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27/08/2019 18h:07 CET | Actualisé 27/08/2019 18h:07 CET

L’arrestation de Nabil Karoui est anti-démocratique, voilà pourquoi

Dans quel régime vivons-nous et vers lequel sommes-nous en train de nous diriger?

Zoubeir Souissi / Reuters

“If I speak, I am in big trouble” nous disait l’entraineur Jose Mourinho, après une défaite face à Aston Villa en Premier League, à l’époque de son deuxième mandat chez les Blues de Chelsea. 

A défaut de citer un grand auteur (quoique), la même ambiance s’est emparée de la Tunisie depuis l’arrestation de Nabil Karoui, favori pour la présidence, vendredi après-midi. Doit-on parler? Y’a t-il un risque à dénoncer?

Avons-nous le droit de nous méfier de cette arrestation?

Le nouveau monde ressemble au vieux

Souvenez-vous! L’arrivée de Youssef Chahed au pouvoir était accompagnée d’un enthousiasme sans précédent. La lutte contre la corruption était enfin entamé et son discours a l’ARP résonne dans nos oreilles jusqu’à aujourd’hui..

Que s’est-il passé depuis? Une politique économique ayant fait exploser les indicateurs en termes de dette mais aussi de déficit commercial et énergétique.

Chahed était censé incarner, par sa jeunesse et son statut d’inconnu, le renouveau. Mais cette nouveauté s’avéra uniquement esthétique car ce sont les mêmes politiques libérales qui furent appliquées, creusant encore plus les inégalités sociales.

Mais pas que! Un sentiment confus de déjà-vu s’est emparé de nous depuis l’arrestation de Nabil Karoui, qui tendrait à montrer qu’il n’y pas qu’économiquement que Chahed est dragué par les démons du passé mais aussi sur les questions démocratiques. 

Police partout, justice partout mais justice nulle part?

S’entremêlent-ils? Se confondent-ils? Dans le passé, oui. La barrière entre un tribunal et un parti n’existait pas.

Mais les 8 ans de démocratie semblent à bout de souffle,

Quand en l’espace de 4 mois, un candidat à la présidence est passé juridiquement de témoin à accusé et quand en l’espace d’un mois, les mesures préventives sont passées d’interdiction de voyage à la prison.

Vendu! Le favori est en taule, un jour après que le pensionnaire ait démissionné en déléguant ses pouvoirs à son plus fidèle compagnon de route, Kamel Morjane. Le jour où le fils du défunt président subit une fouille exhaustive et menaçante à l’aéroport Tunis-Carthage. 

Mais si Nabil Karoui est “inquiétable” judiciairement (dingue de dire ça alors qu’à ce jour, son nombre de condamnations s’élève à.. zéro), il inquiétant de voir la manière dont il a été arrêté, arraché de sa voiture devant les yeux ébahis de son équipe.

La déviation des procédures pourrait ne pas nous alerter si c’était un cas isolé, un acte manqué.. allez, disons que nous faisions exception, qu’on ferme les yeux sur un acte odieux dérivé des heures sombres et revenons à notre pluralisme démocratique.

Mais la soif de pouvoir liberticide du “potentiel précédent, du moins, espérons” chef du gouvernement ne réside pas dans cet unique acte: 

C’est bien 0,4 points d’indice de démocratie que nous avons perdu depuis l’arrivée au pouvoir de Youssef Chahed, selon The Economist. Ça n’a pas dû plaire aux experts britanniques que la coalition nationale propose d’interdire à des candidats de participer aux élections pour “la démocratie”.

Dans quel régime vivons-nous et vers lequel sommes nous en train de nous diriger?

Car la prison sans condamnation, on y a déjà goûté et son amertume est encore dans nos palets, essaye t-on de nous forcer à reprendre une troisième portion?

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