hédi Jouini attendri. 

Mais c’est encore l’absence qui les rattrape: à la mort de Hédi Jouini, sa femme s’est retrouvée seule étant donné que tous ses enfants ont quitté le pays. Elle a confié l’héritage du chanteur à l’un de ses fils, un geste considéré comme une offense par ses autres enfants. 

Claire Belhassine fait délier les langues et ressortir les douleurs refoulées de la famille Jouini des années après sa mort. Sa démarche s’est avérée salutaire pour la réunion de la fratrie, rencontrée autour d’un documentaire et rassemblée par une histoire commune. 

Cette histoire est peut-être celle de beaucoup de familles tunisiennes mais les chansons de Hédi Jouini en fond sonore la rend singulière. 

À la fin du film, l’émotion de certains spectateurs était palpable. Des larmes coulaient sur certains visages: des larmes de tristesse pour la mort d’une figure emblématique de la chanson tunisienne, d’attendrissement ou de nostalgie ou peut-être de tout ça à la fois. 

 

 

Vous pouvez voir “The man behind the microphone” vendredi 13 juillet dans la projection en plein air de la plage de la Marsa à 22:30 dans le cadre du Festival Manarat 

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