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04/05/2019 10h:32 CET | Actualisé 04/05/2019 10h:33 CET

L’Algérie, un pays empêché (Note de lecture)

Ce dernier livre d’Akram Belkaïd arrive dans une période particulière de l’histoire contemporaine de l’Algérie où se rejoue 1962 mais aussi 1988 et 1991. 

Après des années d’un système qui a verrouillé l’avenir de la jeunesse, qui a tenté d’empêcher de taguer leurs rêves, place Maurice Audin, rue Didouche Mourad, ils ont cependant brandi les drapeaux, envahi les rues, puis les quartiers, les villes  du centre à l’ouest, de l’est au sud ce 22 février 2019.

Leurs slogans ont résonné: dignité humaine, lutte contre la corruption des élites et pour les droits du citoyen et l’égalité. 

C’est donc dans ce contexte, que ce livre LAlgérie, un pays empêchéen 100 questions aux éditions Taillandier paraît, à un moment où il est important que les curiosités soient satisfaites, particulièrement en France, au delà des représentations et des préjugés sur ce pays souvent jugés sévèrement, y compris par les Algériens eux-mêmes.

Akram Belkaïd est essayiste, nouvelliste, journaliste au Monde Diplomatique, chroniqueur au Quotidien d’Oran, et collaborateur à Orient XXI.

Il est algérien et appartient à la diaspora qui vit en France. Il est l’un des intellectuels les mieux placés pour parler à un public français souvent pétri de méfiance, voire de défiance pour l’Algérie mais jamais d’indifférence. Les liens sont forts, trop passionnels entre les deux nations, aussi est-il nécessaire de faire preuve de rationalité et surtout de distance pour comprendre avant de juger.

L’Algérie a une double centralité avec l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Sa stabilité est importante sur le plan international. Actuellement en phase de transition, elle est une puissance régionale à un moment tendu et sensible de la géopolitique méditerranéenne et africaine. En effet ce pays riche, avec une incapacité à gérer cette richesse, est en plein changement de génération au niveau de sa démographie 55% ont entre 25 et 35 ans .

Les faits sont là :

- Un potentiel énorme

- Des richesses naturelles dans le sous-sol et des capacités d’énergie solaire énorme restées inexploitées à ce jour.

- Une jeunesse prépondérante avec une université dont 70% sont des femmes.

- Une société conservatrice avec une dimension nationaliste des mouvements islamistes

- Une corruption qui empêche les réformes é

- Une espérance de vie l’une des plus élevée du continent africain

- Une guerre pour l’Indépendance qui reste ancrée dans la mémoire collective et une décennie noire structurante en creux.

- Une diaspora qui pourrait être un soft power.

Les faits sont là :

Une littérature qui se porte bien, on pense à la nouvelle d’Akram Belkaïd l’âne de la nuit (hmâr el-lil) dans Pleine lune sur Bagdad, merveilleux recueil de nouvelles édité chez Erick Bonnier ainsi qu’à Retours en Algérie chez Carnets Nord mais aussi à Leffacement de Samir Toumi chez Barzakh éditions, entre autres talents francophones …

Une nouvelle génération de cinéastes avec notamment Tariq Teguia et son magnifique Révolution Zendj, Lyes Salem, Karim Moussaoui.

Une cuisine où l’andalou taquine le berbère et toujours un humour jamais éloigné de la critique sociale .

LAlgérie un pays empêché, un support de discussion qui peut être précieux pour les enseignants, les étudiants , les parents et leurs ados en phase de construction identitaire … et certains journalistes et éditorialistes médiatiques : 100 réponses à leurs questions. C’est simple, précis, concis !

Dans ce dixième livre, Akram Belkaïd fait oeuvre de pédagogie, là où Pleine Lune sur Bagdad nous emmenait du coté de la poésie, Retours en Algérie vers la mélancolie, Etre arabe aujourdhui vers la géopolitique. L’auteur nous parle de son pays, de sa terre, parfois avec désespoir, toujours avec exigence, de celle qui construit le respect pour un peuple dont il connait les capacités de combat, de passion pour la justice, la liberté, l’égalité et le mouvement du 22 février en a été l’illustration.

Nous voila donc, calés entre les livres, qui nous croqueront une vérité enfouie, frémissante, parfois douloureuse. Les battants des armoires en cèdre céderont pour disperser les lunes et dévoiler les années au jour nouveau, où l’on admirera la calligraphie dans une respiration neuve.

Alors nous déplierons les mhaabel, ces couvertures traditionnelles en laine tissée aux rayures colorées, pour nos ami-e-s  dans les patios où trônent les figuiers.