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13/06/2019 17h:44 CET | Actualisé 13/06/2019 17h:44 CET

L’Assemblée des Représentants du Peuple va-t-elle trahir la démocratie?

Autant dire que ceux qui sont visés par l'amendement du code électoral actuellement discuté à l'ARP sont Nabil Karoui, Kais Saied et Abir Moussi.

Anadolu Agency via Getty Images

Sombre journée où l’on apprend qu’une majorité de députés soutiennent la proposition de loi visant à exclure les candidats à la présidence issus du monde médiatique et associatif.

Nouveauté: on découvre aussi de nouveaux amendements discutés, aujourd’hui à l’ARP visant à exclure également les candidats faisant “l’apologie de l’ancien régime” ou qui “menacent la constitution”. Autant dire que ceux qui sont visés par cet amendement sont Nabil Karoui, Kais Saied et Abir Moussi.

Ce qui vient confirmer la forte probabilité de l’adoption de cette loi est le soutien d’Ennahda à cette réforme du code électoral.

Il semblerait que toute personne qui ne convienne pas à l’agenda politique du centre Tunisien et ses alliés Islamistes, subit une réponse juridique et non politique. Ennahda et Tahya Tounes sont entrain de s’accaparer la politique tunisienne et nous sommes peut-être face à un tournant du processus démocratique.

“L’éthique” anti-démocratique 

L’interdiction de se présenter aux élections présidentielles pour certains candidats (pour des raisons se voulant éthiques et non juridiques) décrédibilise le rôle du parlement dans cette démocratie naissante qu’est la Tunisie.

C’est bel un bien un refus du débat d’idées, une exclusion d’une partie de l’électorat. Que l’on soit d’accord avec lui ou pas, laissons-lui le droit de voter, pour Karoui, pour Saied, pour Moussi ou même pour Nizar Chaari!

L’idée de la démocratie n’est pas qu’un groupe de personnes choisissent qui est légitime et qui ne l’est pas. Cela serait, par définition, une aristocratie. C’est au peuple de décider pour qui il est “moral” de voter et non à l’élite politique, gouvernant depuis la révolution et ayant entrainé la misère sociale à de tristes records.

Toute l’incohérence, c’est que ces personnes tentent de nous protéger des “populistes” en créant des précédents beaucoup plus effrayants.

L’avenir de la démocratie

Deux dangers, des mains du centrisme et de l’Islamisme, guettent notre démocratie:

  • Le précédent que cette réforme crée, c’est-à-dire, la possibilité d’une opposition juridique rétroactive aux concurrents politiques. Dictatorial!

  • La question de la légitimité après les élections de cette année, si l’abstention se maintient à ses chiffres astronomiques auquel se rajouterai l’électorat que cette réforme du code électoral exclut.

Mais la vrai question reste: comment en sommes-nous arrivés là?

Pourquoi les partis politiques tunisiens choisissent la voie de l’écartement plutôt que de la campagne et de la confrontation? Et bien, parce que c’est une solution de facilité, mais aussi dans un objectif d’éloigner les regards sur les populistes, afin d’éviter d’être confrontés sur leurs lignes idéologiques respectives qui sont, le moins que l’on puisse dire, on ne peut plus floues.

Tout cela reste un jeu bien dangereux qui risque d’éloigner des scrutins 50% des électeurs, si on se réfère aux résultats du dernier sondage de Sigma plaçant Nabil Karoui, Kais Saied et Abir Moussi sur le podium présidentiel.

Encore plus dangereux, la posture de Youssef Chahed: chef du gouvernement, président de parti politique mais qui n’hésite pas à utiliser la force publique (à l’image de la HAICA contre la chaine Nessma, qui a encore réclamé l’arrêt de diffusion de Nessma aujourd’hui) et qui désormais étend son influence jusqu’au parlement.

Du parcours type au retour du parti unique?

Quelle finalité si ces dangers se concrétisent?

D’un coté, nous avons la possibilité de retrouver un parti unique divisée en plusieurs clans. Après tout, quand il s’agit des enjeux économiques, de politiques publiques mais surtout des ambitions électorales, il semble que Ennahda et Tahya Tounes (tout comme ses parents Nidaa Hammamet et Nidaa Monastir) trouvent beaucoup de points communs et une expérience désormais dans l’art de gouverner ensemble. Si en plus de cela, cet entre-soi finir par évincer juridiquement les opposants, plus rien ne peut arrêter l’installation d’un statu-quo politique aussi durable que celui des précédentes dictatures.

Si l’on veut être plus optimiste, on pourrait penser que c’est une uniformisation des personnages politiques avec une volonté d’installer un sentiment partisan nécéssaire à l’exercice du pouvoir ou aux ambitions électorales. Mais même cette hypothèse ne donne pas envie. 

Une gouvernance qui ressemble de plus en plus à celle, liberticide, que nous avons connu par le passé, et qui nous pousse à défendre l’idée première de la démocratie à savoir: “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”. #LaissezLeChoixAuxÉlecteurs.

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