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11/05/2019 15h:05 CET | Actualisé 11/05/2019 16h:06 CET

L’Algérie du vendredi XII: non à la réinitialisation du système par le 102

ASSOCIATED PRESS

Hier,  j’étais tellement fière de voir ces Algériens qui, le matin, trainaient lourdement le pied au marché, sortir l’après-midi, avec leur drapeaux et écharpes, pour crier sous un soleil de plomb. Leur force est communicative, ceux qui ne croient pas en leur peuple ne peuvent ressentir cela”.

C’est une dame qui a fait un long voyage tôt le matin pour être présente à la marche du vendredi à Alger qui résume ce formidable regain de considération que les Algériens ont d’eux-mêmes depuis douze semaines.

Ces Algériens qui n’étaient “rien” face aux appareils avant le 22 février 2019 et qui n’entendent plus lâcher prise sur l’objectif consensuel du changement de régime.

A Alger, comme partout dans le pays, le vendredi XII a  valeur de confirmation de la paisible détermination des Algériens à libérer leur pays du système infantilisant et corrupteur de la cooptation.  

Comme le jour du 22 février, la surprise en moins, ils étaient hier aussi fiers qu’heureux d’être aussi nombreux à partager avec un paisible entêtement l’occupation de l’espace public pour redire qu’ils refusent de voir l’avenir se dessiner, sans eux, à travers la procédure de réinitialisation du système qu’est l’article 102.  

Ni les télé-boutef d’hier ralliées sans aucune honte aux désirs du nouveau pouvoir de fait, ni les incarcérations spectaculaires offertes comme un “correctif” pour faire rebooter et perpétuer le système, ne leur font renoncer à la demande simple et élémentaire de négocier les conditions d’un rétablissement sans équivoque de la souveraineté confisquée du peuple.

La majorité des Algériens, dans toute leur diversité, ne veulent plus revenir à ce 21 février 2019, à ce régime qui a permis de faire violence à la Constitution en 2008 pour ouvrir le chemin de la présidence à vie qu’incarne parfaitement les acteurs de la transition version article  102 que sont Bensalah et Bedoui. Ils résistent paisiblement mais avec une forte détermination à la volonté, toujours persistante, du régime de ramener le curseur au 21 février en mettant en scène une opération “mains propres” pour le moins controversée. Avec en sus, une persistance absurde à présenter ce formidable mouvement de la société algérienne comme un “complot”.

Aucune force, n’en déplaise à ceux qui font mine d’être plus intelligents que les millions d’Algériens qui sortent dans la rue, ne peut provoquer une telle lame de fond. Car c’en est une, et ceux qui ont la charge du pays, l’armée en l’occurrence et non la fiction qui ne marche plus de Bensalah-Bédoui, devraient avoir l’intelligence d’en prendre acte.  

Le système de cooptation en vigueur depuis l’indépendance est rejeté. L’immense majorité de la population comprend parfaitement l’exigence d’une transition accompagnée d’une remise à plat des conditions légales et matérielles préalables à une vrai expression de la volonté du peuple par les urnes.

Les Algériens le disent paisiblement mais avec détermination, l’échéance électorale du 4 juillet annoncée par Bensalah n’est pas leur rendez-vous, c’est celui du régime dont ils ne veulent plus, c’est le 21 février dans toute sa laideur, un cinquième mandat qui se poursuit sans Bouteflika.  

Chaque vendredi - et durant les autres jours -, les Algériens s’adressent directement au pouvoir de fait qu’est l’armée: il est temps de changer de logiciel et d’aller sans tergiverser vers la souveraineté du peuple, vers une vraie représentation de la société, vers l’Etat de droit et la démocratie. Ils disent que l’article 102 n’en est pas le chemin et que l’argument de la peur du “vide constitutionnel” n’en est pas un dans un pays où la Constitution a été constamment bafouée.

Ce que veulent effectivement les Algériens, c’est créer les conditions pour que la Constitution s’impose aux gouvernants et pour que la loi règne et  l’article 102 n’en est pas le chemin.

La déconfiture totale du régime -et les affaires de corruption qu’on étale ne font que le confirmer- ne laisse plus en scène que le peuple et l’armée. Le pacifisme et l’intelligence du mouvement populaire préserve le pays, il constitue un barrage contre toute éventuelle ingérence étrangère. Il rend illégitime tout recours à la violence, il fait une nette distinction entre l’Etat et le régime.

Il n’y a aucune raison politique, morale ou de sécurité nationale pour que l’armée nationale se mette en travers de cette aspiration profonde des Algériens à accomplir l’objectif du combat du mouvement national: un Etat démocratique et social avec des responsables qui rendent compte de ce qu’ils font. Plus vite ceux qui détiennent les leviers du pouvoir le comprendront et mieux cela sera pour le pays et pour son avenir. C’est encore cela le message du Vendredi XII.